05/12/2006

Fin

Ce blog a cessé ses activités. Mot à Maux ne sera bientôt plus qu'un fossile d'octets. Ces pages resteront tout de même consultables y compris par les extra-terrestres. En espérant que la Terre ne sombre pas dans un hiver nucléaire, je m'en vais pour ma part continuer mon chemin.

03/12/2006

Rue de l'Ormeau

C'est pas humain de vivre et puis de partir comme ça... Il y a des musiques que je n'ai pas entendues. Des concerts auxquels je n'ai pas assisté. J'étais shooté à mort, complètement parti dans les aigus ; les accords, ça me prenait le long de la moelle épinière, ça remontait dans les cervicales, ça se postait en chien fou enragé à l'entrée de ma cervelle. La guitare, je l'ai brûlée avant d'en tirer les premières notes, ça a grillé, ça a cramé partout sur la scène. Alors, les chansons, j'ai dû les oublier en route. J'ai dû flamber mon carnet. Ca a dû se passer comme ça, au coin sombre d'une rue. C'est l'école qui a brûlé, mes cheveux se sont décollés du cerveau. Les piqûres d'acide sulfurique se sont occupées de mes derniers neurones. Ca pédale dans le néant maintenant, ça coule dans les veines par une nuit de pleine lune. Alors, évidemment, il y a du grabuge, il y a du sang sur le macadam, de la cervelle éparpillée dans le caniveau. Il n'y avait pas d'étui pour la guitare. Les partitions devaient y passer aussi. Alors, la dernière note avant l'apocalypse de la basse et le roulement de tambour. C'est vrai, c'est pas humain, mais c'est comme ça. Qui tire les ficelles derrière la scène ? Qui amasse les biffetons ? Un dernier geste. Un dernier cachet de Clozapine. Ok, ça ira. Tu t'allonges dans la tombe. Tu t'étends dans le cimetière. Tranquille. Le soleil est noir toute la journée. La nuit est opaque. La chute est brutale. Les anges et les trompettes. Tu parles ! Je lui foutrais bien un poing dans la gueule. Silence de la voix dorée et rapide comme un éclair. Ca chante. Ca hurle. Ca repart. J'ai bouffé les partitions. J'ai balancé la guitare. J'ai brisé les sunlights. Que dalle. Rien à foutre. Ca me rappelle de bons moments. Ca me rappelle pas mal de trucs, comme la rue de l'Ormeau. Ca me rappelle un concert que je n'ai pas vécu, parce que j'étais parti avant que la nuit ne commence.

Rue de l’Ormeau est un texte autobiographique rédigé en novembre 2006 et consultable ici.

 

