Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/12/2006

Rue de l'Ormeau

C'est pas humain de vivre et puis de partir comme ça... Il y a des musiques que je n'ai pas entendues. Des concerts auxquels je n'ai pas assisté. J'étais shooté à mort, complètement parti dans les aigus ; les accords, ça me prenait le long de la moelle épinière, ça remontait dans les cervicales, ça se postait en chien fou enragé à l'entrée de ma cervelle. La guitare, je l'ai brûlée avant d'en tirer les premières notes, ça a grillé, ça a cramé partout sur la scène. Alors, les chansons, j'ai dû les oublier en route. J'ai dû flamber mon carnet. Ca a dû se passer comme ça, au coin sombre d'une rue. C'est l'école qui a brûlé, mes cheveux se sont décollés du cerveau. Les piqûres d'acide sulfurique se sont occupées de mes derniers neurones. Ca pédale dans le néant maintenant, ça coule dans les veines par une nuit de pleine lune. Alors, évidemment, il y a du grabuge, il y a du sang sur le macadam, de la cervelle éparpillée dans le caniveau. Il n'y avait pas d'étui pour la guitare. Les partitions devaient y passer aussi. Alors, la dernière note avant l'apocalypse de la basse et le roulement de tambour. C'est vrai, c'est pas humain, mais c'est comme ça. Qui tire les ficelles derrière la scène ? Qui amasse les biffetons ? Un dernier geste. Un dernier cachet de Clozapine. Ok, ça ira. Tu t'allonges dans la tombe. Tu t'étends dans le cimetière. Tranquille. Le soleil est noir toute la journée. La nuit est opaque. La chute est brutale. Les anges et les trompettes. Tu parles ! Je lui foutrais bien un poing dans la gueule. Silence de la voix dorée et rapide comme un éclair. Ca chante. Ca hurle. Ca repart. J'ai bouffé les partitions. J'ai balancé la guitare. J'ai brisé les sunlights. Que dalle. Rien à foutre. Ca me rappelle de bons moments. Ca me rappelle pas mal de trucs, comme la rue de l'Ormeau. Ca me rappelle un concert que je n'ai pas vécu, parce que j'étais parti avant que la nuit ne commence.

Rue de l’Ormeau est un texte autobiographique rédigé en novembre 2006 et consultable sur le site "Dans les brumes".

 

