31/01/2006
"Parentines", Sandrine Bettinelli

J'accueille avec plaisir le premier recueil de Sandrine Bettinelli (auteur publié dans de nombreuses revues et anthologies), un hymne à l'enfance, à l'amour autour d'un être qui s'éveille. Tous les jeunes parents, les enfants qui viennent d'apprendre à lire seront ravis de lire ce recueil paru aux éditions Bastet. Mais "Parentines" répond aussi à des questions essentielles, ou les formule autour de ce fameux "Pourquoi ?" Pourquoi ? en effet, tout étant si mystérieux dès le plus jeune âge de la vie ! S'il y a "Un pays à découvrir / Une langue à apprendre" c'est que l'enfant vient avec toute sa nudité au sein de la vie. Son émerveillement rejoint celui du poète, quête des origines dans "La chambre des parents", le centre du ventre est aussi "Le centre du monde", la même démarche anime l'enfant et le poète. Ainsi les tout "premiers pas" dans la vie sont les premiers pas en poésie, cette poésie qui est tout simplement ce que l'enfant protège et tâche de conquérir. Ne nous y trompons pas donc, "Parentines" n'est pas uniquement un récit sur les joies d'être maman, il s'agit aussi d'un retour aux toutes premières sources, il s'agit d'affirmer que la poésie est une incarnation de la vie. "Tu dis / Demain je serai poète / Et tu l'es déjà" : comment résumer mieux ce recueil ? Contre "L'intellectuel à lunettes grises" qui croit pouvoir s'accaparer une langue, contre ce monde d'adultes si cruel et désorienté, l'enfant est celui qui connaît les choses essentielles et le poète qui plus tard saura mettre sa vie en écriture. Tout comme la mère qui est "Souche", le poète donne corps à ce qui est enfoui : "Si je suis / Tu naîtras." C'est ainsi qu'il peut dire : "Nous sommes femmes / et nous portons le monde." Il est celui qui peut retrouver enfin un sens initial dans tous les tracas de la vie. Pour Sandrine Bettinelli, il apparaît donc que l'enfance est le lieu de ressource, le trésor et la véritable origine. Il conviendrait de retrouver cet état initial, et c'est ce que nous faisons lorsque nous accueillons la vie, dans notre effort pour plus d'humanité. En écrivant "Parentines", Sandrine Bettinelli a voulu condenser en quelques textes magnifiques et illustrés de dessins d'enfants le sentiment de mystère et de joie qui accompagne l'arrivée d'un enfant. Elle nous donne ici une leçon de poésie.
Editions Bastet : 4 avenue Georges V, 33700 Mérignac. 5 euros.
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26/01/2006
Sommaire n°4
Enfin, le numéro 4 de Mot à Maux est en cours de photocopie ! Avec un mois de retard... mais quoi, on est libre ou on ne l'est pas. Personnellement, je suis de plus en plus attaché à cette micro-édition. Un terme qui me plaît bien. Ce caractère de la poésie distribuée aux copains, aux curieux, je le revendique. Rappelons qu'en France, la publication d'une revue littéraire est libre, la loi autorise la diffusion de périodiques, contre une obligation de dépôt légal et l'attribution d'un ISSN. Une liberté d'expression qu'il convient de chérir. Il appartient à chacun d'en préparer le contenu. Un travail difficile donc, mais d'une grande richesse émotionnelle. Le cercle des revues (qui n'est jamais fermé) en France et dans les pays francophones est très diversifié. Après quatre numéros, Mot à Maux a de plus en plus les idées claires. Le nombre réduit des abonnés, et son lectorat limité n'empêchent pas de croire encore à l'aventure. M'attachant à ce qu'il y a de plus "micro" dans la micro-édition, l'ambition de la revue aujourd'hui est d'affirmer un caractère plus personnel. En ma qualité d'humble amateur, je rencontre sans cesse d'autres humbles amateurs et cela me suffit amplement pour me contenter du faible niveau d'influence de cette revue. Je me plais à considérer qu'un mur est fait de pierres, certaines posant des fondations, d'autres étayant de plus petites, des minuscules renforçant la stabilité des plus grandes. Il en est de même en poésie. Il en est de même dans beaucoup de domaines de la vie. Dès le numéro 5 de mars, la revue sera de format A4 et comprendra moins de pages. Souhaitant m'éloigner des contraintes formelles, j'aimerais que Mot à Maux soit aussi en résonance avec les principales questions de la vie. Je me refuse à croire que la poésie ne puisse répondre