01/12/2006

Disparition

Je me souviens d'avoir créé la revue Mot à Maux avec le sentiment d'une parole poétique à partager. Je recevais des revues, je publiais, je pouvais aussi apporter ma pierre. Bien que dans le flou, je pensais que la revue pouvait être un espace de liberté. Conseillé par un écrivain rencontré sur le Web, je créai à tout hasard ce blog, pour « parler et faire parler de la revue ». Elle fut bien accueillie parmi les poètes grâce à la vie qui existe sur de nombreux sites Internet et grâce aux revues qui ont bien voulu tenir compte de Mot à Maux dans leurs comptes-rendus de lectures. Je m'enrichis personnellement des contacts entretenus et les rencontres me firent notamment comprendre toute la dimension sociale sous-jacente à cette activité. La poésie peut, elle aussi, sortir des livres. Il est possible d'adopter un nouveau contrat social... tant que la parole existe et tant que les structures sont là pour la porter et la dévoiler au public. Nous sommes tous un maillon de la chaîne. Ainsi, la force des nouvelles technologies rattrapa mes projets de revue papier, elle fut doublée de notes rédigées régulièrement, au début autour de l'actualité poétique, puis très vite des sujets divers apparurent. Je compris un besoin en moi de parole et trouvai un lieu idéal pour m'exprimer. Moi qui avais rompu depuis un an avec l'écriture poétique, je ne pensais pas me lancer ainsi dans une nouvelle période d'écriture... et pourtant ! Je ressentis très vite les possibilités de ce nouveau canal ! Ces notes furent assez modestes et non pas de la poésie, mais suffisamment désirées et plus que de simples ratures. Mon but était donc de parler d'une autre façon que par la poésie, elle qui m'avait laminé et desséché pendant douze ans. Un bébé qui met douze ans à sortir... c'est long, non ? Alors, je me suis juré d'oublier très vite les principes douloureux de cette écriture. J'ai trouvé ici le lieu pour une « écriture païenne » et libérée. Vengeance ou rage sur la vie... La motivation était en tout cas différente. Chaque instant n'est-il pas fait de regrets, de désirs blessés, de mots ratés qui peuvent faire de la vie un enfer ? Les faux pas, les chemins rocailleux, il aurait fallu les prévoir avant ! Mais peut-on avoir cette lucidité à 17 ans ? Alors, ce qui importait n'était-il pas cette écriture, quelle qu'elle soit ?... Point final. La vie... La poésie... Deux espaces différents qui se rencontrent, fusionnent, s'excluent violemment ou se font ennemis mortels. Trouver, au bon moment la bonne clef et la bonne porte ! Peut-être, tout n'est-il pas raté... Certaines choses ont pourri, d'autres se sont libérées de façon quasi révolutionnaire. La poésie, au bout du compte, n'a-t-elle pas appelé à elle la presque totalité de mon énergie ? Alors, tout se crée, tout s'imbrique, chaque pièce trouve un jour sa place. Pas de regrets d'abandonner ce blog. Pas de regrets de renoncer à écrire. Au contraire ! Il me reste un travail sur moi... Est-il sans fin ? Ne faut-il pas se préparer à chaque instant à une mort inévitable ? La poésie qui cherche à comprendre. La poésie qui pose des questions. La poésie qui a soif ! Alors, se préparer à une telle mutation... la désirer dans son corps, d'une façon mystique ou religieuse ! Que faire d'autre ? Merci à tous les amis poètes. Tombée du rideau ici après le rappel. Fin. Larmes. Une petite pierre parmi d'autres. Un chemin. C'est ainsi que va la vie. Désir d'ailleurs. Soif de contemplation, d'autres horizons. Malgré les ennemis, les heurts, les chutes. L'esprit, sans cesse, avance.

