05/11/2006

Méditation

medium_S00399.jpgLa réalité tourne autour de nous comme une planète étrange. On voudrait dans nos vies un peu de merveilleux, d'inhabituel, de mystères. Mais il n'est pas nécessaire de recourir à des prophéties d'êtres illuminés pour se sentir habitants terrestres d'une réalité mystérieuse. Ce n'est pas Raël qui nous émerveille mais la Science. Encore que toute théorie soit digne d'intérêt, comme par exemple celle qui annonce l'Ascension vers la cinquième dimension au 21 décembre de l'année 2012 et qui révèle les activités de vaisseaux extra-terrestres en position autour des planètes de notre système solaire. Tout est possible, pourquoi pas. On verra bien, à l'heure dite. Moi, ce qui me fait rêver c'est l'espace, la sensation à chaque instant d'avancer toujours plus loin vers les mystères du cosmos, et la sensation d'appartenir à ce cosmos depuis des millions d'années dans un univers né d'un Big Bang originel, début du temps et de notre aventure quantique. Je me dis que la Science recherche une vérité du monde parmi tant d'autres mais que cette vérité n'est pas unique : tous les scénarios ne sont-ils pas possibles ? L'Humanité est descendu dans l'Absurde au temps de l'Holocauste. On pourrait imaginer une rémission ultime, comme une vie après la mort, comme un monde qui nous attend et que nous n'imaginons pas encore. Puisque vivre, écrire, penser revient à élever notre âme dans la perspective d'un au-delà qui un jour ou l'autre devrait s'ouvrir à nous, puisque les Religions participent de cette croyance ultime et que la Science nous donne des éléments pour tenter de comprendre ces phénomènes, tout ce que nous faisons est orienté vers cette fin et accompagne nos actions dans toutes les hypothèses qui s'offrent à nous. Ne recherchons-nous pas sans cesse un autre état qui corresponde à celui du monde ? Ne cherchons-nous pas à nous extirper de notre cécité ? Enfant, tous les rêves sont possibles, et puis le jugement se fonde sur des contextes précis, sur des mesures, des observations. L'écrivain tente de se découvrir, l'astronome se fie aux étoiles. Et tout cela participe à l'enrichissement culturel. Mais qu'en est-il de la véritable et incontestable Vérité ? Cette question que chaque physicien se pose au fond de lui-même ? Quelles sont les réponses à notre quête incessante ? Qui peut le dire ? Sinon celui à qui a été révélé ce secret. C'est pourquoi je ne crois à aucun dieu, je crois en la Science et à sa faculté d'élargir mes horizons. C'est pourquoi je fais confiance à la mort pour me révéler le visage de l'au-delà. C'est pourquoi je ne serai jamais satisfait des réponses, même des plus précises, que chaque instant de la vie pourrait me révéler.

30/10/2006

Bouge ta banlieue

Un point dans l'esprit permet, en dehors de tout brouillage, au poète, mais aussi à chacun, une position privilégiée face aux questions qui se posent aujourd'hui. Cette vision s'oppose à l'état de cécité dans lequel chacun peut se trouver à un moment de la vie, de l'Histoire ou de la civilisation. L'actualité nous donne autant d'exemples tragiques où les points de vue s'opposent, où les individus s'affrontent de façon verbale ou violente. Or, ce point permet au poète notamment d'acquérir une distance face aux événements en lui permettant de pouvoir saisir plus ou moins distinctement les données d'un problème. Tant que l'on puisse comprendre des phénomènes qui se passent dans divers états de conscience de la part de tous les protagonistes. Car, dans la vie réelle, les choses sont souvent bien plus complexes et enchevêtrées. Pourtant, certaines choses sont évidentes. Ces discours racistes de personnalités qui stigmatisent des populations entières me font vomir. Et plus l'actualité est tragique et plus le discours est radical. Parce que d'un côté une population jeune semble trouver dans la confrontation un juste prolongement de son malaise et de son sentiment d'être rejetée et que de l'autre rien n'ai fait pour atténuer cette inquiétude et cette rage ; parce qu'une population a le sentiment tout simplement de ne pas exister et de ne pas compter et que de l'autre côté les discours xénophobes appellent à toujours plus de rejet, l'homme juste a pour fonction d'éclairer la scène chancelante là où la haine et l'incompréhension sont totales. La banlieue est potentiellement un espace de richesses économiques et culturelles. Pour peu que la haine cesse. Toujours cette opposition entre l'image et ce qu'elle représente. Toujours cette question du sens qui se pose. Derrière la haine, il conviendrait de mettre des idées et de l'action. Les banlieues peuvent se développer si tout est mis en place pour accompagner ce mouvement. Encore faut-il autoriser la réflexion et la distance. Encore faut-il que les réflexes primaires et les discours de rejet cessent. C'est pourquoi le poète et chacun doivent-ils appeler à l'expression inconditionnelle des idées. La banlieue peut sortir du gouffre et les discours extrémistes seront battus. Les idées peuvent vaincre le racisme et la xénophobie. Le poète et chacun peuvent participer à cette construction.

