Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/01/2006

"Parentines", Sandrine Bettinelli

J'accueille avec plaisir le premier recueil de Sandrine Bettinelli (auteur publié dans de nombreuses revues et anthologies), un hymne à l'enfance, à l'amour autour d'un être qui s'éveille. Tous les jeunes parents, les enfants qui viennent d'apprendre à lire seront ravis de lire ce recueil paru aux éditions Bastet. Mais "Parentines" répond aussi à des questions essentielles, ou les formule autour de ce fameux "Pourquoi ?" Pourquoi ? en effet, tout étant si mystérieux dès le plus jeune âge de la vie ! S'il y a "Un pays à découvrir / Une langue à apprendre" c'est que l'enfant vient avec toute sa nudité au sein de la vie. Son émerveillement rejoint celui du poète, quête des origines dans "La chambre des parents", le centre du ventre est aussi "Le centre du monde", la même démarche anime l'enfant et le poète. Ainsi les tout "premiers pas" dans la vie sont les premiers pas en poésie, cette poésie qui est tout simplement ce que l'enfant protège et tâche de conquérir. Ne nous y trompons pas donc, "Parentines" n'est pas uniquement un récit sur les joies d'être maman, il s'agit aussi d'un retour aux toutes premières sources, il s'agit d'affirmer que la poésie est une incarnation de la vie. "Tu dis / Demain je serai poète / Et tu l'es déjà" : comment résumer mieux ce recueil ? Contre "L'intellectuel à lunettes grises" qui croit pouvoir s'accaparer une langue, contre ce monde d'adultes si cruel et désorienté, l'enfant est celui qui connaît les choses essentielles et le poète qui plus tard saura mettre sa vie en écriture. Tout comme la mère qui est "Souche", le poète donne corps à ce qui est enfoui : "Si je suis / Tu naîtras." C'est ainsi qu'il peut dire : "Nous sommes femmes / et nous portons le monde." Il est celui qui peut retrouver enfin un sens initial dans tous les tracas de la vie. Pour Sandrine Bettinelli, il apparaît donc que l'enfance est le lieu de ressource, le trésor et la véritable origine. Il conviendrait de retrouver cet état initial, et c'est ce que nous faisons lorsque nous accueillons la vie, dans notre effort pour plus d'humanité. En écrivant "Parentines", Sandrine Bettinelli a voulu condenser en quelques textes magnifiques et illustrés de dessins d'enfants le sentiment de mystère et de joie qui accompagne l'arrivée d'un enfant. Elle nous donne ici une leçon de poésie.

Editions Bastet : 4 avenue Georges V, 33700 Mérignac. 5 euros.

22:05 Publié dans Lectures | Lien permanent

26/01/2006

Sommaire n°4

Enfin, le numéro 4 de Mot à Maux est en cours de photocopie ! Avec un mois de retard... mais quoi, on est libre ou on ne l'est pas. Personnellement, je suis de plus en plus attaché à cette micro-édition. Un terme qui me plaît bien. Ce caractère de la poésie distribuée aux copains, aux curieux, je le revendique. Rappelons qu'en France, la publication d'une revue littéraire est libre, la loi autorise la diffusion de périodiques, contre une obligation de dépôt légal et l'attribution d'un ISSN. Une liberté d'expression qu'il convient de chérir. Il appartient à chacun d'en préparer le contenu. Un travail difficile donc, mais d'une grande richesse émotionnelle. Le cercle des revues (qui n'est jamais fermé) en France et dans les pays francophones est très diversifié. Après quatre numéros, Mot à Maux a de plus en plus les idées claires. Le nombre réduit des abonnés, et son lectorat limité n'empêchent pas de croire encore à l'aventure. M'attachant à ce qu'il y a de plus "micro" dans la micro-édition, l'ambition de la revue aujourd'hui est d'affirmer un caractère plus personnel. En ma qualité d'humble amateur, je rencontre sans cesse d'autres humbles amateurs et cela me suffit amplement pour me contenter du faible niveau d'influence de cette revue. Je me plais à considérer qu'un mur est fait de pierres, certaines posant des fondations, d'autres étayant de plus petites, des minuscules renforçant la stabilité des plus grandes. Il en est de même en poésie. Il en est de même dans beaucoup de domaines de la vie. Dès le numéro 5 de mars, la revue sera de format A4 et comprendra moins de pages. Souhaitant m'éloigner des contraintes formelles, j'aimerais que Mot à Maux soit aussi en résonance avec les principales questions de la vie. Je me refuse à croire que la poésie ne puisse répondre à un nombre important de questions. La poésie nous apporte plus de lucidité, plus de force, agissant comme un baume. Quant à répondre à des questions existentielles, à trouver un sens à l'absurde, oui, mais dans l'affirmation de plus en plus certaine de l'opacité de beaucoup de domaines. Certaines questions n'auront jamais de réponses. Certains mystères devront rester intacts. La poésie aura encore un grand rôle à jouer dans l'émancipation individuelle, dans l'affirmation des valeurs éternelles de l'humanité, dans la lutte sociale des peuples vers plus de liberté et de justice. La poésie de demain ne sera nullement introspective mais portée vers l'action. Elle sera en résonance avec les principaux défis de l'histoire humaine. Son discours de plus en plus sensé sera persuadé de l'inutilité de toutes les rhétoriques, de la vive importance du mystère, et du caractère urgent de son action. Il faudra dire si oui ou non, il est urgent de se battre. Quelle est la place d'une petite revue dans tout cela ? Pourquoi trouver encore de l'utilité dans le fait de parler ? Peut-être parce que la voix du poète est de celles qui portent le plus loin son message irrépressible de vie. Mot à Maux continuera dans le contexte de tout cela et accueillera dans son numéro 4 des textes de Daphné Arnold, Ferruccio Brugnaro, Denis Heudré, Jacques Canut, Salvatore Sanfilippo, David Tysman, Max Philippe Morel, Olivier Mathian, Patrick Devaux, Sabine Bruneteau, Daniel Brochard, Walter Ruhlmann, Lise Lundi-Cassin, Thierry Piet, Régine Albert, Franck Roy, et Pascale Albert. C'est toujours 4 euros. Profitez-en pendant que ça dure !