30/08/2006

Sur la route

La préparation d'un voyage est toujours quelque chose de mystérieux, plus encore quand il s'agit de revenir sur les traces d'une quinzaine d'années. Je vais donc faire le grand saut dans le temps dès lundi à l'occasion d'un voyage thérapeutique qui passera par Jaunay-Clan pour ma part et quelques autres villes du sud-ouest en ce qui concerne mes compagnons de route. Pas des poètes, non, de simples passants qui ont eux aussi leur route, leur histoire, leurs problèmes et leurs rêves. Alors, c'est quoi quinze ans sur la route ? Il se passe quoi dans la tête quand on se souvient de tout ça ? Je sais pas. J'ai mis mes poèmes en ordre. Je me suis débarrassé des vieux papiers, des brouillons, toutes les ratures sont destinées à la cheminée, les ratés, les pas mûrs, les qui n'auraient jamais dû venir au monde. Tout est classé, là dans une boîte, tout ce qu'il ne faut pas oublier, ce qui devra un jour ou l'autre renaître dans une autre dimension. Au cas où le voyage n'aurait pas de retour, au cas où la nostalgie m'happerait trop férocement, avec ses griffes, ses gouffres, ses rancœurs. Ok, c'est du passé, du vécu, on ne refait pas le monde quinze ans après. Il ne se passera rien d'extraordinaire, c'est même ennuyant de prendre son sac à dos, la route pour des centaines de kilomètres... Quand même, je l'ai vécu tout ça, c'est là-bas, ce n'est pas si loin. Mort à dix-sept ans, traîner son cadavre dans toutes les directions, par tous les chemins, il reste forcément quelque chose de pas dit, de pas ressenti, quelque chose qui pourrit. Alors, je vais revoir le lycée, les rues de Jaunay-Clan, les chemins maintes fois arpentés, les routes, les lieux sombres. Et puis quoi... tout ça c'est de la pierre, du square, du café servi, de la clope avec les cheveux en pagaille et les idées directement issues d'une explosion souterraine ravageant en surface les immeubles et les constructions sur les jardins publics. Rue de l'Ormeau tu as vécu, rue de l'Ormeau tu t'en est allé. Et si tout devait sombrer dans l'oubli. Et si ta future tombe devait effacer cette certitude que tu as traînée avec toi, au lycée, à l'asile, à l'ombre des dunes, sur les pavés fermes des rues dégueulasses... C'est peut-être ce qui arriverait si je devais succomber aux trop nombreuses blessures, à un banal accident de la route, à une crise cardiaque. Alors, j'ai tout mis dans une boîte, tout est classé, étiqueté. Tant pis pour tout le reste. Dommage. Et puis, qu'est-ce que l'écriture ? Il y a la vie, la vie... Mort à dix-sept ans, c'est bien con quand même. Et puis, allez... il y a bien toujours une route. C'est ce qu'on va voir, c'est ce qu'il faudra bien voir. Et pourvu que je n'oublie pas ma brosse à dents.

09/08/2006

A vendre

Non, je n'ai pas été acheté pour 22 millions d'euros, donc je ne vais pas aller voir ailleurs. Je n'ai pas non plus gagné un billet pour les îles du Pacifique (j'aurais pourtant bien voulu y aller). Je n'ai pas été non plus sélectionné pour participer à « Qui veut gagner des millions ? » mais ça m'aurait certainement fait un grand bien. En fait, je dois aider un ami à déménager. Après ça, je compte bien m'orienter tout droit vers la tombe, sans laisser tomber cependant tous mes bons camarades. C'est pas compliqué : tu fais un pas dans la vie, et des années plus tard il ne reste plus qu'à faire le dernier. On ne sait pas ce qu'il y a au bout du chemin, mais je présume que cela doit être pas mal, aussi bien que dans le jeu du « Maillon faible » (c'est dire si je suis pressé de partir les pieds devant) ! Après tout, j'ai eu beau me retourner les neurones dans tous les sens, ça ne m'a pas servi à grand-chose... ah si ! j'ai quand même réussi à terminer mes mots croisés l'autre jour (une sacrée performance, l'œuvre de toute une vie) ! Bref, je suis vraiment fatigué, donc je vais aller faire un tour du côté de l'océan pour voir si les oiseaux sont toujours mazoutés et si la mer est toujours aussi salée. C'est vrai que l'autre fois je ne m'étais pas bien rendu compte, donc je vais étudier la question avec beaucoup de sérieux.

06/07/2006

En vacances

Mot à Maux part en vacances pour voir si l'océan est toujours à sa place, si les oiseaux ne sont pas mazoutés et si la dune ne s'est pas envolée avec la dernière pluie. Les mots seront donc suspendus pour un petit moment et seront laissés dans leur bocal et la vie s'emparera des poissons. Je réserve à petit Quentin un voyage en bateau en espérant qu'il ne sera pas trop effrayé, de toute façon on restera où l'eau est calme, tiède et peu profonde. J'ai préparé le parasol, la crème solaire, les lunettes de soleil, le caleçon, le masque et le tuba, le sac pour le goûter, les espadrilles, les raquettes de Beach Ball... J'ai fait le plein de la voiture, il n'y a plus qu'à prendre le volant direction la mer ! Chouette ! On va pouvoir faire des châteaux de sable, s'amuser dans les vagues et se balancer des méduses à la figure ! On va pouvoir sauter à pieds joints du haut des blockhaus et siroter des grenadines à la terrasse des cafés. Et pas question de rater la finale et d'attraper des coups de soleil ! On peut quand même partir en vacances sans stresser quand même ! Bon, voilà, c'est parti pour une bonne semaine de repos, au moins !

