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Société

  • Le grand jaune

    Alors que nous vivons la grève la plus longue depuis l’invention du Rubik’s Cube, la contestation n’est pas près de s’éteindre dans notre pays. Oh ! c’est une passade de jeunesse et bientôt les Français reviendront à leur fourneau. Pourtant quelque chose s’est bien cassé entre le peuple et les élites. Le pouvoir voulait décider des lois et disposer de la population ! Le fossé s’est creusé et la France se rebelle. Car on ne parle pas aux Français comme à un adolescent. Les Français sont matures et réclament plus de démocratie. Mais l’ordre s’impose ! Vivons-nous en monarchie ? Alors que le Premier Ministre menace de faire passer la loi par ordonnance, des milliers de salariés sont privés de revenus depuis le 5 décembre et ont passé Noël près des braseros. Les ministres sont bien payés, eux, et ont eu de la dinde farcie au réveillon, agrémentée d’une coupe de Champagne (avec modération). Le peuple grogne. Le peuple a faim. Il n’entend pas se laisser mener par le bout du nez. L’école de la république est passée par là : le peuple n’est plus cet ignorant malléable par les puissants, il réclame le pouvoir et c’est ce qui déplait à tous ces « encravatés » imbus de bureaucratie et de chiffres à la con. Museler le peuple est interdit en 2020 : le peuple brise ses chaines et aspire à la liberté. Ca ne plait pas, le désordre ne plait pas. Il faut de la police et des coups de matraques. Depuis plus d’un an les gilets jaunes sont dans la rue et affrontent un gouvernement sourd et établi dans ses certitudes. Mais on ne gouverne pas le peuple français comme un troupeau de moutons, le pouvoir lui appartient ! Je comprends la haine sans la cautionner. La force se nourrit de la violence. Les policiers sont bien contents de répondre au « lanceur de balles de défense » aux Black Blocs qui saccagent vitrines et magasins. Mais les Français font la différence : la violence ne fait pas oublier le combat pacifique des gilets jaunes, la bêtise des casseurs ne nuit pas à la contestation. Je pose la question : ne sommes-nous pas gouvernés par un Etat « voyou » cherchant à discréditer le peuple et le contenir dans une obéissance aveugle ? La suffisance, la condescendance des dirigeants a provoqué la défiance du peuple français ! Quarante jours que la grève bloque le métro parisien et le pouvoir qui roule en voiture de fonction n’en a rien à foutre ! D’autres aussi se lèvent le matin pour aller travailler, galèrent chaque jour pour gagner leur pain ! On voudrait mener le peuple comme un adolescent récalcitrant alors qu’il est adulte et formidablement policé ! Mais jamais la France ne se verra privée de l’essence-même de son combat : la liberté. La France est le guide dans le monde de cette liberté fantastique qu’est la souveraineté populaire. N’en déplaise à ces dirigeants qui voudraient l’aliéner, le peuple a déjà fait sa révolution ! Le monarque Macron et son évêque Philippe ont décidément beaucoup de mouron à se faire : leur place ne tient qu’à un fil, celui sur lequel la contestation sévit depuis que le peuple français s’est réveillé de sa torpeur et de sa condition d’esclave mortifié.

  • Prépare ton chèque !

    On n’est pas du même monde. Paul Pogba, joueur émérite de l’Equipe de France de balle au pied, a offert une bague à plus de 10 000 euros à chaque joueur titré Champion du monde en 2018. "Le cadeau est arrivé et on l'a passé aux joueurs. La réaction était bonne, ils m'ont remercié. C'est un petit geste après avoir gagné une Coupe du monde avec des joueurs formidables. Je les considère comme ma famille, c'est un petit cadeau de ma part", a-t-il déclaré modestement. Cette pratique est courante aux Etats-Unis pour les joueurs de la NBA (jeu de balle au panier), lesquelles bagues pouvant atteindre 40 000 euros. Moi, je trouve ça complètement dégueulasse ! Sachant le prix que sont payés les gamins du Bangladesh pour confectionner leurs maillots de foot ! Alors qu’on oppose la France d’en haut à celle des roturiers, les riches aux pauvres, moi je crois savoir où est le problème : on tolère ce genre de comportement sans s’en alarmer ! Ah ! Ils ont bon dos, les présentateurs de L’Equipe, la première chaîne de ballon en France. A chacun son domaine, dira-t-on… Les sportifs parlent de foot, les politiciens de politique, les économistes d’argent… Moi, je ne suis personne. Je dénonce une pratique immorale à mes yeux, comme ces salaires mirobolants que se font les joueurs pour taper dans la baballe. On donne un bon exemple à la jeunesse ! Rêver d’un match au Stade de France ou devenir plombier ? L’argent facile, vous pensez… c’est moins pénible à obtenir ! Alors, on sacralise les footballeurs comme autant d’exemples ou de héros ! Et que font-ils sinon gagner le pognon que les journalistes et les spectateurs leur rapportent ? Et je pense à mon plombier dans les manifs qui applaudit quand il y a un but, agitant sa pancarte parmi les gilets jaunes… Vous me direz : il ne faut pas tout mélanger ! Et si j’ai envie, moi, de dire que ces gens-là sont dérisoires ! Si j’ai envie de critiquer leur jeu débile ! Utile à quoi… et bon à rien ! C’est le portrait que je leur dessine moi, aux footballeurs ! Ils sont fiers d’être champions du monde, c’est sûr. Moi, je dis : quelle honte ! Oui, les enfants rêvent de foot… Est-ce l’unique espoir, l’unique horizon qu’on leur réserve ? Moi, je croyais que les choses, les comportements avaient un sens ! Apparemment, pour la richesse ostentatoire, il n’y a pas de règles, pas de limites. On peut juste gueuler, dire que c’est inacceptable, ça change quoi ? Certains gagnent des millions, d’autres ferment leur gueule… Faut bien choisir son camp !

