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  • Spleen II

    Je suis intimement convaincu que c'est à l'heure précise de la mort où tout le corps se raidit que peuvent venir certaines réponses que l'on ne saurait trouver ici-bas. Ici, nous sommes sans cesse devant un miroir, j'aime imaginer que la mort est un passage à travers le miroir vers une autre destination. Alors, je fais quoi en attendant ? C'est quoi le sens qu'on donne à une vie ? Je peux m'envoyer en l'air dans une discothèque, faire la fête tous les soirs, ne plus penser qu'aux vacances, et basta pour tout le reste ! C'est quoi écrire, c'est quoi chercher quelque part ce que l'on ne trouve nulle part ? Je ne peux pas savoir, il suffit d'attendre, alors il faut que tout se passe bien, n'est-ce pas ? La vie, une répétition absurde ? Alors autant vouloir le bien pour soi et tous les hommes et les femmes de cette planète. Autant utiliser ce temps, à force de générations, pour construire un avenir acceptable. C'est la moindre des choses, non ? Moi, j'attends la mort, celle que vous connaissez (un peu, pourquoi pas ?) J'y vais, c'est sûr, c'est certain. Ca prendra un jour, à un carrefour, dans un coin du cerveau, ou dans une artère du cœur. Ben oui, c'est là que tout se raidit, c'est là que tout devient sombre, c'est là qu'on traverse de l'autre côté du miroir.

  • Délit d'innocence

    Pour les lois et les décrets, tu n'es qu'un numéro de formulaire perdu dans un dossier poussiéreux au troisième étage d'une préfecture. Pour un certain pouvoir, tu n'es qu'une étrangère et son enfant, quelque chose de pas commercial et de pas quantifiable, seuls mesurables sont le mépris et la haine que tu suscites autour de toi. Pour eux, ce sont des programmes politiques, des quotas à respecter... une certaine idée de la France, "profonde", "de souche", immaculée comme la neige au petit matin. L'heure est grave, car si de nouveaux tyrans parlent et vocifèrent, il y a beaucoup de monde, encore, pour les écouter. Il n'est pas besoin de carte pour faire de la politique. Il n'y a pas besoin de tenir de beaux discours pour se sentir engagé. Astrid-Mira a sept ans. Elle est née à Kinshasa au Congo, pays qui a connu une guerre civile faisant 3,8 millions de morts. Sa mère et elle se sont réfugiées en France en mars 2002. Astrid-Mira sait écrire. Comme d'autres enfants de sa classe immigrés en France, elle montre une grande motivation. Dans sa classe, un enfant lève le doigt même lorsqu'il ne sait pas la réponse, tellement il a envie, tellement apprendre dans son école est important. Mais toutes deux sont sans cesse menacées d'expulsion. On ne veut pas savoir, on ne signe pas les papiers, on a des ordres. Comme dans beaucoup de cas semblables, les enseignants sont les premiers à se mobiliser, quitte à se mettre hors-la-loi, à affronter la clandestinité. Aujourd'hui, les poètes s'en mêlent. Ce n'est pas seulement parce que cette situation est inacceptable, ce n'est pas un coup d'éclat ni une mode. Beaucoup de personnes sensées ne supportent plus le climat de haine, de rejet et de repli sur soi. Beaucoup ne supportent plus le silence face à des questions de justice, de paix et de développement économique. Plus que jamais, c'est l'engagement de chacun et la résistance qui auront raison de la misère. Une nation fliquée, immorale, sans rêves, sans élans vers les plus pauvres et les plus fragilisés est vouée à dépérir et à répéter les erreurs de l'Histoire. Prendre la parole, qu'elle soit poétique, politique, utopiste ou révoltée est urgent. Astrid-Mira n'attendra pas. Sans soutien, un jour, elle sera reconduite à la frontière, elle et sa mère ne seront plus qu'un numéro de formulaire dans un dossier classé, au troisième étage d'une préfecture.