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19/03/2006

Passe à la caisse !

Visite hebdomadaire au supermarché près de chez moi, un vaisseau spatial noyé de néons avec quelques extra-terrestres tout verts dotés d'étranges machines qui font circuler de tout aussi étranges marchandises : des caissières et leurs tapis roulants en somme ! Je me suis particulièrement intéressé aux mœurs d'un manège dont je me demande encore comment il peut être mené avec tant de patience et de courage. Moi j'enverrais très vite balader le fer à repasser mais là non... l'employé modèle passe et repasse des milliers de fois son bidule qui fait de la vapeur avec une application exemplaire ! Bravo ! J'admire ! Un travail difficile. On appelle ça la précarité. Bien qu'il soit tout à fait concevable que ce manège soit effectué durant bien des années avec autant d'insistance : on appelle ça un CDI ! Dans mon supermarché préféré, il y avait aussi une vendeuse au rayon des légumes qui avait l'air de s'ennuyer ferme. Là, je comprends bien qu'il n'y ait rien de très excitant à vendre des salades, même si certains font pour cela de grandes études, et quel courage faut-il pour tenir face à la ménagère râleuse poussant son caddie ! Un acte d'héroïsme que de tenir une demie-journée. Bravo ! Cela mériterait tous les honneurs d'un ministre, CPE ou pas CPE on ne badine pas avec le courage des employés modèles engagés dans la difficile lutte face à la précarité de l'emploi. Un supermarché nous donne un exemple de vie, chacun défend ses privilèges, les avancées sociales difficilement acquises au prix de douloureuses luttes ! Toute la vie est là, dans les rayons, qui circule, s'agite, brandit ses pancartes et ses banderoles jusqu'à l'autre bout du monde. Qu'est-ce qu'un million d'individus poussant des cris, épris de révolte et de liberté face au pouvoir angoissant du capitalisme ? Puisqu'il s'agit de sauver sa peau, de gagner son salaire à la sueur de son front ! Ne s'agit-il pas de donner plus d'attention à toutes les personnes victimes d'exclusion sociale ou économique ? De donner la parole au silence ? Rien ne se faisant sans rien, il n'est pas à attendre une révolution qui changera radicalement la vie : tout est si compliqué, imbriqué, relatif. Quelle beauté dans la jeunesse qui défile ! Quelle force de l'insouciance qui a peur ! Parce qu'on ne peut espérer hypothéquer l'avenir de la jeunesse, décider de son destin à sa place. Parce que le monde des adultes raisonnables est une illusion qu'il faut combattre avant d'être submergé par ses mensonges , soyons fous ! Nous n'irons nulle part sans une part importante de réalisme et d'utopie. Des valeurs que nous ne connaissons pas nous attendent dans la rue, qui comptent sur nous et sur toute l'énergie de la jeunesse ! Soyons novateurs ! Inventons l'avenir avant qu'il ne nous engloutisse ! Ne s'agit-il pas d'inventer d'autres valeurs ? Ce qu'il nous manque. Cette part de rêve qui fait défaut au travailleur aliéné par sa condition et qui ne fait aucun mouvement, mieux, qui lutte pour sa propre aliénation. Que faire sans les rêves ? Devenir une machine ? Passer et repasser son fer jusqu'à crever, jusqu'à ne plus savoir parler ! Suis-je l'extra-terrestre qui déambule dans les allées du supermarché ? Est-ce moi celui qui ne parle pas la même langue ? Quelle autre épaisseur que cette condition toute fluctuante ai-je ? Suis-je condamné à n'être toute ma vie qu'une machine sans cervelle?

21:05 Publié dans Réflexions | Lien permanent