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11/10/2018

La révolte

Se révolter, c’est accepter d’être différent. C’est être prêt à être mis à la marge, quand la plupart des gens n’ont qu’un sentiment de résignation et de fatalisme. Si tout va bien, on vous montrera du doigt, au pire vous serez accusé de vivre dans un autre monde, de vouloir mettre le désordre. C’est qu’on ne touche pas aux habitudes, au conformisme. On ne remet pas en cause la bonne tranquillité des gens. On vous dira que votre révolte est une passade adolescente, une mauvaise habitude juvénile qui vous discréditera immédiatement. Quelle crédibilité avez-vous dans ce monde embourbé dans l’argent et le pouvoir ? Vous vouliez réagir un peu à ce marasme quotidien, vous défouler sur vos voisins racistes… et pourquoi ne fermeriez-vous pas votre gueule ? Pourquoi n’iriez-vous pas voir ailleurs si les esquimaux y sont ? Dans une autre vie, j’aurais pu être voyou, délinquant récidiviste. J’aurai eu un cran d’arrêt, une cagoule. La police me courrait après. Quel honneur que cette distinction ! Tant de policiers à mes trousses ! « Vous en avez marre de cette bande de racailles… Eh bien, on va vous en débarrasser ! » Voilà ce que j’entendrais à ma fenêtre, voilà le programme, le travail à accomplir. On parle aux gens comme à des chiens. Vous n’aviez qu’à pas être pauvres, immigrés, étrangers, adolescents ! « C’est à moi que tu parles ? » disait-il dans ce film, face au miroir. On refuse d’entendre la différence parce que cela remet en cause notre pauvre tranquillité ! Quel crédit avez-vous ? Vous serez une image, une caricature. Un fétu de paille métallique, moins que rien. Les voitures brûleront… « Il faut envoyer la police, l’armée, les réservistes ! » Faire le ménage, quoi ! Voilà comme on parle au poète aujourd’hui ! Voilà l’intérêt qu’on porte à un jeune poète de dix-sept ans ! Et vous vouliez écrire de la poésie ? Ah ! Ah ! Ah ! « Commence par trouver du boulot avant de rêver à gagner des millions ! » Sur son balcon, le poète se posera la question de sa légitimité, ayant fait quelques études… s’interrogera sur sa place dans son quartier, parmi ses camarades. Tout est toujours question de point de vue, de camp, de territoire… Et la haine répond à la haine. « Mieux vaut changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde », se répétera-t-il avec insistance. Mieux vaut que je ferme ma gueule. Si c’est pour être pris pour un voyou ! Je reconnais en mes frères ma légitimité. Je sais où sont mes amis. Alors qu’on me refuse le droit de parler, je me sens proche de l’opprimé, de l’expatrié, de l’étranger. Je revendique ce droit à la différence, à la parole, à la colère ! Parce que je ne suis pas un ringard, malgré tous vos jugements ! Je sais où sont les priorités, je sais où est mon combat. Dans la parole libérée, loin de toutes entraves.

16:40 Publié dans Les mots sont... | Lien permanent