26/09/2006

Anticipation

L'univers serait constitué à 99,9999 % de vide. Rajoutons donc une décimale à cet édifice extraordinaire en quelques mots inutiles et dérisoires. Moi, je dis que c'est la mort qu'il faut chercher à connaître pour nous apaiser un peu de n'être que des poussières d'étoiles. Ce sera ça notre grande découverte. En attendant, à 8 mètres de haut, on peut voir les dinosaures qui s'ébattent sur fond de nébuleuses ; l'homme est un pou à la surface de la planète. A 7 mètres de hauteur, il convient déjà de s'alarmer de la chute en cours. Passons. A 6 mètres de hauteur, le soleil se cache derrière le mur, il fait déjà assez froid, ce qui déclenche des spasmes inévitables en ces circonstances. A 5,10 mètres, l'univers bascule dans un espace à 9 dimensions ; impossible de distinguer haut, bas, envers ou endroit, les couleurs mêmes se mélangent, les sons se perdent, les sensations sont inversées et bancales. Il ne reste plus que quelques centimètres, la chute semble s'être accélérée de façon exponentielle et l'issue est plus que jamais incertaine : j'espère simplement que le gars, en bas, tient vraiment la corde, parce que, sinon, c'est la chute assurée et qui...

16/09/2006

Voyager II

Les poètes ont la chance inouïe de n'être pas soumis à la loi des électeurs. Ils n'ont que faire des sondages, des prévisions. Ils n'ont pas peur de parler. Ils n'ont pas la crainte de décevoir, sinon que leur écriture ne soit pas assez sensible, que leur rage ne soit pas assez palpable. Privilège rare que cette liberté de parole, il convient d'en profiter ! C'est ce que je fais un peu ici. C'est ce que les amis font. Donc ça parle, ça discute chacun avec ses mots, ses moyens. On n'est pas là pour se tirer dessus comme le font les politiques, on a certainement d'autres intérêts et ce n'est pas plus mal.

Le premier problème des scientifiques qui tentent d'observer le ciel, c'est la pollution humaine et l'atmosphère. C'est pourquoi Hubble nous a fourni de si belles images. Remonter très loin dans le ciel nous permet de flirter avec les premiers temps de l'univers. Le poète, quant à lui, tente de retrouver les premiers principes, les premiers instants de la genèse. Pour peu que l'un ou l'autre arrive par ses propres moyens à établir une certaine vérité du monde (unifier une théorie du Grand Tout) il restera toutefois quand même inévitablement la possibilité que les choses soient autres. Alors, si l'on réussit à trouver un principe universel à la formation des étoiles, un éclaircissement sur ce qu'est la mort, si l'on arrive à déchiffrer les mystères de la vie, il restera toujours cette réserve, cette mise en garde originelle à partir de laquelle on pourra dire : « Je profite de ce que la création a fait, de ce que la vie peut être belle, tout en sachant qu'il pourrait en être tout autrement. » L'angoisse existentielle ne tient pas seulement au fait de ne pas savoir, elle tient surtout au fait que tout pourrait être autrement.

