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19/10/2006

L’œil du silence, Max Ernst

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En 1944, à Auschwitz, le ciel resta silencieux. Croyez-vous qu'un jour, un être puisse revenir ? Il lui faudrait quoi ? Un autre massacre anthropophage ? Dans ce tableau, Max Ernst* nous donne la vision d'une apocalypse effroyable, une autre, pas la dernière. L'œil garde le silence comme le ciel, comme les portes sur les secrets, comme notre condition d'hommes désabusés et jetés dans les ténèbres. Gardez en tête cette vision de la monstruosité, pour ne plus garder le silence ; le néant et l'absurde nous doivent bien ça. Des immeubles tombés, des corps décharnés, femmes et enfants éventrés, c'est le quotidien du monde, c'est notre réalité d'Homo sapiens devenus fous. Pendant que nous paradons, que nous dansons, pendant que nos images sont polies, que notre quotidien est aseptisé... et dans cette musique aveugle, nous ne voyons plus ! La voyance n'était autre chose que cette posture face au monde, cette faculté à s'en remettre à l'intelligence du regard. Elle qui a porté tant d'hommes ! Alors, qu'est-ce qu'écrire ou peindre, qu'est-ce qu'un tableau, un poème, sinon une tentative d'affûter notre regard sur des réalités qui nous gouvernent ? C'est notre état de liberté conditionnelle qui nous permet de saisir ce qu'est l'enfermement, la douleur. C'est cette liberté que nous avons encore qui nous permet de distinguer le bien et le mal. Elle est un don qui nous est alloué, que nous utilisons à des fins révolutionnaires. Cette liberté de la parole est ce qui nous distingue de l'ombre. Elle est encore ce qui porte la lumière. Pourquoi un poème, un tableau, sinon pour dire, témoigner, rompre le silence, éclairer des zones sombres où nous ne distinguerions pas le malheur ? Plus que jamais, le silence est coupable, plus que jamais, il convient de décrire, déchiffrer. Pour avoir droit au silence, il faut avoir percé, mis à jour ce qui est tu, dissimulé, caché. Etre attentif. Qualité première de celui qui se donne pour mission d'éclairer un peu le monde. Alors, certes, il faudra partir, se résigner à la cécité. Mais avec cette certitude chèrement acquise du regard affûté, capable de dessiner, raconter, traduire. Mots, formes et couleurs sont les armes de celui qui ne se résigne pas au silence. Ce sont des armes capables de métamorphoser le monde.

 * Max Ernst (peintre) : 1891 - 1976

21:20 Publié dans Art | Lien permanent