19/09/2006
Virgule
Très loin de la Star Academy et des flonflons de la télé, « Virgule est un projet protéiforme et hybride », une énergie souterraine comme il en existe un peu partout (y en a qui aiment pas, y en a qui disent que l'underground met de la confusion dans les esprits de nos jeunes - c'est pas carré, ça passe mal à la brosse à reluire, je ne citerai pas de noms, suivez mon regard) et qui met un peu d'intelligence dans ce marasme plat, un peu de vie dans un électrocardiogramme ras la moquette et qui pourrait finir par nous engloutir dans le néant total en faisant de nous des robots. C'est pas commercial, et la plupart du temps c'est distribué à la sauvette à la sueur du front de ceux qui la confectionnent, Rodolphe Olcèse en tête. Le numéro 1 a été un recueil de 64 pages tiré à 300 exemplaires vendus (le plus souvent donnés) déposés en librairies à Paris et à Cherbourg. Virgule 2 a été une séquence de film : « I wanna be your rom », diffusée en festivals. Virgule 3 est un « fanzine » de 12 pages, photocopié en 50 exemplaires et distribué gratuitement de manière aléatoire. Le numéro 4 paru en juillet est de nouveau une revue de 28 pages ; il peut être adressé gratuitement contre une enveloppe timbrée, ( se renseigner à l'adresse : rodolphe@lenversdugeste.com ) ou téléchargé librement au format pdf. « Rien n'est tranché pour les prochains numéros » me dit Rodolphe Olcèse (qui a été publié dans Mot à Maux n°5), mais les idées sont nombreuses pour cette association qui organise aussi des concerts de rock et des projections. On peut consulter le site de l'association à cette adresse : http://www.lenversdugeste.com/. Virgule est un témoignage de la résistance de la création contre l'univers carcéral qui gouverne nos vies. Un peu de désordre n'a jamais fait de mal à personne, surtout quand ce désordre contribue à mettre du sens dans nos vies.
21:25 Publié dans La revue des revues | Lien permanent | Envoyer cette note
13/09/2006
Paroles de Verso
![]()
C'est la rentrée littéraire, mais la poésie n'a pas de saisons. Elle circule un peu partout mais elle est sans cesse menacée de naufrage. A la lecture de la Revue des revues du numéro 126 de l'excellente revue Verso, je me dis que vraiment il existe beaucoup de publications, pas mal que je ne connais pas, et beaucoup d'énergie ! Mais y a-t-il assez de lecteurs ? Comme le dit Gérard Fabre dans Ici é Là n°4 : « La poésie était déjà une marge de la création littéraire, c'est devenu une marge de la marge. » C'est vrai, tant qu'à lire un bouquin ou un magazine, autant lire un canard avec pleins de ragots, le dernier Sarkozy ou Marie-Claire... Et pourquoi aller perdre son temps à lire des gars inconnus qui écrivent d'une manière assez bizarre et qui de toute façon ne représente rien sur la scène médiatique ? Et encore pourquoi un individu lambda scotché devant sa télé irait lire un truc tout seul dans son coin, alors qu'au programme il y a un nouvel épisode de la Star Académie ? Eternel combat entre une idée de la culture et le désert médiatique. Certes, il existe toutes sortes de magazines sur tous les sujets (du papier glacé périodique à consommer rapidement) mais demandez autour de vous qui a lu dans l'année un recueil de poèmes ou une revue de poésie, vous serez surpris de vous retrouver tout seul au milieu d'un désert ! Evidemment, c'est le boulanger qui se plaint de ne pas vendre assez de pain...C'est peut-être un mauvais boulanger, ou personne n'a assez d'argent pour en acheter. C'est ça : il vit dans un désert et les gens crèvent de faim parce que c'est comme ça et que de toute façon, il ne faut pas espérer que le monde change : le monde, ça bouge à coup de canons, le pouvoir, ça ne circule pas entre toutes les mains et de toutes façons les gens sont égoïstes. Alors, la poésie, tu penses bien que personne n'en a rien à foutre. Verso dans lequel est rapportée la formule de Gérard Fabre : « La poésie n'est pas une expression unique. Elle est multiple. » C'est vrai que Verso ne connaît pas de chapelle, à l'image des éditions Cadex. Alain Wexler dit dans sa préface : « Ainsi la langue avale tout le corps. La langue a ses