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19/06/2006

Tes papiers !

Mot à Maux s'est déplacé à Limoges ce week-end sous l'invitation de Laurent Bourdelas à l'occasion du premier salon de la revue francophone, dans la chaleur accablante d'un mois de juin. Une quinzaine de revues était au rendez-vous (Comme en poésie, Friches, Poésie/première, Pyro...) et quelques lectures et animations sous le pavillon frigorifique mais néanmoins caniculaire au centre de la capitale limousine. Ambiance sympathique portée par une actualité brûlante (une manifestation de "sans-papiers" ayant investi le lieu vers 16 h 30 ce dimanche, prévenus, nous avions dû écourter un peu la session), dans un contexte social qui rappelle des heures d'autres temps, pas très glorieux, les rafles encore reprennent. La poésie rattrapée par la réalité, nous étions beaucoup à ressentir un grand malaise, à penser que nous avions décidément bien notre place ici. Car un engagement poétique n'est pas seulement de mots. Il figure au beau milieu de notre vie sociale. Le poète n'est pas cet être illuminé planant sur des nuages, à l'écart et contre le monde, il se situe dans le marasme, lui aussi a la nausée, il souffre, ses larmes sont les mêmes ! Les collectifs de soutien aux plus démunis me semblent être ces veilleurs, alertés par une injustice récurrente, par une uniformisation de l'indifférence et du rejet ! Ce sont les vrais poètes ! De même qu'ils véhiculent d'autres valeurs, elles-mêmes partagées par d'autres combattants, universitaires, professeurs, travailleurs, simples passants, vous, moi ! Tous nous rêvons à une autre civilisation. Nous en avons marre de subir l'imbécillité et la fatalité des puissants. Marre que la voix des plus nombreux et des plus faibles soit opprimée et que liberté et dignité soient bafouées. Je ne m'emporte pas, je suis calme. Mais qui écoute ? Les passants dans la rue, les médias, les politiques ? ... chut... Je suis calme, je me rassois sur mon banc, je suis sage, sage... un enfant très sage. Je dis bonjour aux passants, au marché, au restaurant, dans la rue. Je me dissous dans les esprits, j'ai les mêmes attitudes, les mêmes vêtements... Je fais peur ! Un homme qui lit, qui ne sourit pas, ça fait peur ! Un homme dans un miroir, ça fait peur ! Il vaut mieux traîner dans les magasins, fouiller les supermarchés. Dans un salon de poésie... vous n'y pensez pas ! Soyons sérieux, le monde va mal, les poètes font fuir et la terre ne tourne pas très rond. Moi, je suis désespéré. Nous vivons une belle aventure. Ca continue.

21:10 Publié dans La vie des mots | Lien permanent