20:50 Publié dans Il est né ! | Lien permanent

24/01/2006

De la cruauté, Francis Bacon

De toutes les ramifications par lesquelles se nourrit la poésie, l'art en est une des plus fécondes. Tous les miroirs permettent à la poésie d'exister, au travers des prismes que sont le réel, l'imaginaire, l'intime ou l'universel. Il est une croyance que l'univers, bien que composé d'une extraordinaire diversité de matière, obéit à des règles, à une architecture dont la beauté (ou la laideur) omniprésente est répartie de façon uniforme par l'action des lois. Si nous sommes tous faits des mêmes atomes, nous sommes aussi mus par les mêmes principes. S'interroger sur ces principes, c'est réconcilier les hommes entre eux, c'est ressentir le parfum d'une fleur avec la même énergie que l'on scrute les étoiles. C'est se dire que tout ici est connaissable, digne d'amour et accorder aux êtres une importance qui ne peut se démentir par des différences de couleurs, de religions ou de cultures. L'homme est un sur la Terre. L'harmonie du chaos, de la laideur ou de la beauté est une. L'art et la poésie s'interrogent donc sur cette harmonie. La matière, qu'elle soit pigments ou mots, est composée de cette infinité d'atomes, puissance de création infinie et universelle. Francis Bacon* s'est attaché, par son travail, à la conscience torturée des lois, ses personnages défigurés expriment une souffrance universelle et d'une façon éminemment sensible. Son oeuvre est la réunion d'un théâtre de la cruauté où s'exprime la douleur d'un siècle tout entier. Son art se bâtit sur des charognes, sur le feu de l'acier, sur d'impossibles figures. Le peintre sait que tout est présent dans ces portraits, toute la tragédie du monde surtout. C'est aussi l'affirmation de la dignité de la condition de l'homme, du pouvoir absolu du créateur et du caractère incommensurable de son esprit. Parce que tout portrait contient en lui toutes les lois, parce qu'il est une vision intime, parce qu'un être est lui-même et tout à la fois, Bacon affirme son droit absolu à la désignation, à la subjectivité. Ses portraits en appellent à la dignité de l'homme. Le regard du peintre est social, philosophique et engage la liberté. Bacon peint comme il ressent, comme il pense. Pour lui, "tous les artistes sont des amoureux, des amoureux de la vie, ils veulent piéger la vie pour qu'elle devienne plus vivante, plus violente." L'art est donc une forme de lutte, une affirmation sans fin. Et la vision qu'a l'artiste de la vie rejoint cette définition : "La vie n'a pas de sens. Mais nous lui donnons un sens pendant que nous existons." Ici est un lieu de ce combat, la réunion de tous les possibles.

 *Francis Bacon (peintre) : 1909 - 1992 

22:00 Publié dans Art | Lien permanent