23/06/2006

Une leçon de vie

Fin de l'épisode limousin avec ce récit qui n'a rien à voir avec la poésie, dans la mesure où le monde non plus n'a rien à voir avec la poésie. Je me suis dirigé vers l'église Saint-Pierre (je n'y peux rien, c'est comme cela qu'elle s'appelle). A l'entrée, un mendiant attendait, j'entrai sans un mot. Je suis arrivé pour la communion. Sur les bancs de chaque côté et en face de l'autel, il se formait une procession en direction du prêtre. Le mendiant est alors entré et s'est dirigé vers le prêtre, il a tendu la langue et le prêtre lui a donné un hostie. Tout cela m'a ému. Le mendiant est allé se ranger avec les autres. Je me suis dit : « Cet homme me donne une leçon de vie, par un moyen ou un autre je ne dois jamais oublier ce moment. » Je suis allé m'installer au fond de l'église. J'ai posé mes fesses sur une chaise en attendant la fin de la messe. J'admirais les vitraux, les sculptures, l'immensité de l'espace de cette église. J'étais bien. Je pensais à tous ces siècles de processions, à notre histoire tragique, un peu à moi aussi. Je me disais que ma mère aussi avait dû passer des heures assise sur son banc lorsque j'étais malade. Tout cela me donnait un peu envie de pleurer. Mais j'avais ma fierté. J'essayais d'entendre le silence en moi, ce silence de mort, inaudible, et ce sens insaisissable qui se cache derrière chaque relique tout au fond des églises. Pauvre conscience. Pauvre être perdu dans le vide du non-sens. Pauvre mortel entre vie et trépas. L'architecture si belle des églises, l'ordre de l'esprit face à la douleur et à l'absurde... Il s'agit de croire un peu à une construction, un dessein qui se trame. La vie serait un résultat des possibilités infinies de l'univers. L'absurde serait la négation totale et le chaos. Inextricabilité des choses... Que savons-nous de la vie et de la mort ? Que savons-nous de Dieu, des hommes ? Nous marchons vers un espace possible, une probabilité des choses. Nous croyons, nous espérons. Comme notre mendiant, nous arpentons les dallages de l'église. Nous ne sommes que des êtres provisoires, engagés sur une route dont nous ne faisons qu'entrevoir le néant.

 

