Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/08/2006

La Mort de Sardanapale

medium_sardana.jpg

En disant : « Tout est sujet », Eugène Delacroix* signifie-t-il que tout est susceptible de devenir un tableau ? Ce qui compte, en définitive, c'est bien la façon dont on arrange tous les éléments afin de signer une œuvre personnelle. La peinture de Delacroix s'affranchit largement des critères classiques. Il n'est qu'à regarder la « Chasse aux lions » et son déploiement de formes et de couleurs. On peut aussi regarder « La Mort de Sardanapale » et ses défauts de perspective et ressentir la tension palpable entre les différents éléments pour y trouver les prémices de futurs mouvements. Lui qui disait aussi : « La nature est un vaste dictionnaire. Les peintres qui obéissent à l'imagination cherchent dans leur dictionnaire les éléments qui s'accommodent à leur conception... Ceux qui n'ont pas d'imagination copient le dictionnaire » savait parfaitement conjuguer les images et leurs symboles pour en faire des fresques historiques, mythologiques ou sociales. Le signe chez Delacroix devient arme révolutionnaire qui fait de l'œuvre peinte un réceptacle de tensions. Si la poésie aujourd'hui reconnaît l'importance de ces signes, qu'ils soient valeurs, engagements ou actes, ne lui reste-t-elle pas à s'emparer à son tour de cette réalité de sujets qui nous tendent les bras ? Tout est susceptible de prendre sens et de se charger de significations. Des mouvements comme le Romantisme ou le Surréalisme se sont chargés de défendre leurs propres recherches et ont donné à la poésie des armes redoutables que l'on continue d'utiliser. Je pense que beaucoup de malheurs et de tragédies aujourd'hui sont dus au manque flagrant de parole au sein de la société. Nous avons droit à l'image aseptisée, à la vitesse de l'information, au spectacle, mais avons-nous vraiment intégré dans nos agendas tout ce qui se devrait d'être retenu et étudié avec soins ? Et cette réalité - ce sens du langage - me paraît être sociale. Oui, la poésie est ce qu'elle veut, elle est libre, affranchie. Mais face à cette déferlante de pornographie et d'horreurs, elle aussi souffre du manque patent et pathologique de significations. Or, quels liens sont plus à même de recentrer l'attention divertie sinon de forts sursauts et de nouveaux mouvements sociaux ? La société offre tous les moyens d'information, de culture et de combat : cinémas, journaux, télévision, radio, musées et maintenant la venue d'Internet permettent à cette information de se démultiplier. Ne manque-t-il pas que la possibilité pour les voix nombreuses d'être enfin entendues ? Une phrase peut faire le tour du monde en quelques minutes, et pourtant partout combien sont les cris qui ne sont jamais entendus ? Qu'on ne me dise pas que la plus grande partie des malheurs n'est pas renforcée par ce silence retentissant ! Au final, qu'est-ce qui nous distingue de ces temps de Delacroix, d'Ingres et des Romantiques sinon la perte tragique d'une esthétique qui peut-être n'a jamais été ? Qu'est-ce qui nous éloigne de ces temps des philosophes, des écrivains et des poètes sinon l'impossibilité de voir son message relayé ? A l'heure de la vitesse instantanée et des communications satellites, ne manquent plus que l'envie et la possibilité de pouvoir s'exprimer.

 *Eugène Delacroix (peintre) : 1798 - 1863

22:15 Publié dans Art | Lien permanent