à un nombre important de questions. La poésie nous apporte plus de lucidité, plus de force, agissant comme un baume. Quant à répondre à des questions existentielles, à trouver un sens à l'absurde, oui, mais dans l'affirmation de plus en plus certaine de l'opacité de beaucoup de domaines. Certaines questions n'auront jamais de réponses. Certains mystères devront rester intacts. La poésie aura encore un grand rôle à jouer dans l'émancipation individuelle, dans l'affirmation des valeurs éternelles de l'humanité, dans la lutte sociale des peuples vers plus de liberté et de justice. La poésie de demain ne sera nullement introspective mais portée vers l'action. Elle sera en résonance avec les principaux défis de l'histoire humaine. Son discours de plus en plus sensé sera persuadé de l'inutilité de toutes les rhétoriques, de la vive importance du mystère, et du caractère urgent de son action. Il faudra dire si oui ou non, il est urgent de se battre. Quelle est la place d'une petite revue dans tout cela ? Pourquoi trouver encore de l'utilité dans le fait de parler ? Peut-être parce que la voix du poète est de celles qui portent le plus loin son message irrépressible de vie. Mot à Maux continuera dans le contexte de tout cela et accueillera dans son numéro 4 des textes de Daphné Arnold, Ferruccio Brugnaro, Denis Heudré, Jacques Canut, Salvatore Sanfilippo, David Tysman, Max Philippe Morel, Olivier Mathian, Patrick Devaux, Sabine Bruneteau, Daniel Brochard, Walter Ruhlmann, Lise Lundi-Cassin, Thierry Piet, Régine Albert, Franck Roy, et Pascale Albert. C'est toujours 4 euros. Profitez-en pendant que ça dure !
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24/01/2006
De la cruauté, Francis Bacon

De toutes les ramifications par lesquelles se nourrit la poésie, l'art en est une des plus fécondes. Tous les miroirs permettent à la poésie d'exister, au travers des prismes que sont le réel, l'imaginaire, l'intime ou l'universel. Il est une croyance que l'univers, bien que composé d'une extraordinaire diversité de matière, obéit à des règles, à une architecture dont la beauté (ou la laideur) omniprésente est répartie de façon uniforme par l'action des lois. Si nous sommes tous faits des mêmes atomes, nous sommes aussi mus par les mêmes principes. S'interroger sur ces principes, c'est réconcilier les hommes entre eux, c'est ressentir le parfum d'une fleur avec la même énergie que l'on scrute les étoiles. C'est se dire que tout ici est connaissable, digne d'amour et accorder aux êtres une importance qui ne peut se démentir par des différences de couleurs, de religions ou de cultures. L'homme est un sur la Terre. L'harmonie du chaos, de la laideur ou de la beauté est une. L'art et la poésie s'interrogent donc sur cette harmonie. La matière, qu'elle soit pigments ou mots, est composée de cette infinité d'atomes, puissance de création infinie et universelle. Francis Bacon* s'est attaché, par son travail, à la conscience torturée des lois, ses personnages défigurés expriment une souffrance universelle et d'une façon éminemment sensible. Son oeuvre est la réunion d'un théâtre de la cruauté où s'exprime la douleur d'un siècle tout entier. Son art se bâtit sur des charognes, sur le feu de l'acier, sur d'impossibles figures. Le peintre sait que tout est présent dans ces portraits, toute la tragédie du monde surtout. C'est aussi l'affirmation de la dignité de la condition de l'homme, du pouvoir absolu du créateur et du caractère incommensurable de son esprit. Parce que tout portrait contient en lui toutes les lois, parce qu'il est une vision intime, parce qu'un être est lui-même et tout à la fois, Bacon affirme son droit absolu à la désignation, à la subjectivité. Ses portraits en appellent à la dignité de l'homme. Le regard du peintre est social, philosophique et engage la liberté. Bacon peint comme il ressent, comme il pense. Pour lui, "tous les artistes sont des amoureux, des amoureux de la vie, ils veulent piéger la vie pour qu'elle devienne plus vivante, plus violente." L'art est donc une forme de lutte, une affirmation sans fin. Et la vision qu'a l'artiste de la vie rejoint cette définition : "La vie n'a pas de sens. Mais nous lui donnons un sens pendant que nous existons." Ici est un lieu de ce combat, la réunion de tous les possibles.
