26/05/2006

Terminal

Parmi la multitude des chemins, certains prennent les plus rocailleux, d'autres les plus détournés, les plus pervers, d'autres encore vont à Beyrouth, Tombouctou, Berlin, St Jacques de Compostelle... Bref, tous les chemins mènent à Rome. Le meilleur, quand même, c'est le chemin buissonnier. Microbe n°35 s'en mêle autour de "Ministoires de voyages". Ca circule, ça serpente, ça décolle vers le cosmos. Parmi d'autres auteurs, Jean-Jacques Nuel nous présente un extrait de roman, "L'autoroute". Là, tu t'assois dans la bagnole et tu rêves. Comme quand tu étais petit à l'arrière de la 4L ! C'est la nuit, tes parents conduisent sur l'autoroute, toi tu dors, tu n'as que ça à faire, tu dors la joue collée à la vitre froide. Tu n'arrives pas avant plusieurs heures, les phares défilent en sens inverse, tu te perds entre la buée et la carrosserie de la portière. Des voitures, il y en a des millions, des chemins, des ponts, des routes, des aéroports... Quant à l'ultime chemin, c'est lui qui te dira où tu vas vraiment.

21/03/2006

Ici é là n°4

Tant qu'il y aura des questions, il y aura de la poésie. C'est dire si cette entreprise de verbalisation de la pensée durera longtemps. La nécessité de la poésie m'apparaît de plus en plus sociale, elle oriente non seulement les pas du marcheur sur le chemin réel qu'est la vie dans ce monde mais elle porte aussi l'individu dans son rapport avec les questions existentielles du sens et de l'être. Quel terrain extraordinaire que ce passage fugitif dans l'existence ! Quelle chance que la richesse et la beauté de ce monde ! Plus que jamais nous avons besoin d'être des rêveurs éveillés. Le poète doit s'approprier le monde ! La pensée doit se faire entendre de façon à ne plus être ensevelie sous le silence et la barbarie. La poésie est sociale ! Mais elle est aussi la métaphysique : au service du questionnement essentiel. Bien sûr, la poésie est ce qu'elle veut, elle ne se laisse pas cloisonner, elle diffuse à travers les mailles de nos filets. Des réponses ? L'homme en cherche et en cherchera toujours ! Mais quoi ! L'actualité est triste, le monde est tragique ! Oui, nous avons besoin plus que jamais d'intelligence. Il est plus qu'urgent de prendre la parole. Rien n'est pire que le silence. La poésie doit vivre car elle brise le silence. Dans ici é , Laurent Bourdelas nous dit pourtant : " J'écris pour rien / même pas pour m'amuser / J'écris, cela ne sert à rien / je fais des petits bonds sur la page et dans ma vie / pas des sauts-de-loup, des petits bons vers la fin / qui m'éloignent des bonbons et de maman". Oui, la poésie comme domaine est une impuissance. La fatalité du réel dépasse toutes les petites explications et l'inexorable énigme de la vie brise toutes les certitudes, n'en sera-t-il pas ainsi jusqu'à la fin des temps ? Pourtant rien ne nous empêche de prendre la parole, ici et maintenant. Insoluble mystère et infinie question. Liberté et spontanéité de la parole. Dans " La voix", Serge Delaive nous dit : "En fait / je ne suis jamais parti / J'étais ici / comme chaque jour." Oui, pour la poésie, tout est bien ici, il s'agit de chercher et de découvrir, d'oser franchir le pas. " Des questions il y en a, jusqu'à la nuit trop souvent, des questions à ouvrir les yeux", nous dit Ariane Dreyfus. Plus loin, Mahmoud Chalbi écrit : "Et, dans la joie, tu produis, tu fais, tu crées... sans te ramasser... te retrouver... en manque !" Oui, l'homme sera toujours en manque de réponses et avide de satisfactions. Au poète de consumer la flamme qui le rapprochera de la vie.