chemins. Un chemin avale tout le corps. Un chemin tout droit, moins bien qu'un chemin courbe parce que dans la nature, la ligne droite n'existe pas. » Faudrait-il entendre que la poésie ne se donne pas d'emblée ? Qu'elle nous impose de sortir de nos chemins coutumiers ? Et qu'elle n'est pas une unique vérité mais une multitude de points de vues ? Ainsi, peut-être un de ses plus fabuleux destins serait d'investir tous les domaines de la pensée et de la création. Rêvons d'une cité idéale où les idées ne seraient plus formatées mais où la pensée appartiendrait à tous. C'est bien là que la poésie pourrait reprendre un nouveau souffle ... Certes, il faut bien croire que les choses se font peu à peu et que tous les efforts seront récompensés : la poésie pourrait survivre ainsi. Pour revenir à Verso, une autre citation d'Alain Wexler : « La femme dit : " Je suis contre toi, au pied du mur et contre ce mur, je colle une affiche où je te dessine et j'écris qui tu es". » Voilà bien un des buts de la poésie de nous proposer de nous retrouver nous-même, de parcourir d'autres chemins, véritable essence qui peut remplir la vie. Verso propose de multiples pistes et de multiples auteurs, à chacun de faire son choix, à chacun de se connaître et de se faire sa propre conception de l'écriture. A chacun d'apporter à l'édifice sa propre pierre.
Verso : Alain Wexler, Le Genetay, 69480 Lucenay. Le n° : 5,50 euros. Abonnement : 20 euros (4 n°)
21:35 Publié dans La revue des revues | Lien permanent | Envoyer cette note
29/06/2006
"Le Grand Incendie"
![]()
Si les artistes sont de grands destructeurs, ce sont surtout aussi de grands créateurs ! Evidemment, on se souvient de ces civilisations où le fait d'être hors des canons officiels signifiait une condamnation à l'exil, voire à la mort. Se dire artiste vous place tout de suite dans la catégorie des perturbateurs et fait de vous un inadapté social, plus préoccupé par les lubies que par la réalité du terrain économique. Aujourd'hui, l'artiste est soit un retraité de l'enseignement scolaire, soit un horrible squatter dealant ses bombes de peinture et un peu d'herbe bleue. C'est dire l'image qui vous colle à la peau ! Les artistes contemporains sont dans les musées ou sur les cartes de vos parcours de vacances. Innombrables paysages marines, huiles et aquarelles. Sans danger véritable. C'est fou ce que notre temps peut cacher les autres ! Les artistes sont des êtres transparents qu'il convient de chercher dans les musées ! Ben oui, un peu d'ordre tout de même ! Vous vous voyez chercher qui est qui, qui fait quoi aujourd'hui, qui dit quoi ? Notre temps se caractérise par la faculté du pouvoir et des médias à dissimuler ce qui n'est pas rectiligne, uniforme. Les artistes sont standardisés, formatés, perdus dans la foule des anonymes et de ceux qui ont eu la délivrance de pouvoir causer tranquille. C'est dire si tout cela ne fait pas beaucoup de vagues ! A qui profite le silence, le chant unique de ceux qui ont vendu leur âme au diable ? Car il semble que vouloir construire est tout aussi dangereux ! Mais vous pouvez causer aux murs, crier à votre fenêtre, qui entendra ?
La revue « Pyro » est publiée par l'association « Le Grand Incendie ». Elle en est à son numéro sept. De très belle facture, les textes sont tout aussi intéressants.
Il est si facile de stigmatiser une génération et de lui adresser toute la haine. Trop facile d'accuser sans se remettre en cause. Les événements récents ont montré que l'incompréhension réciproque mène à tous les extrémismes. La création est un moyen millénaire de souhaiter une autre société. Les artistes sont réellement dangereux ! « Pyro » est anthologique. Le moindre fait d'avoir cette revue sur sa table vous propulse cependant dans une autre dimension où les miroirs cesseraient de mentir pour apprendre à réfléchir. Ce n'est pas grand chose, seulement quelques mots dans un océan d'indifférence et de silence absolu. Quand même, certaines fenêtres ont besoin d'être ouvertes. Certaines choses ont besoin d'être dites, quitte à passer pour un grand destructeur, quitte à faire peur, à vouloir réclamer un peu d'intelligence.