21/06/2006

Un visiteur attentif

Venir à un salon permet de faire des rencontres inédites. A marcher dans la rue, nous sommes tous anonymes, nous nous croisons sans un regard, une parole, nous regardons le visage, les habits, afin de percer si untel ou untel est sociable, rebelle, irresponsable. Nous regardons les vitrines en se disant : "n'importe quoi", "tiens, je vais entrer là" ou "c'est trop cher"... Nous portons à la fois un regard critique et un regard halluciné, hypnotisé, nous cédons à l'appel des anges. Plusieurs niveaux de conscience se superposent. Savoir se mettre "hors", "au-delà", "au-dessus" c'est se libérer de l'hallucination collective, ne plus être ébloui par le chic, le luxe, le confort dans toutes ses dimensions. C'est se mettre "à part" aussi. Savoir adopter une attitude critique est le début de toute sagesse, le commencement d'un chemin qui porte à l'illumination. Nos rues ont beau être éclairées... quelle différence avec les chemins sombres qui les traversent ? Il faut s'arrêter, s'interroger, se convaincre à entrer pour connaître un épisode qui, c'est sûr, marquera la journée. Un homme de 68 ans et sa femme se sont donc arrêtés à ma table, intrigués pas le titre : "Mot à Maux". « - Les immeubles font bouger la terre », me dit-il. « Je ne sais pas si c'est le cas, mais la terre, elle, les fait bien bouger ». S'en ensuit une conversation à propos des difficultés de notre temps. « - L'homme a détruit, en un siècle, quatre milliards d'années d'évolution. » Là, je bondis en disant : « Oui ! Et que voulez-vous faire ? Les gens ne se posent pas de questions, ils vivent presque sur une autre planète ! Ils sont perdus dans leurs I pods, leurs Windows multimédias, leur confort tout relatif. C'est le train-train quotidien, on ne peut pas arrêter la machine humaine. »  « - Bah, bah, bah », me dit l'homme. « - Nous n'avions à l'époque que quelques fruits, deux chaussures et quelques vêtements... » La misère continue elle-aussi aux quatre coins du monde, nous sommes de plus en plus riches, dépassés, débordés par toutes les choses que nous pouvons acquérir. « - L'homme va mal, très mal. » Et que voulez-vous faire ? « Moi, j'ai la poésie. On ne peut pas nous enlever ça, sinon on nous enlève notre âme. » Silence. La salle peu à peu se réveille. Des paroles murmurées, des discussions. Les visages s'éclairent. Les mouvements reprennent. « - Bon, on va y aller. Au revoir. » Voilà, c'est fait. Un des premiers visiteurs. Un visiteur qui reprend son chemin dans la rue, qui s'efface, anonyme. Je range un peu le tas de revues. J'allume une cigarette sur le trottoir. Tout à l'heure, à la pose, j'irai moi-aussi me dissoudre dans le marasme de la rue. Moi aussi je prendrai le chemin, je suivrai le pas des voyageurs. En passant par l'église, je jetterai quelques regards attentifs vers les vitraux qui éclaireront mon chemin.

19/06/2006

Tes papiers !

Mot à Maux s'est déplacé à Limoges ce week-end sous l'invitation de Laurent Bourdelas à l'occasion du premier salon de la revue francophone, dans la chaleur accablante d'un mois de juin. Une quinzaine de revues était au rendez-vous (Comme en poésie, Friches, Poésie/première, Pyro...) et quelques lectures et animations sous le pavillon frigorifique mais néanmoins caniculaire au centre de la capitale limousine. Ambiance sympathique portée par une actualité brûlante (une manifestation de "sans-papiers" ayant investi le lieu vers 16 h 30 ce dimanche, prévenus, nous avions dû écourter un peu la session), dans un contexte social qui rappelle des heures d'autres temps, pas très glorieux, les rafles encore reprennent. La poésie rattrapée par la réalité, nous étions beaucoup à ressentir un grand malaise, à penser que nous avions décidément bien notre place ici. Car un engagement poétique n'est pas seulement de mots. Il figure au beau milieu de notre vie sociale. Le poète n'est pas cet être illuminé planant sur des nuages, à l'écart et contre le monde, il se situe dans le marasme, lui aussi a la nausée, il souffre, ses larmes sont les mêmes ! Les collectifs de soutien aux plus démunis me semblent être ces veilleurs, alertés par une injustice récurrente, par une uniformisation de l'indifférence et du rejet ! Ce sont les vrais poètes ! De même qu'ils véhiculent d'autres valeurs, elles-mêmes partagées par d'autres combattants, universitaires, professeurs, travailleurs, simples passants, vous, moi ! Tous nous rêvons à une autre civilisation. Nous en avons marre de subir l'imbécillité et la fatalité des puissants. Marre que la voix des plus nombreux et des plus faibles soit opprimée et que liberté et dignité soient bafouées. Je ne m'emporte pas, je suis calme. Mais qui écoute ? Les passants dans la rue, les médias, les politiques ? ... chut... Je suis calme, je me rassois sur mon banc, je suis sage, sage... un enfant très sage. Je dis bonjour aux passants, au marché, au restaurant, dans la rue. Je me dissous dans les esprits, j'ai les mêmes attitudes, les mêmes vêtements... Je fais peur ! Un homme qui lit, qui ne sourit pas, ça fait peur ! Un homme dans un miroir, ça fait peur ! Il vaut mieux traîner dans les magasins, fouiller les supermarchés. Dans un salon de poésie... vous n'y pensez pas ! Soyons sérieux, le monde va mal, les poètes font fuir et la terre ne tourne pas très rond. Moi, je suis désespéré. Nous vivons une belle aventure. Ca continue.