22:20 Publié dans La vie des mots | Lien permanent

01/12/2006

Disparition

Je me souviens d'avoir créé la revue Mot à Maux avec le sentiment d'une parole poétique à partager. Je recevais des revues, je publiais, je pouvais aussi apporter ma pierre. Bien que dans le flou, je pensais que la revue pouvait être un espace de liberté. Conseillé par un écrivain rencontré sur le Web, je créai à tout hasard ce blog, pour « parler et faire parler de la revue ». Elle fut bien accueillie parmi les poètes grâce à la vie qui existe sur de nombreux sites Internet et grâce aux revues qui ont bien voulu tenir compte de Mot à Maux dans leurs comptes-rendus de lectures. Je m'enrichis personnellement des contacts entretenus et les rencontres me firent notamment comprendre toute la dimension sociale sous-jacente à cette activité. La poésie peut, elle aussi, sortir des livres. Il est possible d'adopter un nouveau contrat social... tant que la parole existe et tant que les structures sont là pour la porter et la dévoiler au public. Nous sommes tous un maillon de la chaîne. Ainsi, la force des nouvelles technologies rattrapa mes projets de revue papier, elle fut doublée de notes rédigées régulièrement, au début autour de l'actualité poétique, puis très vite des sujets divers apparurent. Je compris un besoin en moi de parole et trouvai un lieu idéal pour m'exprimer. Moi qui avais rompu depuis un an avec l'écriture poétique, je ne pensais pas me lancer ainsi dans une nouvelle période d'écriture... et pourtant ! Je ressentis très vite les possibilités de ce nouveau canal ! Ces notes furent assez modestes et non pas de la poésie, mais suffisamment désirées et plus que de simples ratures. Mon but était donc de parler d'une autre façon que par la poésie, elle qui m'avait laminé et desséché pendant douze ans. Un bébé qui met douze ans à sortir... c'est long, non ? Alors, je me suis juré d'oublier très vite les principes douloureux de cette écriture. J'ai trouvé ici le lieu pour une « écriture païenne » et libérée. Vengeance ou rage sur la vie... La motivation était en tout cas différente. Chaque instant n'est-il pas fait de regrets, de désirs blessés, de mots ratés qui peuvent faire de la vie un enfer ? Les faux pas, les chemins rocailleux, il aurait fallu les prévoir avant ! Mais peut-on avoir cette lucidité à 17 ans ? Alors, ce qui importait n'était-il pas cette écriture, quelle qu'elle soit ?... Point final. La vie... La poésie... Deux espaces différents qui se rencontrent, fusionnent, s'excluent violemment ou se font ennemis mortels. Trouver, au bon moment la bonne clef et la bonne porte ! Peut-être, tout n'est-il pas raté... Certaines choses ont pourri, d'autres se sont libérées de façon quasi révolutionnaire. La poésie, au bout du compte, n'a-t-elle pas appelé à elle la presque totalité de mon énergie ? Alors, tout se crée, tout s'imbrique, chaque pièce trouve un jour sa place. Pas de regrets d'abandonner ce blog. Pas de regrets de renoncer à écrire. Au contraire ! Il me reste un travail sur moi... Est-il sans fin ? Ne faut-il pas se préparer à chaque instant à une mort inévitable ? La poésie qui cherche à comprendre. La poésie qui pose des questions. La poésie qui a soif ! Alors, se préparer à une telle mutation... la désirer dans son corps, d'une façon mystique ou religieuse ! Que faire d'autre ? Merci à tous les amis poètes. Tombée du rideau ici après le rappel. Fin. Larmes. Une petite pierre parmi d'autres. Un chemin. C'est ainsi que va la vie. Désir d'ailleurs. Soif de contemplation, d'autres horizons. Malgré les ennemis, les heurts, les chutes. L'esprit, sans cesse, avance.

21:55 Publié dans La vie des mots | Lien permanent

27/11/2006

Poésie quantique II

Qu'y avait-il à l'ère de Planck* ? En effet, nous nous sommes éloignés du mystère de cette 10-43 seconde où le secret aurait-pu être révélé. Nous avons voyagé durant ces milliards d'années dans l'ignorance profonde des plans de notre créateur, voilà que la question de l'origine se pose encore une fois. Par quels détours un tableau passe-t-il avant de finir derrière une vitrine ou sur un mur d'exposition ? Comment les pigments des couleurs se sont-ils sédimentés avant de devenir jaune de Naples, bleu Turquoise ou vert émeraude ? Mais le vendeur s'en soucie-t-il ? Il se contente de savoir que les tubes sont fournis par Sennelier ou Talens et que plus il en vendra et plus son week-end sera doré ! Alors, il se fout de savoir si je suis malheureux ! Il se fout qu'il y ait un clochard qui crève dans la rue. Avant d'être peint à l'huile, mon tableau n'était que fibres de lin, térébenthine et terre ocre ou mauve. On remuait la pâte dans les usines, autour de recettes séculières. Il y a eu du rouge carmin, du bleu de Sèvres, de la terre de Sienne. Il y a eu mille explosions dans le ciel. Dix-mille nébuleuses se sont croisées. Ca partait dans des feux d'étoiles ! Mais avant ? Avant d'être un ciel, un chemin, un arbre... Avant 10-43 seconde ? Il y avait quoi avant la douleur de perdre la vie ? Avant que je serre les mains de grand-maman ? Il y avait quoi avant nos jeux dans le jardin et la balançoire ? Maman m'a parlé. Elle m'a dit : « - Regarde ! Le ciel. Tu vois, les étoiles. C'est là-bas que nous irons un jour. » Papa m'a dit : « - Prends tes pinceaux et dessine le soleil. » Alors, j'ai regardé en l'air, j'ai mis de la couleur. J'ai offert le tableau à grand-maman. Elle a dit : « - Comme tu es gentil ! » Alors, j'ai su qu'avant 10-43 seconde il y avait le sourire de grand-maman, le chat dans le jardin, les fleurs, la toile vierge sur le chevalet. Et avant ?

21:10 Publié dans Science | Lien permanent