21:00 Publié dans La revue des revues | Lien permanent | Envoyer cette note
26/05/2006
Terminal

Parmi la multitude des chemins, certains prennent les plus rocailleux, d'autres les plus détournés, les plus pervers, d'autres encore vont à Beyrouth, Tombouctou, Berlin, St Jacques de Compostelle... Bref, tous les chemins mènent à Rome. Le meilleur, quand même, c'est le chemin buissonnier. Microbe n°35 s'en mêle autour de "Ministoires de voyages". Ca circule, ça serpente, ça décolle vers le cosmos. Parmi d'autres auteurs, Jean-Jacques Nuel nous présente un extrait de roman, "L'autoroute". Là, tu t'assois dans la bagnole et tu rêves. Comme quand tu étais petit à l'arrière de la 4L ! C'est la nuit, tes parents conduisent sur l'autoroute, toi tu dors, tu n'as que ça à faire, tu dors la joue collée à la vitre froide. Tu n'arrives pas avant plusieurs heures, les phares défilent en sens inverse, tu te perds entre la buée et la carrosserie de la portière. Des voitures, il y en a des millions, des chemins, des ponts, des routes, des aéroports... Quant à l'ultime chemin, c'est lui qui te dira où tu vas vraiment.
21:05 Publié dans La revue des revues | Lien permanent | Envoyer cette note
21/03/2006
Ici é là n°4
Tant qu'il y aura des questions, il y aura de la poésie. C'est dire si cette entreprise de verbalisation de la pensée durera longtemps. La nécessité de la poésie m'apparaît de plus en plus sociale, elle oriente non seulement les pas du marcheur sur le chemin réel qu'est la vie dans ce monde mais elle porte aussi l'individu dans son rapport avec les questions existentielles du sens et de l'être. Quel terrain extraordinaire que ce passage fugitif dans l'existence ! Quelle chance que la richesse et la beauté de ce monde ! Plus que jamais nous avons besoin d'être des rêveurs éveillés. Le poète doit s'approprier le monde ! La pensée doit se faire entendre de façon à ne plus être ensevelie sous le silence et la barbarie. La poésie est sociale ! Mais elle est aussi la métaphysique : au service du questionnement essentiel. Bien sûr, la poésie est ce qu'elle veut, elle ne se laisse pas cloisonner, elle diffuse à travers les mailles de nos filets. Des réponses ? L'homme en cherche et en cherchera toujours ! Mais quoi ! L'actualité est triste, le monde est tragique ! Oui, nous avons besoin plus que jamais d'intelligence. Il est plus qu'urgent de prendre la parole. Rien n'est pire que le silence. La poésie doit vivre car elle brise le silence. Dans ici é là, Laurent Bourdelas nous dit pourtant : " J'écris pour rien / même pas pour m'amuser / J'écris, cela ne sert à rien / je fais des petits bonds sur la page et dans ma vie / pas des sauts-de-loup, des petits bons vers la fin / qui m'éloignent des bonbons et de maman". Oui, la poésie comme domaine est une impuissance. La fatalité du réel dépasse toutes les petites explications et l'inexorable énigme de la vie brise toutes les certitudes, n'en sera-t-il pas ainsi jusqu'à la fin des temps ? Pourtant rien ne nous empêche de prendre la parole, ici et maintenant. Insoluble mystère et infinie question. Liberté et spontanéité de la parole. Dans " La voix", Serge Delaive nous dit : "En fait / je ne suis jamais parti / J'étais ici / comme chaque jour." Oui, pour la poésie, tout est bien ici, il s'agit de chercher et de découvrir, d'oser franchir le pas. " Des questions il y en a, jusqu'à la nuit trop souvent, des questions à ouvrir les yeux", nous dit Ariane Dreyfus. Plus loin, Mahmoud Chalbi écrit : "Et, dans la joie, tu produis, tu fais, tu crées... sans te ramasser... te retrouver... en manque !" Oui, l'homme sera toujours en manque de réponses et avide de satisfactions. Au poète de consumer la flamme qui le rapprochera de la vie.