*Francis Bacon (peintre) : 1909 - 1992
22:00 Publié dans Art | Lien permanent | Envoyer cette note
20/01/2006
Important
Après les récentes notes écrites sur Mot à Maux, j'ai décidé de supprimer la photographie d'illustration. Traitant de sujets d'actualité en plus de l'actualité poétique, elle n'était plus en accord avec le ton employé. Une autre devrait venir bientôt.
22:05 Publié dans La langue en Web | Lien permanent | Envoyer cette note
A quand la fin de l'horreur ?
J'ai décidément beaucoup de mal à me mettre à la poésie en ce début d'année. Je viens en effet de tomber sur des images d'une barbarie inimaginable, de ces photographies qui vous remuent le cœur et vous donne une douloureuse nausée. Qu'il est pénible d'écrire ces quelques lignes ! Qu'il est difficile de se représenter une quelconque importance à la poésie ! Ne serait-ce pas seulement vouloir demeurer, éviter l'oubli de soi et du monde ? Autorisons l'esprit humain. Certes. Et considérons aussi que rien ne vaut l'engagement, la sensibilité de l'être au monde. Ce qui est ailleurs n'est pas si loin. Ce qui est ailleurs doit nous interroger sans cesse pour qu'ici soit aussi un ailleurs. Regarder des corps éclatés, déchirés, méconnaissables, au-delà de l'émotion que cela suscite, engage aussi notre quotidien. Je dis que parfois, il est indécent de faire la fête. Que parfois, certaines choses interdisent de se comporter comme un enfant. Ce qui est ailleurs nous engage aussi ici, et cela donne une autre couleur à notre quotidien. Il est impossible de regarder ces images sans être profondément ému et bouleversé. La guerre contre l'Iraq commencée en 1991 a mis sur l'écran de télévision l'horreur. Ce qui se passe est loin de ces frappes dites chirurgicales. Ce que vit le peuple iraquien, après avoir souffert de la terrible dictature d'un dictateur sanguinaire, nous sommes loin d'en mesurer la dramatique importance. L'embargo instauré a causé des centaines de milliers de morts. A la barbarie de Saddam Hussein a succédé une autre barbarie tout aussi pernicieuse. Nous sommes loin d'en imaginer toute l'horreur. Le drame iraquien est similaire à ceux qui ont fait le XXème siècle un siècle si sanglant. Un père et son fils, une administration belliqueuse, des hommes aveuglés par un patriotisme exacerbé, en dépit de toutes les voix qui s'élèvent, et voici une vengeance qui déferle sur le monde, un instinct de survie qui permet à tout ce que l'humain possède de macabre et de bestial d'inonder la scène internationale, c'est une véritable croisade qui s'est engagée au dépend d'un peuple tout entier. Une vitesse supplémentaire a été engagée après les attentats du 11 septembre. L'horreur s'est rajoutée à l'horreur, la vengeance à la vengeance. C'est encore un enfant qui meurt. C'est encore une femme éplorée qui va maudire la vie ! Qu'a gagné le peuple iraquien dans tout ça, victime de la guerre, du dénuement et des attentats meurtriers ? Jusqu'où prolonger sa souffrance ? Les photographies que je viens de regarder sont l'horreur humaine à l'état brut. Enfants, soldats, femmes, vieillards, adolescents, corps calcinés, estropiés, méconnaissables ! Et toujours la douleur, la haine ! Parce qu'on imagine mal ce que peut faire une bombe, parce qu'il est des choses inconcevables et pourtant qui existent, il convient de regarder ces photographies avec toute la compassion et la révolte qui sont dues. On peut fermer les yeux sur l'horreur, on ne peut pas fermer son cœur.
