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Réflexions - Page 3

  • Anticipation

    L'univers serait constitué à 99,9999 % de vide. Rajoutons donc une décimale à cet édifice extraordinaire en quelques mots inutiles et dérisoires. Moi, je dis que c'est la mort qu'il faut chercher à connaître pour nous apaiser un peu de n'être que des poussières d'étoiles. Ce sera ça notre grande découverte. En attendant, à 8 mètres de haut, on peut voir les dinosaures qui s'ébattent sur fond de nébuleuses ; l'homme est un pou à la surface de la planète. A 7 mètres de hauteur, il convient déjà de s'alarmer de la chute en cours. Passons. A 6 mètres de hauteur, le soleil se cache derrière le mur, il fait déjà assez froid, ce qui déclenche des spasmes inévitables en ces circonstances. A 5,10 mètres, l'univers bascule dans un espace à 9 dimensions ; impossible de distinguer haut, bas, envers ou endroit, les couleurs mêmes se mélangent, les sons se perdent, les sensations sont inversées et bancales. Il ne reste plus que quelques centimètres, la chute semble s'être accélérée de façon exponentielle et l'issue est plus que jamais incertaine : j'espère simplement que le gars, en bas, tient vraiment la corde, parce que, sinon, c'est la chute assurée et qui...

  • Voyager II

    Les poètes ont la chance inouïe de n'être pas soumis à la loi des électeurs. Ils n'ont que faire des sondages, des prévisions. Ils n'ont pas peur de parler. Ils n'ont pas la crainte de décevoir, sinon que leur écriture ne soit pas assez sensible, que leur rage ne soit pas assez palpable. Privilège rare que cette liberté de parole, il convient d'en profiter ! C'est ce que je fais un peu ici. C'est ce que les amis font. Donc ça parle, ça discute chacun avec ses mots, ses moyens. On n'est pas là pour se tirer dessus comme le font les politiques, on a certainement d'autres intérêts et ce n'est pas plus mal.

    Le premier problème des scientifiques qui tentent d'observer le ciel, c'est la pollution humaine et l'atmosphère. C'est pourquoi Hubble nous a fourni de si belles images. Remonter très loin dans le ciel nous permet de flirter avec les premiers temps de l'univers. Le poète, quant à lui, tente de retrouver les premiers principes, les premiers instants de la genèse. Pour peu que l'un ou l'autre arrive par ses propres moyens à établir une certaine vérité du monde (unifier une théorie du Grand Tout) il restera toutefois quand même inévitablement la possibilité que les choses soient autres. Alors, si l'on réussit à trouver un principe universel à la formation des étoiles, un éclaircissement sur ce qu'est la mort, si l'on arrive à déchiffrer les mystères de la vie, il restera toujours cette réserve, cette mise en garde originelle à partir de laquelle on pourra dire : « Je profite de ce que la création a fait, de ce que la vie peut être belle, tout en sachant qu'il pourrait en être tout autrement. » L'angoisse existentielle ne tient pas seulement au fait de ne pas savoir, elle tient surtout au fait que tout pourrait être autrement.

    Et puis, n'est-ce pas l'extra-terrestre qui nous regarde et qui se dit : « Vraiment, quelle bande d'abrutis ! » Et s'il arrive à se défaire de nos nuées nauséabondes, aurait-il vraiment envie de se jeter à l'exploration de notre inconscient ? N'aurait-il pas plutôt intérêt à fuir rapidement dans une autre direction ? Avec toutes nos horreurs, avec toute cette haine qui circule ! Vraiment, il aurait fait une grande découverte ! Nous ne sommes pourtant pas trop méchants, au fond, il convient de nous connaître, et puis on peut prendre un verre et puis c'est bon. Il faudrait peut-être envoyer un signal... Ils risquent bien de ne pas trop comprendre. Alors, moi je regarde le ciel et je me dis : « C'est quoi derrière ? Je vais aller où quand... enfin, vous savez... quand ce sera le moment... » J'en sais rien, je sais pas. Fous moi la paix ! Alors je reprends mon sac, et je me dis que rien ne m'empêche de sauter tout de suite...Ola, doucement... Je reste là, parce que j'aimerais bien savoir quand même, avant de partir, si c'est mieux, après, on sait pas. On sait jamais.

    Alors, à l'extra-terrestre sur sa fusée, je dis : « Gare-toi pas là, quelqu'un risque de faire une grande éraflure sur ta bagnole. Ce s'rait con quand même, non ? »

  • Spleen IV

    Savoir si je suis rentré, si je suis sorti, si je suis là, si je ne suis pas là... quelle importance ! Je ne suis pas là pour raconter ma vie. Ce n'est pas un journal intime destiné à rivaliser avec celui de monsieur ou madame X ou Y. Je me suis jeté par la fenêtre depuis longtemps. J'ai fermé ma sale gueule qui parlait toute seule, ma face de perroquet braillard et indiscipliné. Je n'ai rien à dire sur la météo, sur le chat de la voisine, sur la gâteau brûlé dans le four, sur la face de rat du type en face. Ca ne me concerne pas les trucs, les machins sensés faire bon chic bon genre. Parfois, j'aimerais jeter ma sale tronche dans une poubelle, y mettre le feu et regarder le brasier. Putain de moi, horreur d'être Je, il faut définitivement abolir la connerie et si la connerie est en soi, il faut la découper tranche par tranche et la donner aux cochons. Je dis Je, moi, toutes ces horreurs, mais il faut bien croire que je suis ailleurs et que ma rage autorise ma fuite. Alors, je fuis du tombeau où je suis resté, je me volatilise du lit où je suis mort, je me traîne dehors. Je l'ai vu de mes yeux. J'ai ressenti physiquement mon absence. Je sais que je suis là-bas. Je donne la mort et je fuis. Je vous autorise à jeter votre ordinateur par la fenêtre. Je vous autorise à sortir et à vous taper la tête contre les murs. Je ne vous dirai pas ce que j'ai mangé, où je suis parti en vacances, les histoires de voisinage m'ennuient. Alors, ça reste là la stupidité de l'être humain, sa bêtise, sa manie de tout raconter. Je suis et je veux être ailleurs. C'est bien mieux comme ça, non ?