Il me semble de plus en plus que la poésie est sociale. Elle est aussi la vie. La revue ici é là nous donne l'occasion de lire une poésie multiculturelle, sans chapelle, attentive à la diversité de voix nombreuses. Si la poésie va mal dans sa relation avec le public, c'est qu'elle souffre d'une incompréhension totale. Quel terrain aujourd'hui pourrait lui permettre de se développer ? Les salons, les manifestations ne suffisent qu'à l'entretenir. Quelle richesse pourtant ! ici é là en est à son numéro 4, tirée à 500 exemplaires, elle est un acteur bien vivant et actif dans son domaine. Revue de la maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, elle est de celles qui font vivre le paysage culturel, un exemple d'action social. Lire ses pages, se laisser émouvoir et aller à la réflexion, c'est en quelque sorte signer un pacte, parier sur le pouvoir subversif de la pensée. Composée d'une partie création, d'un dossier (ici les Poètes tunisiens d'expression française), d'articles et de notes, magnifiquement mise en page et illustrée, elle est une incitation à se surpasser dans notre vie. La poésie n'est pas grand chose, ce n'est pas un métier, à la rigueur un artisanat, mais pour quelques personnes elle est tout, elle englobe le monde, l'accueille dans ses moindres contradictions. Tout juste est-ce un mirage dans le désert, un sommaire, un article, une envie de briser les carreaux et de s'envoler.
Au sommaire de ici é là n°4 : Images ė mots : Serge Delaive, Marc Giai-Miniet, Laurent Bourdelas, Ariane Dreyfus, Patrick Joquel, Nicolas Gille ; Si près ė si loin : Un parcours tunisien : Hédi Bouraoui, Tahar Bekri, Youssef Rzouga, Slaheddine Haddad, Amina Saïd, Marianne Catzaras, Mahmoud Chalbi, Aymen Hacen. Dessus ė dessous : 20 ans de Cadex, De retour de Trois-Rivières, Les éditions Eclats d'encre, Hommage à Lewigue, Danse à l'école, Un poète, un artiste, un livre, Poésies sur le territoire, un aperçu ; Ecoute ė note : recension et programmation.
ici é là : La Maison de la Poésie. 10, pl. Pierre Bérégovoy. 78280 Guyancourt. 10 euros
22:30 Publié dans La revue des revues | Lien permanent | Envoyer cette note
02/03/2006
La Barbacane
La Barbacane a publié son dernier numéro "Pour saluer Charles Minetti". Il s'agit de rendre hommage à un mort, à un poète mort comme il y en a toujours eu et comme il y en aura toujours. La vie est brève. Et puis nous n'avons qu'une seule constitution : ce que l'on fait du tout début jusqu'à la fin c'est ce qui nous fait, c'est l'empreinte que nous laissons, un écho de nous-même. La poésie est davantage que nous-même, elle nous dépasse, anticipe souvent sur notre propre destinée. L'homme vit quelques années puis part. Scandale ! A peine est-il lui-même qu'il doit partir sans savoir même où le vent soufflera sa poussière ! Ce qu'il laissera sera un peu le monde et un peu sa propre vie dans le monde. Et puis, il y a tous ces principes, ces lois qu'il essaie de découvrir, la croyance d'un ordre inné dans le langage. Certes. Il y a tout ça dans la vie. Pourquoi pas, après tout. Pour ma part, je crois à l'harmonie relative de la conscience, relative car sans cesse l'être est malmené, mais harmonie quand même car les leçons apprises ne l'ont pas été en vain. Aboutir à la sagesse, à la connaissance, voilà ce que permet la poésie. Plus, cette subjectivité qui est soi et celle de l'ordre du monde. La poésie est un chemin vers un peu de repos dans cette vie. Que souhaiter de plus ? Les lois appartiennent à la physique, la compréhension du monde est multiple, en rapport avec tous les domaines de la pensée, la religion, la science... Quelle paix peut être engendrée par un semblant de connaissance ? Comment espérer savoir parfaitement l'ordre des choses ? Comment en faire une condition de la tranquillité ? Non, c'est l'harmonie relative dans le monde qui peut apporter une paix relative à l'âme. La connaissance, elle, sera toujours le désir de l'homme jusqu'à la fin des temps. Il convient d'apprendre à vivre. La poésie est cette capacité à être dans le monde. Qu'attendre de plus dans une existence aussi courte ? Une seule constitution par vie... Et cela, c'est tout ce qui nous préoccupe. La Barbacane a publié son dernier numéro "Pour saluer Charles Minetti". Il s'agit de rendre hommage à un mort. La vie est brève.