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15/01/2006
Nouakchott Light

93 motards, 67 équipages en voitures, 33 camions parmi 574 partants viennent de finir la course accompagnés de 18 avions, 8 hélicoptères et des centaines de véhicules d'assistance arrivés à Dakar, capitale du Sénégal. Dégageant ses vapeurs huileuses éjectées par des moteurs tournant à 150 km/h dans les déserts, les villages et les zones magnifiques du Maroc, ayant traversé le Portugal, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, financée largement par Total et les fournisseurs officiels tels que Elf, Euromaster, Renaud, médiatisée par France 2,3 et 4 et les fédérations de sports automobiles, toute cette caravane, arborant ses drapeaux, sa mécanique graisseuse et infecte vient de se tailler une nouvelle place magistrale au Panthéon de la connerie. Que certains aiment à foncer à vive allure en claquant des millions avec arrogance est une chose, mais que ceux-ci exhibent leurs frissons individuels dans les villages et sous les yeux d'une population vivant dans une forte précarité sans s'insurger plus malheureusement, en serrant dans leurs poings le symbole de leur civilisation conquérante, dans l'indifférence la plus totale et la plus obscène, et que cela se fasse depuis 28 ans d'une façon institutionnalisée et de plus en plus aveugle et hypocrite me paraît tout à fait écœurant. Nous n'avons vraisemblablement pas la même notion de la décence. Hurler et brandir des bouteilles de champagne en agitant sa fierté est accessible au premier chauffard venu, appuyer à fond sur un accélérateur dans une région aussi menacée, fragile et démunie sans se poser d'autres questions est un enfantillage des plus primaires. Il n'y a aucune gloire à imposer sa toute-puissance en se sentant légitime (mais cette masse de muscles et de ferrailles se pose-t-elle vraiment la question ?), à propager la fierté d'un néo-colonialisme dont les valeurs ne reposent que sur l'argent et la possession. Mais quel est le sens de cette épopée des temps modernes pour classe moyenne en manque de sensations dans un monde transpercé par les inégalités, l'injustice et la misère ? Où se tient réellement l'échange culturel, l'indispensable entraide économique nécessaire à un nouveau rapport Nord-Sud ? Comment peut-on espérer à coup de millions et à l'allure effrénée d'une course établir quoi que ce soit de durable entre les populations ? Est-ce ici l'image que nous voulons donner de notre civilisation ? Quels enjeux économiques y a-t-il ici sinon une course qui essaie tant bien que mal de se donner bonne conscience ? Nous sommes habitués à ce que le monde et les déserts nous appartiennent, à contempler notre image dans tous les mirages du monde. A avoir entre nos mains nos bagnoles, nos plans GPS ! Le monde c'est Disneyland ! Une vaste attraction quoi ! Pour ma part, tout ce tapage me fait vomir. Arriver premier ou second, savoir quels ont été les ennuis mécaniques, le plan de course et le nombre de chameaux croisés, savoir si ma moto servira comme il faut l'image de mon sponsor, la part d'audience que fera mon écurie à la télévision et en combien de temps j'arriverai d'un point à un autre en ayant coupé ma respiration, tout cela m'est encore bien égal ! Nous vivons des temps modernes et vive la civilisation !
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13/01/2006
Bingo !