Il me semble de plus en plus que la poésie est sociale. Elle est aussi la vie. La revue ici é nous donne l'occasion de lire une poésie multiculturelle, sans chapelle, attentive à la diversité de voix nombreuses. Si la poésie va mal dans sa relation avec le public, c'est qu'elle souffre d'une incompréhension totale. Quel terrain aujourd'hui pourrait lui permettre de se développer ? Les salons, les manifestations ne suffisent qu'à l'entretenir. Quelle richesse pourtant ! ici é en est à son numéro 4, tirée à 500 exemplaires, elle est un acteur bien vivant et actif dans son domaine. Revue de la maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, elle est de celles qui font vivre le paysage culturel, un exemple d'action social. Lire ses pages, se laisser émouvoir et aller à la réflexion, c'est en quelque sorte signer un pacte, parier sur le pouvoir subversif de la pensée. Composée d'une partie création, d'un dossier (ici les Poètes tunisiens d'expression française), d'articles et de notes, magnifiquement mise en page et illustrée, elle est une incitation à se surpasser dans notre vie. La poésie n'est pas grand chose, ce n'est pas un métier, à la rigueur un artisanat, mais pour quelques personnes elle est tout, elle englobe le monde, l'accueille dans ses moindres contradictions. Tout juste est-ce un mirage dans le désert, un sommaire, un article, une envie de briser les carreaux et de s'envoler.

Au sommaire de ici é n°4 : Images ė mots : Serge Delaive, Marc Giai-Miniet, Laurent Bourdelas, Ariane Dreyfus, Patrick Joquel, Nicolas Gille ; Si près ė si loin : Un parcours tunisien : Hédi Bouraoui, Tahar Bekri, Youssef Rzouga, Slaheddine Haddad, Amina Saïd, Marianne Catzaras, Mahmoud Chalbi, Aymen Hacen. Dessus ė dessous : 20 ans de Cadex, De retour de Trois-Rivières, Les éditions Eclats d'encre, Hommage à Lewigue, Danse à l'école, Un poète, un artiste, un livre, Poésies sur le territoire, un aperçu ; Ecoute ė note : recension et programmation. 

ici é là : La Maison de la Poésie. 10, pl. Pierre Bérégovoy. 78280 Guyancourt. 10 euros

02/03/2006

La Barbacane

La Barbacane a publié son dernier numéro "Pour saluer Charles Minetti". Il s'agit de rendre hommage à un mort, à un poète mort comme il y en a toujours eu et comme il y en aura toujours. La vie est brève. Et puis nous n'avons qu'une seule constitution : ce que l'on fait du tout début jusqu'à la fin c'est ce qui nous fait, c'est l'empreinte que nous laissons, un écho de nous-même. La poésie est davantage que nous-même, elle nous dépasse, anticipe souvent sur notre propre destinée. L'homme vit quelques années puis part. Scandale ! A peine est-il lui-même qu'il doit partir sans savoir même où le vent soufflera sa poussière ! Ce qu'il laissera sera un peu le monde et un peu sa propre vie dans le monde. Et puis, il y a tous ces principes, ces lois qu'il essaie de découvrir, la croyance d'un ordre inné dans le langage. Certes. Il y a tout ça dans la vie. Pourquoi pas, après tout. Pour ma part, je crois à l'harmonie relative de la conscience, relative car sans cesse l'être est malmené, mais harmonie quand même car les leçons apprises ne l'ont pas été en vain. Aboutir à la sagesse, à la connaissance, voilà ce que permet la poésie. Plus, cette subjectivité qui est soi et celle de l'ordre du monde. La poésie est un chemin vers un peu de repos dans cette vie. Que souhaiter de plus ? Les lois appartiennent à la physique, la compréhension du monde est multiple, en rapport avec tous les domaines de la pensée, la religion, la science... Quelle paix peut être engendrée par un semblant de connaissance ? Comment espérer savoir parfaitement l'ordre des choses ? Comment en faire une condition de la tranquillité ? Non, c'est l'harmonie relative dans le monde qui peut apporter une paix relative à l'âme. La connaissance, elle, sera toujours le désir de l'homme jusqu'à la fin des temps. Il convient d'apprendre à vivre. La poésie est cette capacité à être dans le monde. Qu'attendre de plus dans une existence aussi courte ? Une seule constitution par vie... Et cela, c'est tout ce qui nous préoccupe. La Barbacane a publié son dernier numéro "Pour saluer Charles Minetti". Il s'agit de rendre hommage à un mort. La vie est brève.