22:55 Publié dans La revue des revues | Lien permanent | Envoyer cette note
17/11/2005
Les Cahiers de l'Alba, spécial Rimbaud
Le dernier numéro des Cahiers de l'Alba est consacré à Rimbaud autour de la question : "Comment, poètes d'aujourd'hui, voyons-nous l'aventure du Voyant et son mystère ?" Des extraits de "Jean Nicolas Arthur Rimbaud", un hommage poétique d'auteurs paru aux éditions L'Harmattan dans la collection Exclamationniste, l'expression de différents poètes qui parlent librement de leur ancêtre ; chacun apporte sa pierre à ce numéro qui prouve que Rimbaud vit en chacun de nous d'une façon toujours aussi vive. Voici quelques extraits des contributions à ce numéro. Pour Daniel Leutenegger, "Rimbaud a brûlé tant d'étapes, tout en travaillant à une allure vertigineuse toutes les figures de style poétiques de son époque. (...) Arrêt brutal : Rimbaud ne veut plus entendre parler de poésie et c'est bien ce qui le sauve de la folie. (...) Arthur a toujours 7 ans et dès qu'on lui reparle de littérature, il répond agressivement : "Je ne pense plus à ça"..." Pascal Ludovic Saissi, dans son dossier « Rimbaud et le Net », affirme qu'il "n'aurait pas désapprouvé notre utilisation de la grande toile. Car il était curieux de tout, ce qui l'a emmené à arpenter toute l'Europe en quête de nouvelles découvertes." Pour Daniel Brochard "cette poésie est sans cesse en mouvement. Rimbaud a conscience d'un chemin à parcourir, et vite, très vite, le plus vite possible. S'il faut partir, c'est qu'à chaque instant il s'agit de trouver du neuf." Jean-Luc Wauthier dit : "Celui qui aujourd'hui n'aime ni ne comprend Rimbaud est condamné à ne rien comprendre à la poésie contemporaine et, surtout, aux poètes majeurs des vingtième et vingt et unième siècles. (...) Il est notre contemporain capital. Il nous survivra." Louis Delorme rappelle : "La vraie vie, c'est aussi la vraie parole, pour les poètes maudits. Maudits, ils le sont parce qu'ils sont entravés par le langage de l'époque, devenu conventionnel au possible, à force d'être rabâché, langage qui présente pour le moins un sérieux besoin d'être dépoussiéré." Roger Gonnet, s'interrogeant sur le progrès en poésie dit : "Que demander à la poésie pour qu'elle continue à vivre, sinon qu'elle reste authentique, qu'elle traduise vraiment une émotion, une pensée, une réflexion, qu'elle respecte la qualité du chant dans la forme et dans le fond, qu'elle garde couleur, force et vitalité c'est-à-dire qu'elle soit et reste en bonne santé. (...) Le rôle du poète est, il me semble, en s'interrogeant, de tenter d'exprimer l'essentiel devant les énigmes et les révélations, de combattre une entropie qui conduirait naturellement au néant." Orlando s'interroge sur l'image absolue de Rimbaud : "En même temps qu'il bouleverse la structure formelle de l'expression classique, Rimbaud repense l'imaginaire de fond en comble, balayant impitoyablement la "vieillerie poétique" (...) Aujourd'hui, que des flots d'encre ont noirci des montagnes de papier, on commence seulement à mieux comprendre le poète, à voir à la place du mythe un être de chair et de sang, un adolescent semblable à tous les adolescents. Avec des capacités certes suraiguës, surpuissantes, surmultipliées, mais tout de même un être semblable à celui que nous sommes ou avons été, et plus encore à celui que nous aurions voulu être, ce qui nous le rend cher particulièrement." Enfin, je finirai par ces mots de Pascal Ludovic Saissi : "Au terme de sa remontée de l'enfer, quand la lucidité lui permet de comprendre qu'il vit en Occident, malgré toutes ses tentatives d'orientalisation, le véritable labeur du poète est la réalité "rugueuse à étreindre". Cette formule finale nous permet de comprendre à livre ouvert l'ambition de Rimbaud : revenir au réel, même si le créateur peut s'y abîmer." Ce numéro est la somme de tous les talents et de l'intelligence de tous les auteurs qui y ont participé. Un éclairage important sur le poète mais qui rend compte aussi de la sensibilité contemporaine d'écrivains qui continuent au jour le jour leur travail d'écriture et de questionnement.