Vendredi 13. Je me suis dit : tiens, ce matin, je ne vais pas me lever ! C'est vrai, parfois on regrette, on se dit : mince ! j'aurais dû rester au lit ! Quelle poisse ! Bref, je me suis quand même décidé à sortir, à affronter la grisaille de l'hiver, quitte à tomber sur un de ceux qui auraient pu me gâcher la journée. Mais tout s'est bien passé. Celui qui devait me gâcher la journée avait dû rester chez lui. Finalement, j'aime bien les vendredi 13. Je me suis dit : tiens, c'est le jour ou jamais pour gagner au loto. J'ai dû flancher au dernier moment, j'ai joué au Solitaire, au Banco et au Bingo. J'ai gagné quatre euros. Moi qui ai inscrit sur ma boîte à lettres : "Pas de publicité, merci"... ils ont quand même trouvé la parade : ils m'envoient des papiers personnalisés : - Oui, monsieur Brochard vous avez gagné à vie 1000 euros par mois ! (il vous suffit de remplir ce bulletin, et patati et patata). Ou alors : 500 points offerts chez votre centre Leclerc ! Il y en a qui dépensent de l'énergie à vouloir me convaincre d'adhérer à tout un tas de trucs bizarres, genre réduction téléphonique, congélation à domicile, et ça sonne de tous les côtés, sur le portable, sur le fixe, ils n'ont pas encore réussi à défoncer ma porte et à me faire signer de force un ultime formulaire, je tiens bon, je reste droit, je ne plie pas sous le vent. Jour bizarre, je me suis quand même décidé à faire les courses. Il faudrait quand même qu'ils arrêtent de mettre de la nicotine dans leurs bonbons Haribo, je vais finir par faire un arrêt cardiaque à cause de tout le sucre que je m'envoie ! Et qui pourra dire qu'on ne m'a pas assassiné ! Bref, je me suis quand même raccroché à l'idée que j'allais lire Comme en Poésie n°24, la journée ne serait pas totalement perdue. Ils ont viré la Croix Rouge du hall du centre Leclerc, j'ai pas pu faire emballer ma boîte de chocolats pour un ami, tant pis, je les mangerai moi-même. Bref, la journée va finir et peut-être quelqu'un va-t-il gagner au Loto. Et certainement tous repartiront les mains dans les poches vides. C'est ça la dure loi du capitalisme. Et zou... demain je joue encore au Bingo !
20:30 Publié dans Société | Lien permanent | Envoyer cette note
10/01/2006
Amazonie
Chaque seconde qui passe nous rapproche de la fin. C'est dire si j'ai mauvaise conscience alors que la déforestation en Amazonie augmente de 25 % chaque année. Au rythme de la destruction de 1997, la forêt amazonienne aura disparu en 2020, nos enfants en seront à finir leurs études et à commencer un travail, nourris de retransmissions de la Star Academy et d'un énième bêtisier. Nous vivons à l'époque où 1/3 des forêts tropicales de la planète sont amenées à disparaître. Celui que l'on appelle "le poumon de la Terre" est menacé d'être emporté par un cancer gigantesque, subventionné par les marchés internationaux, qui en exploitant l'avidité de l'économie locale et les recettes juteuses du marché mondial provoqueront et aggraveront la dégradation généralisée de l'écosystème planétaire. Car, qui ignore aujourd'hui les dérèglements que l'homme afflige à son environnement et qui peut ne pas s'en inquiéter ? Croire que nous pouvons impunément continuer à détruire et à surexploiter les richesses naturelles causera la perte de ce qui appartient aux générations futures, à nos enfants. La destruction de l'écosystème en Amazonie cause la perte de milliers d'espèces définitivement perdues pour la science, engendre la disparition des ethnies locales et contribue au réchauffement climatique. Qui peut dire que ce désastre sera sans conséquences pour nous ! Qui peut ne pas s'alarmer de telles pertes pour l'humanité ? Depuis quelques années, nous assistons à la fonte des glaciers polaires, à des inondations records, à des cyclones de plus en plus fréquents. Comment ne pas penser un instant que la Terre malmenée souffre de notre manie de tout saccager pour des besoins futiles, égoïstes et déraisonnés ? Comment ne pas avoir froid dans le dos au su de ce que les scientifiques prévoient pour notre planète ? Pour certains désastres, l'homme s'adapte, compose, la planète, elle, est unique. Les forêts ne repoussent pas par miracle, les océans ne sont pas purifiés par l'intervention du Saint Esprit, l'activité humaine ne peut se passer de l'harmonie fondamentale entre l'homme et la nature. Le lien aujourd'hui est brisé, les espoirs s'envolent peu à peu