Et puis, n'est-ce pas l'extra-terrestre qui nous regarde et qui se dit : « Vraiment, quelle bande d'abrutis ! » Et s'il arrive à se défaire de nos nuées nauséabondes, aurait-il vraiment envie de se jeter à l'exploration de notre inconscient ? N'aurait-il pas plutôt intérêt à fuir rapidement dans une autre direction ? Avec toutes nos horreurs, avec toute cette haine qui circule ! Vraiment, il aurait fait une grande découverte ! Nous ne sommes pourtant pas trop méchants, au fond, il convient de nous connaître, et puis on peut prendre un verre et puis c'est bon. Il faudrait peut-être envoyer un signal... Ils risquent bien de ne pas trop comprendre. Alors, moi je regarde le ciel et je me dis : « C'est quoi derrière ? Je vais aller où quand... enfin, vous savez... quand ce sera le moment... » J'en sais rien, je sais pas. Fous moi la paix ! Alors je reprends mon sac, et je me dis que rien ne m'empêche de sauter tout de suite...Ola, doucement... Je reste là, parce que j'aimerais bien savoir quand même, avant de partir, si c'est mieux, après, on sait pas. On sait jamais.

Alors, à l'extra-terrestre sur sa fusée, je dis : « Gare-toi pas là, quelqu'un risque de faire une grande éraflure sur ta bagnole. Ce s'rait con quand même, non ? »

10/09/2006

Spleen IV

Savoir si je suis rentré, si je suis sorti, si je suis là, si je ne suis pas là... quelle importance ! Je ne suis pas là pour raconter ma vie. Ce n'est pas un journal intime destiné à rivaliser avec celui de monsieur ou madame X ou Y. Je me suis jeté par la fenêtre depuis longtemps. J'ai fermé ma sale gueule qui parlait toute seule, ma face de perroquet braillard et indiscipliné. Je n'ai rien à dire sur la météo, sur le chat de la voisine, sur la gâteau brûlé dans le four, sur la face de rat du type en face. Ca ne me concerne pas les trucs, les machins sensés faire bon chic bon genre. Parfois, j'aimerais jeter ma sale tronche dans une poubelle, y mettre le feu et regarder le brasier. Putain de moi, horreur d'être Je, il faut définitivement abolir la connerie et si la connerie est en soi, il faut la découper tranche par tranche et la donner aux cochons. Je dis Je, moi, toutes ces horreurs, mais il faut bien croire que je suis ailleurs et que ma rage autorise ma fuite. Alors, je fuis du tombeau où je suis resté, je me volatilise du lit où je suis mort, je me traîne dehors. Je l'ai vu de mes yeux. J'ai ressenti physiquement mon absence. Je sais que je suis là-bas. Je donne la mort et je fuis. Je vous autorise à jeter votre ordinateur par la fenêtre. Je vous autorise à sortir et à vous taper la tête contre les murs. Je ne vous dirai pas ce que j'ai mangé, où je suis parti en vacances, les histoires de voisinage m'ennuient. Alors, ça reste là la stupidité de l'être humain, sa bêtise, sa manie de tout raconter. Je suis et je veux être ailleurs. C'est bien mieux comme ça, non ?