21:50 Publié dans La revue des revues | Lien permanent | Envoyer cette note
05/10/2005
Microbe n°31

Je reçois le nouveau Microbe plus que jamais allumé. Son but : « diffuser une littérature sans autre prétention que celle de diffuser une littérature sans la moindre prétention mais peut-être pas vraiment inutile. » Rappelons que l'écriture est une affaire d'esprit, qu'aligner des mots est accessible au profane. Un poème est une affaire d'engagement aussi spirituel que social. Il faut être un peu fou pour écrire, ou comprendre que rien ne va plus, que le sens nous échappe et qu'il faut le rattraper. Alors il convient de courir vite, parce que le sens ne vous attendra pas ! Soyez vigilants et ne sombrez pas dans la folie ! Là, à la frontière, vous puiserez à la source et ce que vous direz sera essentiel. Microbe accueille des poèmes qui ont une langue, un sens, et la forme d'un engagement. D'où viennent-ils ? Quelles mains les ont créés dans l'ombre ? Oui, tout est une affaire d'ombre, d'influence et de travail solitaire. Si la poésie peut donner un sens supportable à la solitude, si elle peut matérialiser un engagement, alors n'est-elle pas perdue pour tout le monde. Une revue donne sens à la poésie, bien avant l'édition en recueil. Microbe est une revue qui survit dans l'ombre. Lire Microbe demande un effort, une attention. Demandez autour de vous combien ont Microbe dans leur bibliothèque ! Alors on vous prendra pour un fou, un original, et vous ferez rire parce que cela rappellera l'enfance de ceux qui n'ont pas de rêves. Les mots sont notre arme, et la seule arme de Microbe. Pas de théorie, pas de phrases complexes, pas d'analyses maniaques, juste la proximité du texte et l'impression que quelqu'un, quelque part, a voulu nous dire quelque chose. Alors, le sens, tout cela, c'est affaire de chacun, c'est selon ses disponibilités, ses désirs. Microbe existe et c'est déjà quelque chose. Ensuite, qui sait vers quel horizon se propagera la maladie ? Textes de Eric Allard, Pierre Autin-Grenier, Marc Bonetto, Jacques Carrier, Daniel Charneux, Alexandre de Wind, Laurence Emily, Pascal Feyaerts, Joaquim Hock, Frédérick Houdaer, Jean L'Anselme, David Sabini, Bruno Toméra, Alice Van Windekens et Lila Widmer. Dessins de Perlette Adler.