pour notre terre, vieille de millions d'années. Sont-ce l'égoïsme, l'avidité, la bêtise qui auront raison de notre trésor universel ? Comment parviendrons-nous à gérer autant de conflits, à éviter la colère et la vengeance de notre mère, la Terre ? A côté de nombreuses consciences, je suis inquiet et je m'alarme ! Je souffre en même temps que la Terre. J'angoisse, je suffoque. Comment faire, comment agir ? Comment éviter un tournant irréversible ? Comment faire ici et maintenant ? Si parler est louable, agir concrètement vaut mieux que de beaux discours. Choisir ses valeurs engage une vie entière, je me serais probablement engagé dans ce combat si la poésie n'avait mis le grappin sur moi d'une façon aussi intense. Mes convictions restent les mêmes et je ne donne pas à la poésie une autre utilité que sociale, vitale. Il s'agit de se convaincre d'un engagement à avoir dans les principaux domaines de la vie. L'environnement est une question universelle qui ne saurait se passer de toutes les forces vives. Rester et se taire ! Subir, s'excuser alors qu'il est peut-être trop tard ? Vivre un autre cauchemar au rythme fantomatique des millions d'hectares de forêt déjà disparus ? Alors autant s'enterrer dans un trou et se taire. La parole, l'action sont plus que jamais vitales ! Alors que nous assistons en direct à la destruction de notre Terre, nous avons une lourde responsabilité envers les générations futures. Aujourd'hui, le combat est plus que jamais essentiel pour toutes les forces, et l'action indispensable. Je n'aurai jamais bonne conscience. Pas pour ça, pas pour les forêts, pas pour les océans, pas pour l'avenir de nos propres enfants.
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07/01/2006
"Seize fois sans", Pascale Albert

Pour commencer l'année avec un bon livre, voici "Seize fois sans" de Pascale Albert aux éditions Echo Optique. Parce que la poésie évoque en peu de mots un univers bien trop grand, infini dans la substance d'un livre, cette même poésie recèle des pouvoirs d'évocation que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. On peut relire un livre dix fois en découvrant à chaque fois quelque chose de nouveau, car la poésie dit tout, suggère tout, contient dans une formule impossible les racines, les herbes et les arbres du temps. La sensation d'avoir tout dit procure une paix de l'esprit. Le mot, dense en lui-même résonne de pouvoirs infinis d'évocation. La poésie opère en terrain inconnu en nous révélant à nous-même. Il y a dans le livre de Pascale Albert une part manquante, une déchirure qui tient à la perte ou à l'éloignement de l'être cher ou intime. Toute cette vie puissante est sous-entendue dans le blanc de la page. Elle est un terrain dévoilé qu'il n'y a pas à redire, le mot ici est martelé pour mieux imprégner le lecteur de cette perte et de cette nouveauté. "16 fois 365 matins de silence / 5840 jours de rien", le poème est une science, il calcule la perte, compte les hématomes et accueille la vie perdue, en fait resplendir les trésors. "252 288 000 respirations solitaires", toute l'expérience acquise au fil de 16 années est le fruit d'un calcul quotidien, assidu qui se poursuit dans le présent. Chaque vers est le fruit d'une équation pleine d'humour et de mélancolie, un calcul résultant d'un autre calcul. Inventaire d'une perte ("Tu sais le manque ? / Tu sais le creux") quiétude aussi de posséder encore l'être perdu ("Avec toi / Dans une bulle"). Car ce qu'a perdu le poète, il le possède à jamais ("En un jour / J'ai toutes les humeurs"). Si la perte ronge, le poète sait avoir possédé, connu, aimé. Le poète qui sait les tourments ("Je saigne / Encore") sait aussi se contenter de bonheurs simples ("Ma fille a 9 ans / Et un amoureux"). Si "Le silence tue / Les élans, les mots qui vont avec" , il s'agit de se sentir exister encore ("Pour toi, je suis morte ?") aux yeux des autres et de soi-même, tâche qui revient au poète, celui qui a connu et enduré la perte et qui peut affirmer connaître : "Je suis vivante. / Que moi pour savoir. / Toi, ta vie, ailleurs." "Seize fois sans" de Pascale Albert évoque avec force et concision les tourments du manque et de la perte, mais aussi le bonheur de se savoir exister, en dépit des fracas, des doutes et de la douleur.
Avis de parution :
"Seize fois sans" de Pascale Albert, 8 euros + 2 euros de frais de port. Format 10 x 19 cm, 42 pages.
