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06/01/2019

À un paradoxe près

Les temps sont durs pour les écrivains. Quand je vois qu’un auteur publie cinq livres aux éditions La tarte et le pion, avec un budget serré pour chacun, je me dis que je suis bien couillon de chercher à publier mon dernier bébé chez un bon éditeur ! Je pourrais me contenter d’envoyer mon manuscrit avec leur formulaire de contact, réponse sous huit jours, respect de la confidentialité, professionnalisme oblige ! Ce n’est pas difficile de publier un livre, il suffit de traverser la rue et d’aller chez La tarte et le pion … La porte est toujours ouverte, il y a toujours un contrat à traîner dans un coin, il suffit d’apposer sa signature et de parafer chaque page. Ici la vie est simple, on vous garantit la publication de votre livre dès réception du premier chèque. Oui, je suis bien con de me fatiguer pour rien alors que je pourrais avoir mon bouquin à 150 exemplaires chez La tarte et le pion, moins cher que chez Darty, avec service après-vente ! Je serai même référencé dans les rayons d’Intermarché et de chez Leclerc, vous imaginez la notoriété ! Et il paraîtrait que pour quelques euros de plus, j’aurais droit à une note de lecture personnalisée de la part de l’éditeur, publiée sur le site en première page ! Leur couverture n’est pas si moche, il faut juste s’habituer à la mise en page un peu trop resserrée à première vue mais qui fonctionne bien quand le livre est pris à bras tendus. De toute façon, tout se paie aujourd’hui… Je perdrai juste quelques centaines d’euros, c’est pas la mer à boire ! Et au moins j’aurai mon bouquin. De bons écrivains ont eu recours au compte d’auteur, savez-vous… Je ne vois pas où est le problème. Un livre est un livre. Il ne faut pas trop chercher des noises au compte d’auteur ! Aujourd’hui chacun peut avoir son bouquin estampillé La tarte et le pion. C’est une sacrée révolution : n’importe qui peut publier tout et n’importe quoi ! C’est même une liberté fondamentale, un privilège pour les sans-grade, une justice pour les auteurs ! Alors je ne vois pas où est le problème. Pourquoi je me casse pour publier chez un bon éditeur alors que je peux faire tout ça facilement en allant voir ailleurs ? Mon bébé s’habituera bien à avoir de nouveaux parents, pourvu qu’il ne soit pas orphelin ! Pourquoi se compliquer la vie alors qu’il est si facile de publier son bouquin chez La tarte et le pion ? Mais de toute façon il y a plein d’autres éditeurs pour se charger de votre avorton. Elle est pas belle la vie ?

 

 

18:28 Publié dans La vie des mots | Lien permanent