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  • Poésie quantique

    Nous écrivons parce qu'il nous manque une part de la réalité. Sans cet inconnu qui nous appelle à chaque seconde de notre vie, sans cette retenue qui nous fait avancer avec prudence, nous n'aurions aucune raison de compiler nos émotions et de monter des systèmes. Il faut bien que nous créions en nous l'ensemble de ce qui demeure inexploré, au vu des connaissances, des avancées de la Science et de la société. Imaginer la pleine connaissance de tous les phénomènes amène inévitablement à se taire, à entrer dans le silence. Cette part d'inconnu est ce qui nous motive et partout où elle s'exerce, elle attire à elle chaque mot que nous puissions émettre. Ecrire revient donc à s'interroger sur les mystères qui nous entourent et à s'investir dans un quotidien où nous semblons nous dédoubler autour de notre propre connaissance. Peut-on dire que nous allons vers la lumière et que nous sommes appelés à saisir les mystères de la Création ? Il faut avoir parcouru toute cette Science, avoir marché sur autant de chemins pour se rendre compte de l'état véritable du monde. Et comment peut-on se passer de réponses et se sentir tranquille face à la douleur de ce monde et aux chaos de notre Histoire ? Je trouve un sens à ce monde dans les découvertes de la Science. Il me faut cependant aussi ce rapport au langage ; tous ces repères éclairent le quotidien, la vie étant elle-même un vaste laboratoire. Je privilégie les mots à la Science, je choisis un mode de vie plutôt qu'un autre car les mots sont d'abord et avant tout ce qui donne sens au monde. Ensuite, on verra, selon ce que cette organisation pourra faire de nous, selon que les lois seront respectées ou non. Je m'en remets aux lois de la Science en gardant en moi ce que me disent les mots. Je lis donc d'un même intérêt comptes-rendus scientifiques et poésie. C'est toute l'histoire de la connaissance qui apparaît ainsi. La Science et la Poésie sont la vie, des façons d'appréhender le réel. Si les deux contribuent à ce que nous nommons pensée, elles participent toutes deux à une interprétation du monde et du réel. C'est cette retenue face aux évidences, c'est ce pouvoir de la Poésie à influencer chaque instant de la vie qui font que la Poésie sera toujours en avant par rapport à toute certitude et tous principes, les plus élaborés soient-ils. La Science ne fait que traduire en lois des phénomènes qui préexistent dans la pensée. La Science est ce mystère synthétisé de la pensée. La toute-puissance de la pensée est peut-être ce qui gouverne le monde.

    Lien permanent Catégories : Science
  • "Estuaires", Eric Dubois

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    « Estuaires » d'Eric Dubois pourrait être un voyage de l'âme dans le temps. La possibilité est là, pour le lecteur, de suivre un cheminement à travers des poèmes d'une grande densité, qui s'attachent à divers moments de la vie autour d'un questionnement sur le Moi : « jusqu'à l'extinction du Moi / s'élève une autre idée de soi ». Ce voyage peut être celui de la vie, puisqu'il s'agit de se confronter aux limites, de se surpasser : « Qu'est-ce qui me retient d'aller plus loin ? » A chaque instant se ressent la volonté de franchir un seuil, d'aller au-delà de soi. N'est-ce pas une recherche profonde de ce qui se joue en soi, au sein du langage ? Cette poésie est en quête de sens ! Une quête qui concerne la vie même et la faculté de chacun à être. La réponse est-elle dans le poème ou ailleurs dans l'univers ? Eric Dubois en explore toutes les dimensions, tel un savant attaché à son expérience : « Comme un mot peut emplir l'univers / dire toujours le recommencement ». Ce chemin se fait pas à pas, la sensation étant glanée en route dans des formules lapidaires et infiniment expressives : « Bois l'hiver   bois la nuit / mange la cendre » ou bien « Ecris dans l'être : plonge ! / Plonge dans l'être : écris ! » Le but n'est-il pas cet « accomplissement de l'être » dans ses multiples dimensions ? Le désir du poète dans « Estuaires » ne serait alors autre que de découvrir la vraie vie. Plusieurs poèmes ont chacun le nom d'un mois, depuis octobre jusqu'à avril, et témoignent de cette concision et de cette recherche de la langue. Cette vérité appartient au poète qui sait traquer dans son laboratoire tous les phénomènes qui la composent : « Le ciel seul juge / témoin et refuge ». Dans cet absurde incarné, il convient de « créer des liens / un réseau » afin de libérer le langage : « La pensée alors est comme un fil de soie / comme un pont sur la mémoire / dont nous sommes survivants ». Si à « chaque jour sa charge de poésie » c'est bien qu'il s'agit là de l'ultime outil du savant. N'être que ce que l'on est et rien d'autre : « il faut savoir / rester anonyme » ou encore : « Passer à travers les regards / éviter les miroirs ». Il y a là cette intuition que la réponse aux questions essentielles appartient au savant, au poète, à chacun : aux « Géomètres du monde » qui tentent d'éclipser l'absurde, de donner sens à cet absurde. « Alors il sera permis l'impossible » ou la promesse que les réponses, un jour, appartiendront à chacun. N'est-ce pas là notre espoir secret ? N'est-ce pas ce qui nous donne l'énergie de combattre le malheur et de désirer pour soi et pour les autres un âge d'or, dépourvu des ténèbres de l'Histoire humaine ? « Estuaires » d'Eric Dubois est une ballade sur les flots qui bercent le Moi, un voyage à travers notre destinée d'êtres ; les deux se rejoignent dans un Tout commun qui est celui de la poésie.

    "Estuaires", Eric Dubois. Editions Hélices Poésie. 9 euros.