Chèque à l'ordre de : Echo Optique, Bellevue, 85500 Les Herbiers.
Pascale Albert vit aux Herbiers (Vendée). Comédienne et auteur, elle anime également des ateliers d'écriture pour adultes et enfants.
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03/01/2006
Préambule
Déjà le nouvel an, donc bonne année à tous ! Avançant dans le néant, à la lumière du flambeau, Mot à Maux deviendra ce que l'on en fera. Aucune idée de l'écriture avant qu'elle ne se fasse. Aucune certitude sur ce qu'il en sera. L'écriture étant une chose mystérieuse, moitié lucidité, moitié stagnation dans les ténèbres, la poésie qui n'est pas un programme politique ou un projet d'entreprise se construit d'une façon irrationnelle, spontanée, bien que pleine de logique, de sens et de présence acharnée. Donc, nous mettrons toute notre énergie à ce que cette poésie soit présence au monde, révolte envers les maux qui entravent notre liberté, à ce que ce qui sort plus ou moins volontairement de notre esprit soit à même d'évoluer, de compter et de retentir dans le monde. Parce que la poésie n'est pas affaire de rime, parce que ce n'est pas un chant d'amour ni une débauche de sentiments, parce qu'elle est en relation directe avec le plus mystérieux et le plus fort de l'esprit humain, qu'elle évolue sur les frontières du devenir où le mot devient réel, et qu'elle peut même s'évanouir et disparaître au contact du plus mystérieux qui est la réalité, elle est ce qui se rapproche le plus d'une vérité que l'on voudrait universelle. La poésie ne sert à rien ou à pas grand chose, elle est une tentative d'exprimer par le langage un certain ordre, une certaine logique propre à l'esprit humain. Soit. Donc, on peut l'envoyer par la fenêtre. La briser comme un verre de cristal. Puisqu'elle ne sert à rien, qu'elle ne dévoile rien. Revenir au réel, à la formidable diversité du monde qui rend chaque entreprise, chaque point de vue essentiels. Se convaincre que la poésie est une façon exacerbée de se représenter ce monde. Qu'elle n'est pas supérieure, qu'elle est une activité autre, complémentaire, subsidiaire. La conscience du réel, cette confrontation à l'architecture du monde est supérieure à tous les discours. C'est pourquoi nous serons prudents et humbles. A l'écoute et à l'affût de se qui se joue dans le monde, autour de nous ou plus loin. Nous mettrons notre énergie au service du bien général et particulier. Plus question pour moi de faire des poèmes. Plus question que je me convaincs d'écrire en poème. Et si ce que j'écris est rimé, esthétique, rythmé, ce ne sera pas du fait unique de ma volonté mais parce que ce qui était à dire est beau, logique et rythmé. Attentif à la science, à l'écoute des courants d'idées et des discours, très sensible aux questions de nos sociétés, comment pourrais-je me sentir autrement concerné que par ce qui nous regarde tous, l'avenir de nos enfants, la survie des populations et celle de notre terre. Parce que la poésie est un discours en plus et en renfort de l'engagement, elle n'en sera pas si différente. Du fait de toutes les contributions, elle sera au service, et non plus repliée sur elle-même. Le laboratoire, ce sera le monde et non plus le langage. Ce ne sera plus la force d'évocation des mots, mais celle de l'esprit. Mot à Maux sera ce que 2006 en fera. Mon attention sera portée et concernée par ce que m'inspireront le monde, la vie de mes contemporains et l'évolution de l'espèce humaine. C'est dire si je ne rechercherai aucune poésie, aucune beauté au monde, ce sera ce que ce sera. Point. Je n'ai pas trouvé à être par la poésie. Ce ne fut pas un épanouissement mais une douleur. Je suis constitué ainsi et je continuerai de la servir. Je puis espérer aussi trouver autre chose. Nous n'avons qu'une seule constitution par vie. Celle des autres est tellement importante ! La poésie évoluera, l'être évoluera. C'est ce que nous ferons du temps qui nous est imparti qui fera notre identité et qui dira oui ou non si ce que nous avons fait est important. Une nouvelle année, des résolutions et beaucoup de blabla ! Et alors, me direz-vous ? Et alors, vive la poésie !
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