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01/08/2006

Copier / coller

En retrouvant quelques vieux papiers, j'ai en même temps retrouvé quelques sensations désagréables du moment de l'écriture. C'est ainsi que je me pose la question de sa valeur qui est tout simplement la question du ressenti, de la compréhension du monde. Se déconnecter complètement de cette relation, c'est entrer en soi dans ses propres névroses. C'est ainsi aussi que l'on parvient à se débarrasser de l'ego qui gouverne la vie. Comment ? L'expérience m'a appris que c'est en menant une guerre véritable en soi et contre soi. Certains textes retrouvés n'avaient ni plus ni moins pour autre sujet et motivation que la renonciation à mon propre moi. Un ego puissant révélera une vie personnelle très pauvre, orientée vers la satisfaction immédiate de ses désirs, un ego combattu pourra certes mener à la psychiatrie mais sera plus riche en volonté de bien et de justice entre les hommes. Le moi est haïssable. La création est cette faculté de créer un univers autre que le sien, à se figurer toutes les contradictions et les différences. Débarrassez-vous de votre ego ! Cela vous permettra non seulement d'entrer dans un espace de création mais peut-être d'atteindre aussi une certaine paix (j'ai mis plus de dix ans à la rechercher, je n'y suis pas parvenu). Pourtant, toute la question est là. Je ne dis pas que vous n'entrerez pas dans des souffrances abominables, mais tout de même, l'espace d'un instant, il vous sera permis de rêver à une autre vie que la grisaille qui couvre nos fenêtres à chaque instant de la vie. Tout cela est question d'esprit, je le conçois. De position, de postulat. Vous n'êtes pas obligé de sombrer dans la folie ! Tout dépendra du degré auquel vous serez prêt à parvenir, et la souffrance sera un critère absolument non négligeable. Je rêve souvent de mon passé. Je joue souvent le jeu de la réminiscence. Je regrette des chemins pris dans la douleur. Mais peu importe, tout cela s'est passé. Et je rêve aussi d'avoir pu prendre un autre chemin. Peu importe. La douleur faisant partie de l'existence, seul l'esprit critique permet d'en dégager les inextricables racines. Quelles richesses dans la dévotion ! Quelle aventure magnifique que la renonciation à soi et l'entrée dans les rêves ! C'est un tout autre monde qui s'ouvre, comme toutes les fenêtres et les portes d'une maison ! Copier / coller la réalité dans ses rêves, sur ses carnets et les retrouver des années plus tard au détour d'un moment épileptique, quelle belle sensation perdue qui se retrouve ! La poésie, d'ailleurs, a-t-elle une autre fonction que de ramener ces moments privilégiés à la mémoire et de les fixer dans l'éternité ? Et l'on se prend à confondre ces paroles avec une réalité que l'on aurait vécu... Pourtant, tout cela n'est que sensations, énergie diffusée dans la vie, richesses à un moment perçues et enregistrées dans les régions du cerveau ! Alors, que reste-t-il des années plus tard ? Ces souvenirs, ces regrets, cette nostalgie du temps passé et perdu. Il est des sensations si délicieuses à retrouver que leur perte vous mène à un désespoir absolu. C'est cela l'écriture, c'est cela la renonciation à l'ego et le rêve d'une autre réalité. Et comment dire la fin de tout à l'heure de la mort et de la disparition ?

21:30 Publié dans Les mots sont... | Lien permanent

14/06/2006

Les mots

Les mots, ça passe. On vous en donne au kilo dans votre boîte à lettres. On vous en donne à la tonne dans les publicités. On vous en vend dans des paquets de lessive. On vous en distille dans les discours politiques. On vous les compte au gramme près. Le boucher vous découpe un gros morceau de mots. Le boulanger vous donne un pain de mots avec les friandises pour le gamin. Ca passe. Ca fait trop mal. On se décide à vivre en soufflant les pétales des mots. Mots de fer, d'acier. Mots montés en corps d'immeuble. Détendus sur un banc et qui regardent les fontaines, les petits bateaux, les enfants. On vous a gavé de mots, on vous a dit des mensonges. Il faut rester sage, ne pas avoir de trop mauvais mots. Il faut être dans la norme. Les mots qui circulent sous le manteau, volés, les mots de contrebande doivent être eux aussi polis. Les mots au soleil se transforment en ombre. Ils fondent, se recroquevillent, deviennent dangereux. Soyons dociles avec les mots. Les mots, le vent, la vie, les feuilles des arbres, les cris, les murmures passent. On a monté des murs de mots. Il faut les détruire à coups de masse.

17:10 Publié dans Les mots sont... | Lien permanent

08/06/2005

Emaux...

Continuant l'exploration de la mystérieuse essence des mots, voici quelques réflexions de Sandrine Bettinelli. Après son poème "Le bijou" paru dans le numéro 1 de la revue, Sandrine continue de mettre les maux en mots. Ils sont tout ce qui nous entoure et le poète a le pouvoir de les saisir... parfois, car ils sont insaisissables... Et si nous n'étions pas là, les mots le seraient-ils ?


"Je voudrais laisser des mots dans l'air comme on souffle les cheveux d'ange d'un pissenlit.

N'accorder aucune importance à leur voyage....

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Si tu me donnes une histoire, je tisserai ses fils pour t'en faire un collier.

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Du bout des dents, arracher à la vie de quoi pouvoir la raconter.

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Les mots sont

émotion.

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Un mot, juste un, sur mes lèvres.

Retiens-le.



Un mot, juste un, sur tes lèvres.

Lèche-le, goûte le, mords le, aime-le !

Maintenant seulement il est à toi.


Alors, donne-le." (Sandrine Bettinelli)

 

18:30 Publié dans Les mots sont... | Lien permanent