Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Nouakchott Light

    93 motards, 67 équipages en voitures, 33 camions parmi 574 partants viennent de finir la course accompagnés de 18 avions, 8 hélicoptères et des centaines de véhicules d'assistance arrivés à Dakar, capitale du Sénégal. Dégageant ses vapeurs huileuses éjectées par des moteurs tournant à 150 km/h dans les déserts, les villages et les zones magnifiques du Maroc, ayant traversé le Portugal, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, financée largement par Total et les fournisseurs officiels tels que Elf, Euromaster, Renaud, médiatisée par France 2,3 et 4 et les fédérations de sports automobiles, toute cette caravane, arborant ses drapeaux, sa mécanique graisseuse et infecte vient de se tailler une nouvelle place magistrale au Panthéon de la connerie. Que certains aiment à foncer à vive allure en claquant des millions avec arrogance est une chose, mais que ceux-ci exhibent leurs frissons individuels dans les villages et sous les yeux d'une population vivant dans une forte précarité sans s'insurger plus malheureusement, en serrant dans leurs poings le symbole de leur civilisation conquérante, dans l'indifférence la plus totale et la plus obscène, et que cela se fasse depuis 28 ans d'une façon institutionnalisée et de plus en plus aveugle et hypocrite me paraît tout à fait écœurant. Nous n'avons vraisemblablement pas la même notion de la décence. Hurler et brandir des bouteilles de champagne en agitant sa fierté est accessible au premier chauffard venu, appuyer à fond sur un accélérateur dans une région aussi menacée, fragile et démunie sans se poser d'autres questions est un enfantillage des plus primaires. Il n'y a aucune gloire à imposer sa toute-puissance en se sentant légitime (mais cette masse de muscles et de ferrailles se pose-t-elle vraiment la question ?), à propager la fierté d'un néo-colonialisme dont les valeurs ne reposent que sur l'argent et la possession. Mais quel est le sens de cette épopée des temps modernes pour classe moyenne en manque de sensations dans un monde transpercé par les inégalités, l'injustice et la misère ? Où se tient réellement l'échange culturel, l'indispensable entraide économique nécessaire à un nouveau rapport Nord-Sud ? Comment peut-on espérer à coup de millions et à l'allure effrénée d'une course établir quoi que ce soit de durable entre les populations ? Est-ce ici l'image que nous voulons donner de notre civilisation ? Quels enjeux économiques y a-t-il ici sinon une course qui essaie tant bien que mal de se donner bonne conscience ? Nous sommes habitués à ce que le monde et les déserts nous appartiennent, à contempler notre image dans tous les mirages du monde. A avoir entre nos mains nos bagnoles, nos plans GPS ! Le monde c'est Disneyland ! Une vaste attraction quoi ! Pour ma part, tout ce tapage me fait vomir. Arriver premier ou second, savoir quels ont été les ennuis mécaniques, le plan de course et le nombre de chameaux croisés, savoir si ma moto servira comme il faut l'image de mon sponsor, la part d'audience que fera mon écurie à la télévision et en combien de temps j'arriverai d'un point à un autre en ayant coupé ma respiration, tout cela m'est encore bien égal ! Nous vivons des temps modernes et vive la civilisation !

  • Bingo !

    Vendredi 13. Je me suis dit : tiens, ce matin, je ne vais pas me lever ! C'est vrai, parfois on regrette, on se dit : mince ! j'aurais dû rester au lit ! Quelle poisse ! Bref, je me suis quand même décidé à sortir, à affronter la grisaille de l'hiver, quitte à tomber sur un de ceux qui auraient pu me gâcher la journée. Mais tout s'est bien passé. Celui qui devait me gâcher la journée avait dû rester chez lui. Finalement, j'aime bien les vendredi 13. Je me suis dit : tiens, c'est le jour ou jamais pour gagner au loto. J'ai dû flancher au dernier moment, j'ai joué au Solitaire, au Banco et au Bingo. J'ai gagné quatre euros. Moi qui ai inscrit sur ma boîte à lettres : "Pas de publicité, merci"... ils ont quand même trouvé la parade : ils m'envoient des papiers personnalisés : - Oui, monsieur Brochard vous avez gagné à vie 1000 euros par mois !  (il vous suffit de remplir ce bulletin, et patati et patata). Ou alors : 500 points offerts chez votre centre Leclerc ! Il y en a qui dépensent de l'énergie à vouloir me convaincre d'adhérer à tout un tas de trucs bizarres, genre réduction téléphonique, congélation à domicile, et ça sonne de tous les côtés, sur le portable, sur le fixe, ils n'ont pas encore réussi à défoncer ma porte et à me faire signer de force un ultime formulaire, je tiens bon, je reste droit, je ne plie pas sous le vent. Jour bizarre, je me suis quand même décidé à faire les courses. Il faudrait quand même qu'ils arrêtent de mettre de la nicotine dans leurs bonbons Haribo, je vais finir par faire un arrêt cardiaque à cause de tout le sucre que je m'envoie ! Et qui pourra dire qu'on ne m'a pas assassiné ! Bref, je me suis quand même raccroché à l'idée que j'allais lire Comme en Poésie n°24, la journée ne serait pas totalement perdue. Ils ont viré la Croix Rouge du hall du centre Leclerc, j'ai pas pu faire emballer ma boîte de chocolats pour un ami, tant pis, je les mangerai moi-même. Bref, la journée va finir et peut-être quelqu'un va-t-il gagner au Loto. Et certainement tous repartiront les mains dans les poches vides. C'est ça la dure loi du capitalisme. Et zou... demain je joue encore au Bingo !