23/05/2006

"Stabat Mater Furiosa"

Quel est le dénominateur commun entre un spectacle d'une actrice de la Compagnie des Songes jouant "Stabat Mater Furiosa" de Jean-Pierre Siméon dans une petite ville de province et un happening délirant de Mazout et Neutron dans cette même ville de province, si ce n'est que parfois le théâtre touche à la divinité ? La capacité d'une actrice à apprendre et réciter un texte aussi rageur pendant une heure me laisse admirateur. Au début de la pièce, nous sommes plongés dans le noir pour trois minutes, silence... attente d'un signe... une porte s'ouvre, une respiration se fait entendre. Puis l'ampoule finalement s'allume. Frêle jeune femme, les pieds dénudés, dans un manteau, et qui commence son long monologue, adressé à nous, à qui d'autre ? "Je suis celle qui refuse de comprendre / je suis celle qui ne veut pas comprendre et / qui implore..." La pièce est pleine de rage, d'élans puis de calme, on s'inquiète pour l'être fragile quand elle semble côtoyer la folie, on s'émeut de ses cris ! Une femme s'élève contre la barbarie humaine. Cette pièce, ce long poème est fait de ça, et de la beauté aussi, de la fureur enfin. "On n'entend pas les pas de la foule le samedi dans les villes / sur les places publiques dans les marchés / on n'entend pas le pas d'un homme / qui va à son travail / et quand un homme court vers ce qu'il aime / c'est son souffle qu'on entend / mais quand la foule des guerriers se met en chemin / c'est son pas d'abord qu'on entend / son pas qui martèle / oui les coups du marteau sur la terre / le pas qui frappe et qui dit je suis là je suis partout / et comme les bêtes qui sentent de très loin venir l'incendie / chacun sent monter en lui l'écho sourd de ce pas / pas d'histoires tout le monde sait cela / tout le monde / même l'enfant nouveau né en a la mémoire ». Ce qu'on entend c'est un cri, une complainte, les larmes et le bonheur aussi d'être dans le cocon, le doux cocon de la vie. L'histoire humaine est tragique, baignée des guerres innombrables des hommes, de la violence aveugle et de la cruauté. Le message de Siméon s'est élevé de Saïda au Liban en 1997, ravagé par les bombardements, il est celui de l'homme libre, du poète ancré dans le monde, celui qui voit, transmet, suggère et évoque pour nous ce que nous sommes, ce que nous avons été. On sait que les buildings ont été reconstruits, tout va vite, l'activité humaine est sans bornes. Alors il faut dire, témoigner pour le courage et la dignité de la femme et la rédemption des hommes. Cette pièce a été jouée à Avignon, elle n'est pas de celles qui passent à la télévision. Elle n'est pas de celles qui font déplacer les foules en masse. C'est une femme seule plongée dans l'obscurité. Vous avez beaucoup de chances de mourir avant de la voir. Vous avez toutes les chances de ne jamais entendre parler de cette pièce ou de son auteur. Bref, les choses les meilleures sont les choses cachées. On vous ment ! La vraie vie est ici ! La vraie vie est un théâtre dans une salle sans nom, sur la place d'un château disparu, sous les arbres, en plein ciel. Il ne nous reste simplement que quelques réponses à chercher, et puis on pourra tous partir. La lumière peut se rallumer. 

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