22/08/2006

I.N.R.I

Iesvs Nazarenvs Rex Ivdeorvm, « Jésus de Nazareth Roi des Juifs » fut écrit sur la croix de Jésus de Nazareth lors de sa crucifixion, lui qui a donné sa chair pour le salut des hommes. Je sais la douleur que tout homme peut endurer au cours de sa vie, et ça c'est bien une donnée fondamentale, plus importante que de savoir qui a créé quoi et quand. Dans ce passage fugitif et douloureux sur terre, nous cherchons tous à comprendre, à trouver quelques réponses. Notre état est si absurde que tous nous prions à notre manière quelque dieu, quelque entité divine, quelques pierres afin de bâtir le mur du Grand Tout. La Science, cette aventure fantastique nous fait rêver des origines, trace nos chemins sur le papier et dans nos têtes. La religion, aveuglement ou libération, cherche aussi à nous procurer cette paix. Je ne l'ai pas trouvé - peut-être n'est-elle pas ici - je continue chaque jour à souffrir en cherchant dans chaque seconde le souffle d'un apaisement. C'est ainsi que je me trouve parfois en compagnie d'autres camarades, pour une excursion, une simple réunion, une activité. Je supporte ce que l'on me fait. J'essaie de n'y pas répondre par les mêmes gestes et les mêmes erreurs. Je ne crois en aucun dieu, je sais seulement la souffrance palpable sur la peau de chaque individu, ennemi ou ami. L'homme qui stigmatise son prochain, qui tue, qui torture. L'homme qui joue avec l'enfer. L'homme qui bâtit des douleurs à n'en plus finir. Je comprends les gestes de désespoir et les suicides. Je n'excuse ni n'explique rien. Je sais simplement les marécages où se perd souvent l'esprit de l'homme. La douleur est l'élément fondamentale de la conscience, elle est présente dans chaque seconde de notre vie, elle nous menace à la sortie de cette vie, à l'entrée de l'enfer. Souffrir ! Le mot intolérable qui brûle, déchire, tuméfie ! Cette réalité de notre condition ! Nous sommes tous à notre façon des christs crucifiés sur la croix. Cette conscience, où ira-t-elle s'échouer à nouveau ? Il n'y a aucune vérité, il y a simplement la possibilité certaine de souffrir ou de ne pas souffrir. Je contemple donc dans chaque regard la douleur possible, cachée, ignorée. Je me sens un avec tous les hommes, tous engagés dans la même condition. Certains hommes savent faire le mal, d'autres le combattent dans la fraternité. Certains prient, enseignent, écrivent. La douleur, quand même, est partout, signe qu'une conscience survit toujours quelque part. Nous résoudrons peut-être la question de la douleur entre frères humains. Celle du Christ, elle, est inaccessible. J'ai souffert à cause de l'ignorance. Je peux pardonner. Je ne peux pas oublier. Je sais voir aussi dans chaque être l'Ame du Christ.

