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30/08/2006

Sur la route

La préparation d'un voyage est toujours quelque chose de mystérieux, plus encore quand il s'agit de revenir sur les traces d'une quinzaine d'années. Je vais donc faire le grand saut dans le temps dès lundi à l'occasion d'un voyage thérapeutique qui passera par Jaunay-Clan pour ma part et quelques autres villes du sud-ouest en ce qui concerne mes compagnons de route. Pas des poètes, non, de simples passants qui ont eux aussi leur route, leur histoire, leurs problèmes et leurs rêves. Alors, c'est quoi quinze ans sur la route ? Il se passe quoi dans la tête quand on se souvient de tout ça ? Je sais pas. J'ai mis mes poèmes en ordre. Je me suis débarrassé des vieux papiers, des brouillons, toutes les ratures sont destinées à la cheminée, les ratés, les pas mûrs, les qui n'auraient jamais dû venir au monde. Tout est classé, là dans une boîte, tout ce qu'il ne faut pas oublier, ce qui devra un jour ou l'autre renaître dans une autre dimension. Au cas où le voyage n'aurait pas de retour, au cas où la nostalgie m'happerait trop férocement, avec ses griffes, ses gouffres, ses rancœurs. Ok, c'est du passé, du vécu, on ne refait pas le monde quinze ans après. Il ne se passera rien d'extraordinaire, c'est même ennuyant de prendre son sac à dos, la route pour des centaines de kilomètres... Quand même, je l'ai vécu tout ça, c'est là-bas, ce n'est pas si loin. Mort à dix-sept ans, traîner son cadavre dans toutes les directions, par tous les chemins, il reste forcément quelque chose de pas dit, de pas ressenti, quelque chose qui pourrit. Alors, je vais revoir le lycée, les rues de Jaunay-Clan, les chemins maintes fois arpentés, les routes, les lieux sombres. Et puis quoi... tout ça c'est de la pierre, du square, du café servi, de la clope avec les cheveux en pagaille et les idées directement issues d'une explosion souterraine ravageant en surface les immeubles et les constructions sur les jardins publics. Rue de l'Ormeau tu as vécu, rue de l'Ormeau tu t'en est allé. Et si tout devait sombrer dans l'oubli. Et si ta future tombe devait effacer cette certitude que tu as traînée avec toi, au lycée, à l'asile, à l'ombre des dunes, sur les pavés fermes des rues dégueulasses... C'est peut-être ce qui arriverait si je devais succomber aux trop nombreuses blessures, à un banal accident de la route, à une crise cardiaque. Alors, j'ai tout mis dans une boîte, tout est classé, étiqueté. Tant pis pour tout le reste. Dommage. Et puis, qu'est-ce que l'écriture ? Il y a la vie, la vie... Mort à dix-sept ans, c'est bien con quand même. Et puis, allez... il y a bien toujours une route. C'est ce qu'on va voir, c'est ce qu'il faudra bien voir. Et pourvu que je n'oublie pas ma brosse à dents.

21:00 Publié dans La vie des mots | Lien permanent