     

  • C'est le printemps

    « Et donc vous, mes compatriotes américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. Vous qui, comme moi, êtes citoyens du monde, ne vous demandez pas ce que les États-Unis feront pour vous, mais demandez-vous ce que nous pouvons faire, ensemble, pour la liberté de l'homme. » (John Fitzgerald Kennedy)

    20 janvier 1961, extrait du discours prononcé après la prestation de serment du nouveau président. (source : Wikipédia)

     

    Alors que la violence est dans la rue, il est bon de se remémorer les propos tenus en 1961 par le nouveau Président des Etats-Unis. Hier, les Champs-Elysées, la plus belle avenue du monde, étaient en feu. 50 vitrines brisées, des commerces pillés, des restaurants dévastés, des kiosques (symboles de la liberté d’expression) incendiés… Les pavés ont volé sur les CRS ! L’Arc de triomphe, hier, a été préservée ! Les black blocs, casseurs professionnels, s’en sont donné à cœur joie, repoussés par les gaz lacrymogènes. On regarde tout cela à la télévision, sidéré, hypnotisé par le goût de la violence. Car n’est-elle pas aussi un fantasme ? N’a-t-on pas une fascination pour la casse, le désordre, les émeutes ? Où est donc le débat national ? Dans la haine, dans la surenchère ? Au début, le mouvement des « Gilets jaunes » était sympathique. Avec le temps, ce souhait de démocratie a été anéanti par l’inertie de la violence. Les belles paroles se sont envolées. Tout le monde a brandi sa pancarte, signé des cahiers de doléances… Des individus inconnus sont venus parler de la misère, du quotidien… On espérait un sursaut démocratique. Et puis, la haine… La revendication a basculé dans l’affrontement face à la police, au pouvoir, aux politiques. Une parodie de démocratie s’est installée. Des idées ont été émises. On a cru au changement ! Aujourd’hui, malgré la sympathie qu’il a suscité, le mouvement s’épuise, les arguments se font vains, l’alternative se fait lointaine. Il y a les casseurs et les manifestants, ne confondons pas les deux ! Peut-être certains ont-ils beaucoup d’idées pour améliorer la société. Evidemment. La jeunesse aussi est dans la rue, dans la marche pour le climat. Une génération s’élève, sensibilisée par un danger de fin du monde. Des enfants, des adolescents, brandissent leurs pancartes. On veut changer le monde. Bien sûr, c’est cela la démocratie, le peuple est souverain ! Il n’est pas souverain dans la destruction, dans l’affrontement, mais dans la parole libre, échangée. Des changements sociaux sont prévisibles. Si la violence laisse place au débat, on peut espérer un sursaut démocratique. Aujourd’hui, tous les signes sont là, la jeunesse prend conscience et se révolte. Il n’y a pas d’alternative à la pensée. Emettre des idées est devenu prioritaire. Redonner un sens au discours social est indispensable. Je crois que la jeunesse peut réparer les erreurs de ses ainés. Je crois qu’une autre parole est possible. La violence est insupportable. La haine n’a pas sa place en démocratie. Les casseurs sont des voyous, des assassins. Il n’y a aucune utilité à saccager la plus belle avenue du monde ! C’est vrai que la guerre est facile, prendre les armes est devenu une banalité. Moi, je crois aux idées de contestation, de revendication. Je crois surtout à la parole, où qu’elle soit, de quelque pays qu’elle vienne. C’est cela notre choix, notre emprise sur la vie. C’est cela qui réconcilie le poète et le monde. Car enfin, la poésie est une attitude, un pouvoir, inaliénable, universel. Il faut redonner au poème sa place. La poésie n’a pas intérêt à déambuler dans la rue. C’est une résistance souterraine. Je ne crois pas aux forces de la destruction. Seul le sursaut démocratique est viable. Il est dommage de voir cette violence s’emparer de la rue. Il faut croire en la force de la jeunesse, celle qui construit un autre monde ! Hier, 50 000 personnes manifestaient entre l’Opéra et la République, pacifiquement. Paris montrait son véritable visage. Dans les rues de Paris, le sang de la liberté abreuvait nos sillons ! Mais où est donc la révolution ? Peut-être dans l’idée perpétuelle d’elle-même. La révolution, n’est-ce pas tout simplement la parole ? Le poète a une place à occuper dans ce mouvement démocratique. Le rêve, l’inspiration, la révolte sont les armes du poète. Lui que la société ignore, méprise… La poésie peut aussi s’emparer du réel. Car elle est un positionnement, un acte. Personne ne peut dire ce que doit faire la poésie. Elle est une conscience libre. Mais on peut rêver qu’elle empoigne ce monde, s’empare de son destin. La crise des Gilets jaunes aura eu le mérite de définir les lignes. Souhaitons que tout cela n’ait pas servi à rien.