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Je ne suis pas là

Tout est violent dans ce monde. Se lever est violent. Se laver est violent. Le répit n’est pas de ce monde. Même les mots vous agressent ! Alors comment résister ? Seuls les rêves vous laissent tranquille ! Dès le matin, c’est la même machine infernale qui se met en route… qui vous prend et ne vous laisse que quelques instants de repos. Alors, quoi… est-ce moi qui suis inadapté à ce monde, ou la société entière qui est violente ? Je n’ai pas de travail. Rien que les courses à Super U me plongent dans des angoisses infernales… Alors même envisager un emploi de magasinier (pour gagner de l’argent ou renouer du lien social) est inimaginable ! La voiture non plus n’est pas de tout repos. L’accident guette ! Les routes sont dangereuses, sans compter mon cerveau qui fait des siennes quand je suis au volant. Oui, le monde est violent. Violent de tenir une caisse de supermarché, violent de prendre de l’essence à la pompe… violent d’élaguer un arbre au printemps, violent de monter dans une camionnette de peintre en bâtiment, de poster un coli à la Poste, d’envoyer une lettre à la CAF, de faire cuire un œuf, de laver son t-shirt de 8 jours… Violent de rester sur son canapé des heures à méditer sur une toile d’araignée au plafond ! Se lever à 7 heures du matin, partir au boulot, gagner sa croute, prendre les enfants à la sortie de l’école avant de faire les courses… tout cela est inimaginable pour moi ! Faire du sport, surveiller son alimentation, faire son ménage… toutes ces choses normales dans la vie de tous les jours, je suis bien incapable de les faire. Car tout me pèse ! Je ne souhaite à personne de lire mes pensées… Vous n’imaginez pas les méandres et le chaos auxquels vous vous exposeriez ! Car tout est violent dans mon cerveau. La maladie m’agresse dans sa violence quotidienne, les voix, les cris, les appels d’outre-tombe… Non, je ne souhaite à personne de lire les pensées agressives qui me traversent. Allons, tout le monde est malheureux ! Il n’est pas nécessaire de revendiquer une schizophrénie pour éprouver tous ses symptômes. Car le monde est violent. Et si le soir, je regarde un feuilleton américain à la télévision, une émission d’Arthur sur TF1, ou Camping Paradis sur TMC, je ressens toute la violence du petit écran ! Quoi de plus violent qu’une publicité pour un produit de lessive, pour la dernière Toyota, pour la bouffe du chien ! Nous sommes entourés d’images auxquelles nous ne faisons plus attention, habitués aux crimes, aux meurtres, à la barbarie quotidienne. Et tout me revient en pleine face. Je suis une antenne réceptrice de toute la connerie ambiante. Je capte dans mes filets toutes les pensées inconscientes. J’en ai des milliers. Si un jour je parviens à me libérer de mes angoisses, comment être sûr que tous ces souvenirs me laisseront en paix ? On ne peut pas effacer le passé. Il faut vivre avec les drames internes, les dysfonctionnements psychiques. Parce que le malade apprend de sa souffrance, parce qu’il y tient comme à un trésor, parce que le chemin parcouru est toujours une richesse… il ne faut pas trop médire sur son propre sort ! Car la maladie vous distingue de tous ces robots pensants qui marchent dans les rues avec leurs petits chiens… des donneurs de leçons, des redresseurs de torts ! Ah, les gens normaux, ceux qui ne font pas de mal, ceux qui se croient légitimes… Vous mourrez de leur perversité et de leur bêtise. Moi, malade, eux fondamentalement identiques à eux-mêmes ! Oui, la maladie est un progrès face à la masse informe de la rue. Votre sensibilité fera de vous un apatride, mais vous serez riche d’un millier de trésors. Allons, c’est la société qui est violente. Vous ne faites qu’absorber ses émanations. La violence est partout, dans les journaux, au cinéma, au bureau, dans la rue, au supermarché, à la télévision, sur les routes, dans les stades… Moi je ne suis qu’un pauvre homme. Pas grand-chose… une antenne peut-être. Tout est violent dans ce monde. Et moi, je ne suis pas là.

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