26/07/2006

Décroissance

medium_PROMO00007_1_0721163216.jpg

L'ignorance est un des pires fléaux. A chaque instant, je me demande ce que je ne sais pas. Avoir bonne conscience, c'est déjà se condamner aux yeux du Bien. Que faire sinon être révolté ? « On est tous responsables de notre planète » clame Yann Arthus-Bertrand dans Madame Figaro 1131 (28 avril 2006). Je me souviens de soirées télévisées, de quelques débats et d'émissions criant l'urgence de prendre des mesures pour protéger notre planète. Aujourd'hui, les chiffres sont avancés et les conséquences tomberont quoi qu'il arrive. Pour certaines choses, on peut toujours corriger le tir, innover, inventer. Pour d'autres, comment allons-nous faire ? Les arbres qui brûlent, les espèces qui disparaissent - je pense aux trésors de l'Amazonie - seront à jamais perdus. J'ai beau tourner la question dans tous les sens à chaque instant, je ne trouve pas la paix. Peut-être que je ressens physiquement la déforestation, que l'esprit des tribus là-bas se transmet en moi. Il y a des prières qui doivent arriver jusqu'à moi. Faut-il attendre impuissant la fin du massacre et la naissance d'un nouveau désert ? Quel est le seuil tolérable de la perte de notre écosystème ? Pourra-t-on se relever sans entrer dans un nouveau Moyen-Age ? En attendant, je souffre dans ma chair la perte des richesses terrestres, fruits de millions d'années d'évolution. Je suis coupable. Je ne suis pas ignorant, donc je suis coupable. Et ça, ça me tient chaque minute de ma piteuse existence. Les forêts ne repousseront pas, quoi qu'on puisse en dire. Faut-il attendre de se prendre le mur pour pousser un cri ? Attendons-nous à des catastrophes. L'esprit de la terre souffre. Nos murs physiques et spirituels sont menacés. Je partirai avec ce cri en moi. Puisque je ne suis pas ignorant, je tape sur tout ce qui me paraît excessif, hypocrite et dangereux. « 112 600 km² de forêt régressent chaque minute : c'est l'équivalent de 33 terrains de foot », indique Madame Figaro. 8 pages intéressantes avec interviews de personnalités (Nicolas Hulot, Jean-Louis Etienne, Catherine Chabaud, Dominique Voynet, Jean-Marie Pelt...) sur 152 pages dont 60 pages de publicités exclusives, parmi une majorité d'articles navrants et de produits en tout genre (mais quoi... c'est Figaro Madame)... ça fait peu ! Je suis mort révolté contre l'ignorance, j'ai décidément beaucoup de mal à supporter la connerie, même involontaire. Je comprends maintenant pourquoi la poésie n'intéresse que quelques-uns, il y a trop de concurrence en face ! Tu veux parler ? Crier ? Achète un autre magazine. Il y en a plein, en cherchant tu finiras bien par trouver. Alors, pourquoi je tape sur Madame Figaro ? Et pourquoi pas ? Parce que la révolte me prend chaque matin et que j'ai beaucoup de mal à ne pas trouver un truc qui ne m'horripile. Donc, un autre jour je taperai sur les jeans Lewis, sur les magasins de vaisselle, sur les magasins de meubles, sur les supermarchés, sur les bijouteries, sur les hôtels trois étoiles... C'est vrai que je n'ai pas le profil vendeur. Il vaut mieux me donner de quoi me taire plutôt que de me voir entrer dans des débats d'idées qui amèneraient le système économique entier à la catastrophe. Donc, je prends chaque jour ma dose de médicaments, d'allocations familiales et de télévision pour éviter de propager ma rage qui, si elle pouvait sortir de ma cage dorée serait très néfaste à la consommation. Vous allez me dire : où est le rapport entre la forêt en Amazonie, Madame Figaro et le désir de décroissance ? Peut-être dans le fait que décidément ça va très mal. Alors, pour la forêt, je fais quoi ? Pour le Figaro c'est facile, je ne l'achète pas. Pour la décroissance, il y a France Inter. Mais pour la forêt, je fais quoi ?  Une balle dans la tête ? Au moins, je n'entendrai plus parler de ce bazar.

04/07/2006

Toutes directions

Plusieurs chemins se présentent devant moi alors que les ténèbres sont proches. L'écriture poétique est du passé. Je n'ai pas nécessité de revenir sur mes pas. Je m'attache à une écriture païenne. Je rejoins celle de la conversation en écrivant quelques articles. Si je retourne mon esprit dans tous les sens, ce n'est pas grave. C'est affaire d'homme, de conscience. Nous sommes portés à nous regarder, à nous extraire de nous mêmes, nous cherchons à comprendre quelque chose. Et puis, on prend le chemin du retour. On retourne à la maison, au village, allégés d'un sac à dos trop lourd à porter. On redécouvre les siens, les choses simples, les bonheurs fugitifs. Si écrire est peu à peu être de plus en plus conscient de soi, alors un moment vient où nous englobons dans notre pensée les choses les plus mystérieuses et cette réalité qui est notre vaste monde. Bien sûr, il faut laisser des traces, ne pas s'oublier à soi-même. Mais la vie quand même ! C'est ça notre matière première, ce sont nos sujets de discussions. Comment ne pas s'engager, rester en arrière ? Puisque le monde est notre sujet, notre modèle. Trop de choses se passent. Trop de mauvaises pensées. Je ne peux pas partir sans pousser un cri. Après s'être regarder soi, face au miroir, après avoir sondé les abîmes de soi, il faut explorer ceux du monde. Je reste, du haut de ma tour, attentif à ce qui m'entoure. Se taire ? Se diluer ? Il y a trop de chemins, trop de directions, trop de pancartes le long de la route. Les prendre tous ou n'en prendre aucun.

