Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/01/2006

Nouakchott Light

93 motards, 67 équipages en voitures, 33 camions parmi 574 partants viennent de finir la course accompagnés de 18 avions, 8 hélicoptères et des centaines de véhicules d'assistance arrivés à Dakar, capitale du Sénégal. Dégageant ses vapeurs huileuses éjectées par des moteurs tournant à 150 km/h dans les déserts, les villages et les zones magnifiques du Maroc, ayant traversé le Portugal, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, financée largement par Total et les fournisseurs officiels tels que Elf, Euromaster, Renaud, médiatisée par France 2,3 et 4 et les fédérations de sports automobiles, toute cette caravane, arborant ses drapeaux, sa mécanique graisseuse et infecte vient de se tailler une nouvelle place magistrale au Panthéon de la connerie. Que certains aiment à foncer à vive allure en claquant des millions avec arrogance est une chose, mais que ceux-ci exhibent leurs frissons individuels dans les villages et sous les yeux d'une population vivant dans une forte précarité sans s'insurger plus malheureusement, en serrant dans leurs poings le symbole de leur civilisation conquérante, dans l'indifférence la plus totale et la plus obscène, et que cela se fasse depuis 28 ans d'une façon institutionnalisée et de plus en plus aveugle et hypocrite me paraît tout à fait écœurant. Nous n'avons vraisemblablement pas la même notion de la décence. Hurler et brandir des bouteilles de champagne en agitant sa fierté est accessible au premier chauffard venu, appuyer à fond sur un accélérateur dans une région aussi menacée, fragile et démunie sans se poser d'autres questions est un enfantillage des plus primaires. Il n'y a aucune gloire à imposer sa toute-puissance en se sentant légitime (mais cette masse de muscles et de ferrailles se pose-t-elle vraiment la question ?), à propager la fierté d'un néo-colonialisme dont les valeurs ne reposent que sur l'argent et la possession. Mais quel est le sens de cette épopée des temps modernes pour classe moyenne en manque de sensations dans un monde transpercé par les inégalités, l'injustice et la misère ? Où se tient réellement l'échange culturel, l'indispensable entraide économique nécessaire à un nouveau rapport Nord-Sud ? Comment peut-on espérer à coup de millions et à l'allure effrénée d'une course établir quoi que ce soit de durable entre les populations ? Est-ce ici l'image que nous voulons donner de notre civilisation ? Quels enjeux économiques y a-t-il ici sinon une course qui essaie tant bien que mal de se donner bonne conscience ? Nous sommes habitués à ce que le monde et les déserts nous appartiennent, à contempler notre image dans tous les mirages du monde. A avoir entre nos mains nos bagnoles, nos plans GPS ! Le monde c'est Disneyland ! Une vaste attraction quoi ! Pour ma part, tout ce tapage me fait vomir. Arriver premier ou second, savoir quels ont été les ennuis mécaniques, le plan de course et le nombre de chameaux croisés, savoir si ma moto servira comme il faut l'image de mon sponsor, la part d'audience que fera mon écurie à la télévision et en combien de temps j'arriverai d'un point à un autre en ayant coupé ma respiration, tout cela m'est encore bien égal ! Nous vivons des temps modernes et vive la civilisation !

22:00 Publié dans Société | Lien permanent