Eric Dejaeger : Launoy 4, (B-) 6230 Pont-à-Celles (Belgique). Textes, renseignements et abonnement : rvmicrobe@yahoo.fr
23:55 Publié dans La revue des revues | Lien permanent | Envoyer cette note
28/07/2005
Microbe n°30
Recevoir un Microbe et le lire c'est toujours une aventure. C'est un peu comme ces rêves que l'on fait, comme combler un puzzle incomplet avec une pièce qui est trois fois trop grande ou tenter d'envoyer une lettre à quelqu'un qui n'existe pas. On se frotte toujours à ces questions absurdes et sans réponses. Souvent, se réveiller apporte la meilleur solution à cette angoisse. Le réel sensé vaut mieux qu'un rêve absurde. C'est à quelques-unes de ces questions qu'une dizaine d'écrivains tente de répondre. Comme en rêve, la réponse ne semble jamais convenir... ou alors c'est la question qui est idiote, l'écrivain étant alors celui qui donne sens à quelque chose qui paraît insensé. Toute la condition de l'homme est là, je crois... A la question 02 - " Quelle est la valeur d'un CD gravé par Félicien Rops ? " Patrice Maltaverne répond : "La valeur d'un CD gravé par Félicien Rops est égale à la racine carrée de Pie XII multipliée par la masse de Jean-Paul II." A la question 08 - " Quand il n'y aura plus d'eau potable, comment boirez-vous le pastis ? " Pierre Autin-Grenier répond : " Dans un verre." A la question très métaphysique 18 - " A quoi sert une horloge intemporelle ? " Roger Lahu répond : " A retenir son dernier souffle." Vous aussi si vous avez en tête des questions qui demeurent sans réponses ou des interrogations qui vous paraissent remettre en doute un pan ou une façade de votre vie, lisez Microbe et imaginez vos propres réactions, mettez un point d'honneur à concevoir l'absurde et sortez des sentiers battus et de ceux de vos rêves. Rendez-vous chez Eric Dejaeger et Paul Guiot à Launoy 4, (B-) 6230 Pont-à-Celles (Belgique). rvmicrobe@yahoo.fr
18:42 Publié dans La revue des revues | Lien permanent | Envoyer cette note
16/07/2005
Traction-Brabant n°8
J'ai fait l'expérience : on lit moins bien Traction-Brabant en écoutant Nathalie Imbruglia que dans le silence. Ce n'est pas parce que son agrafeuse fonctionne mal que la revue pourrait être incomprise, mais parce que certaines personnes ont tout intérêt à étouffer dans le silence le discours subversif et révolutionnaire du camarade Maltaverne. Etre singulier n'a jamais été bien vu, c'est que la forme fait peur, un homme sans cravate sera plus facilement soupçonné d'être un dangereux anarchiste. Traction-Brabant c'est tout le contraire. La revue ne casse pas ! Elle désorganise pour mieux reconstruire. Elle gratte la plaie pour en faire ressortir le pus et propose une thérapie là où la société voudrait faire de nos vies un tissu uniforme. La désorganisation est donc apparence, tout comme l'uniformisation est un leurre pour rassurer le plus riche et maintenir un pouvoir. La revue de Maltaverne opère donc adroitement aux frontières du surréalisme, et nous offre une liberté de ton, un renouveau de la parole. Evidemment dans l'horizon formaté des médias actuels, l'entreprise de Maltaverne ne peut que passer inaperçue. C'est toujours ceux qui ont quelque chose à dire qui sont les moins écoutés, on leur met la camisole. Plus que jamais ce numéro 8 pose les questions essentielles : comment parler, comment être perçu, entendu et même écouté ? Quelle langue tenir ? Dans quel but ? Et qui sont les interlocuteurs ? De toutes les revues que je puis lire, Traction-Brabant me semble être une des plus créatives. Je souhaite que cette entreprise demeure, qu'elle soit lue et supportée, par sa volonté de faire entendre un autre langage !
Extraits :
"Quoi ?
Après avoir été miraculeusement retrouvée par Rimbaud, l'Eternité est depuis lors fermée pour cause d'inventaire. Archéologues, métaphysiciens et historiens y passent des nuits blanches." (Pierre Trefois)
"Moi / monsieur / j'ai vu des soldats bleus / casser des noix / sur un arbre / avec une lune verte / dans l'oreille gauche / des sapins fous sur le dos / et des cierges mauves dans la poche" (Pascal Ulrich)
Traction-Brabant : POéZINE DE RéVOLTE IRRéGULIèRE FAIT MAISON
Patrice Maltaverne : Résidence de la Cure d'Air-Bat D1 / 16 rue de la Côte / 54000 Nancy
p.maltaverne@wanadoo.fr
15:05 Publié dans La revue des revues | Lien permanent | Envoyer cette note