  • Amazonie

    Chaque seconde qui passe nous rapproche de la fin. C'est dire si j'ai mauvaise conscience alors que la déforestation en Amazonie augmente de 25 % chaque année. Au rythme de la destruction de 1997, la forêt amazonienne aura disparu en 2020, nos enfants en seront à finir leurs études et à commencer un travail, nourris de retransmissions de la Star Academy et d'un énième bêtisier. Nous vivons à l'époque où 1/3 des forêts tropicales de la planète sont amenées à disparaître. Celui que l'on appelle "le poumon de la Terre" est menacé d'être emporté par un cancer gigantesque, subventionné par les marchés internationaux, qui en exploitant l'avidité de l'économie locale et les recettes juteuses du marché mondial provoqueront et aggraveront la dégradation généralisée de l'écosystème planétaire. Car, qui ignore aujourd'hui les dérèglements que l'homme afflige à son environnement et qui peut ne pas s'en inquiéter ? Croire que nous pouvons impunément continuer à détruire et à surexploiter les richesses naturelles causera la perte de ce qui appartient aux générations futures, à nos enfants. La destruction de l'écosystème en Amazonie cause la perte de milliers d'espèces définitivement perdues pour la science, engendre la disparition des ethnies locales et contribue au réchauffement climatique. Qui peut dire que ce désastre sera sans conséquences pour nous ! Qui peut ne pas s'alarmer de telles pertes pour l'humanité ? Depuis quelques années, nous assistons à la fonte des glaciers polaires, à des inondations records, à des cyclones de plus en plus fréquents. Comment ne pas penser un instant que la Terre malmenée souffre de notre manie de tout saccager pour des besoins futiles, égoïstes et déraisonnés ? Comment ne pas avoir froid dans le dos au su de ce que les scientifiques prévoient pour notre planète ? Pour certains désastres, l'homme s'adapte, compose, la planète, elle, est unique. Les forêts ne repoussent pas par miracle, les océans ne sont pas purifiés par l'intervention du Saint Esprit, l'activité humaine ne peut se passer de l'harmonie fondamentale entre l'homme et la nature. Le lien aujourd'hui est brisé, les espoirs s'envolent peu à peu pour notre terre, vieille de millions d'années. Sont-ce l'égoïsme, l'avidité, la bêtise qui auront raison de notre trésor universel ? Comment parviendrons-nous à gérer autant de conflits, à éviter la colère et la vengeance de notre mère, la Terre ? A côté de nombreuses consciences, je suis inquiet et je m'alarme ! Je souffre en même temps que la Terre. J'angoisse, je suffoque. Comment faire, comment agir ? Comment éviter un tournant irréversible ? Comment faire ici et maintenant ? Si parler est louable, agir concrètement vaut mieux que de beaux discours. Choisir ses valeurs engage une vie entière, je me serais probablement engagé dans ce combat si la poésie n'avait mis le grappin sur moi d'une façon aussi intense. Mes convictions restent les mêmes et je ne donne pas à la poésie une autre utilité que sociale, vitale. Il s'agit de se convaincre d'un engagement à avoir dans les principaux domaines de la vie. L'environnement est une question universelle qui ne saurait se passer de toutes les forces vives. Rester et se taire ! Subir, s'excuser alors qu'il est peut-être trop tard ? Vivre un autre cauchemar au rythme fantomatique des millions d'hectares de forêt déjà disparus ? Alors autant s'enterrer dans un trou et se taire. La parole, l'action sont plus que jamais vitales ! Alors que nous assistons en direct à la destruction de notre Terre, nous avons une lourde responsabilité envers les générations futures. Aujourd'hui, le combat est plus que jamais essentiel pour toutes les forces, et l'action indispensable. Je n'aurai jamais bonne conscience. Pas pour ça, pas pour les forêts, pas pour les océans, pas pour l'avenir de nos propres enfants.