11/06/2006

Le temps des cerises

La poésie agissant comme un laboratoire, un stimulateur cardiaque, un placebo, un peu de bon sens ne fait pas de mal. La poésie n'en est pas le réceptacle exclusif, la philosophie non plus, ce qui importe c'est le sens évoqué pour chacun. Je me tape sans cesse contre des murs, devant cet absurde qu'est l'existence sur terre. Rien ne peut conduire à une explication totale et acceptable des mystères ici-bas. Descartes m'a toujours fait rire avec sa "preuve de l'existence de dieu"... Il en sait quoi, lui ? La philosophie n'apporte en tout et pour tout que des hypothèses, des suggestions toutes aussi vraies et bancales les unes que les autres. Certes, tout est bon à prendre, la curiosité intellectuelle ne peut pas avoir de limites. Il est normal de se poser des questions et d'essayer d'obtenir des réponses. Quand même, laissez-moi rire d'un rire lui aussi absurde, retentissant et grave ! Tout cela aide à vivre. Tout cela enrichit les esprits brumeux de nos adolescents. Cela donne des illusions de vérité avec usage de belles paroles, brevetées par diplômes et récompenses de toutes sortes. Tout est bon. Tout est affaire d'esprit, d'interprétations. Il est toujours bon d'avoir une canne pour marcher, d'avoir une épaule sur laquelle s'appuyer. Mais quand je pense à ce qu'on enseigne à nos étudiants en philosophie ! Sur quelle épaule je m'appuie, moi ? La vie ! Et le reste ! Dieu... Rien ne vaut le bon sens de nos ancêtres, celui du printemps, la sensation de vivre ! La recherche de réponses se nourrit de l'impossibilité d'en obtenir ! Notre esprit est libre de grandir et de se renouveler sans cesse autour de préoccupations qui le concernent. Mais sinon... quoi... il faut penser quoi ? C'est quoi la réponse au questionnaire ? Comment on fait pour avoir la meilleure note ? J'invite tous les étudiants à revenir boire et rire à l'auberge de la poésie. Je n'ai pas de réponses à vos questions. Je n'ai pas de réponses aux miennes. Nous pouvons tous aller pêcher tranquille. C'est pas aujourd'hui qu'on va se prendre la vérité sur le coin de la figure !

05/06/2006

Poussière d'étoile

Nous sortons des cavernes. Nos ancêtres étaient des êtres rustres que la nuit effrayait. Aujourd'hui, l'homme envoie des satellites de l'autre côté du soleil, prolonge l'exploration en direction des premières étoiles. Grâce à de puissants radio-télescopes, il traque l'arrivée de messages extra-terrestres et sonde les régions les plus lointaines de l'univers en quête du rayonnement primordial. Et que sommes-nous, nous qui construisons des cathédrales, des tours élancées vers le ciel et dont la vie est orientée vers toujours plus de vitesse ? Autant d'hommes de Cro-Magnon ! Nous sommes une poussière d'étoile ! Pour nous situer, la science rétrécie le long chemin qui nous mène à l'infini. Pourtant, il convient de s'imaginer ce temps de Planck (10-43 seconde) en-deçà duquel il est impossible d'imaginer quoi que ce soit, il convient d'imaginer " toute la matière énergie contenue dans des milliers de milliards de galaxies, chacune d'elles contenant des centaines de milliards d'étoiles, concentrée dans un espace de très loin plus petit que la plus petite des particules élémentaires actuelle !" pour se laisser submerger par cette vague extraordinaire qu'est le concept d'existence dans un univers dont les chiffres de dimension sont tout simplement inconcevables. L'homme, lui, est bien terre à terre, étouffé dans des considérations matérielles qui n'ont de fondements que dans l'abjection et le dégoût. Bref, j'attends avec impatience ce départ vers une autre vie, de laisser ce corps déjà fossile, de me dissoudre dans la mer. J'irais bien vers Proxima du Centaure, c'est tout droit dans la constellation !

Toutes les notes