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Mot à Maux - Page 5

  • C'est pas vrai !

    Certains politiques puisent dans les caisses. Les avocats sont en grève. Les policiers tapent sur les pompiers… Rien de plus normal. Et les psychanalystes se morfondent devant la complexité humaine, méditent sur le crâne d’un éléphant qui traverse la rue. Pas de contre-visite au contrôle technique. Le Crédit agricole m’invite à son assemblée générale. Pas de courrier aujourd’hui. Les footballeurs n’ont pas marqué de but hier soir. A la météo, ils ont dit que le vent reprendrait dans la journée. Tout se met en place et le mariage se prépare. Ah, ça… J’ai cassé un miroir hier soir ! Sept ans de malheurs, c’est long tout de même… Pour une petite étourderie ! Mila pense qu’il faudrait mettre un doigt dans le trou du cul de Dieu. Et ça fait jazzer les musulmans ! Pas que … les extrémistes aussi ! La solution se trouve dans la Grande Librairie (notez les majuscules) le mercredi soir. C’est là qu’il est possible de commander son cercueil à peu de frais. C’est bien dit dans la publicité pour Cacharel (vous savez, ce parfum qui pue bon la gentiane) et c’est encore à l’ordre du jour. Des manifestants se sont regroupés à Grand Central Terminal pour râler contre le racisme et la pauvreté qui vont souvent de paire. Il n’y avait rien d’autre à manger dans les magasins. Moi je crois que la mort est un mensonge… Mais chut ! Je ne dis rien. Les miroirs se mettent à réfléchir aussi. L’instituteur enseigne les acrostiches à ses élèves… Il faut bien identifier les paroles de Musset en alexandrins à rimes croisées qui rendent mieux compte des mystères de l’âme humaine. Il paraît qu’avant de trainer dans la rue, Mohammed a appris tous les types de versifications. Maintenant il « deale » de l’héroïne porte de Clignancourt. C’est pas faute d’avoir raté son permis plusieurs fois. A quoi voulais-je en venir avec ces propos alarmistes ? Je ne crois pas que mon congélateur soit responsable du changement climatique. Mais je suis attentif à ce que la nature pourrait me révéler. Je dis seulement qu’il n’y a pas de raison pour vendre plusieurs fois le même produit en supermarché. Tout cela est une affaire de réflexion et d’opinion personnelle. Tous ces bris de miroirs sont là pour annihiler ma conscience. C’est pourquoi je me bats contre la tyrannie. Résister à la nuit. Chaque matin le jour se lève vers 17 heures. J’ai déjà du mal à préparer mon petit déjeuner. Alors accepter un boulot comme présentateur de la météo, vous plaisantez ! Non, moi je dis qu’il faut rester libre. Ne pas se tromper de trottoir. Des valeurs morales sont en jeu. La plus belle carte, c’est l’as de pique. En dehors de ça, il n’y a rien de vrai, la vie aussi est un mensonge. Alors, il faut dire quoi au boucher ? C’est quoi commander de la viande alors que les prix du pétrole sont à la hausse ? Ah, moi je sais : c’est à cause des champignons qu’on nous fait manger à la cantine ! Il y a plein de métiers, de tiroirs qui ne servent à rien. Le corps d’un mécanicien a été retrouvé noyé dans sa piscine. Ca fait la une des journaux. Alors, moi je suis fatigué. Même pas la force de me faire cuire un œuf. Ah ben, c’est pas demain la veille que je vais me lever de bonne heure !

     

  • Je ne suis pas là

    Tout est violent dans ce monde. Se lever est violent. Se laver est violent. Le répit n’est pas de ce monde. Même les mots vous agressent ! Alors comment résister ? Seuls les rêves vous laissent tranquille ! Dès le matin, c’est la même machine infernale qui se met en route… qui vous prend et ne vous laisse que quelques instants de repos. Alors, quoi… est-ce moi qui suis inadapté à ce monde, ou la société entière qui est violente ? Je n’ai pas de travail. Rien que les courses à Super U me plongent dans des angoisses infernales… Alors même envisager un emploi de magasinier (pour gagner de l’argent ou renouer du lien social) est inimaginable ! La voiture non plus n’est pas de tout repos. L’accident guette ! Les routes sont dangereuses, sans compter mon cerveau qui fait des siennes quand je suis au volant. Oui, le monde est violent. Violent de tenir une caisse de supermarché, violent de prendre de l’essence à la pompe… violent d’élaguer un arbre au printemps, violent de monter dans une camionnette de peintre en bâtiment, de poster un coli à la Poste, d’envoyer une lettre à la CAF, de faire cuire un œuf, de laver son t-shirt de 8 jours… Violent de rester sur son canapé des heures à méditer sur une toile d’araignée au plafond ! Se lever à 7 heures du matin, partir au boulot, gagner sa croute, prendre les enfants à la sortie de l’école avant de faire les courses… tout cela est inimaginable pour moi ! Faire du sport, surveiller son alimentation, faire son ménage… toutes ces choses normales dans la vie de tous les jours, je suis bien incapable de les faire. Car tout me pèse ! Je ne souhaite à personne de lire mes pensées… Vous n’imaginez pas les méandres et le chaos auxquels vous vous exposeriez ! Car tout est violent dans mon cerveau. La maladie m’agresse dans sa violence quotidienne, les voix, les cris, les appels d’outre-tombe… Non, je ne souhaite à personne de lire les pensées agressives qui me traversent. Allons, tout le monde est malheureux ! Il n’est pas nécessaire de revendiquer une schizophrénie pour éprouver tous ses symptômes. Car le monde est violent. Et si le soir, je regarde un feuilleton américain à la télévision, une émission d’Arthur sur TF1, ou Camping Paradis sur TMC, je ressens toute la violence du petit écran ! Quoi de plus violent qu’une publicité pour un produit de lessive, pour la dernière Toyota, pour la bouffe du chien ! Nous sommes entourés d’images auxquelles nous ne faisons plus attention, habitués aux crimes, aux meurtres, à la barbarie quotidienne. Et tout me revient en pleine face. Je suis une antenne réceptrice de toute la connerie ambiante. Je capte dans mes filets toutes les pensées inconscientes. J’en ai des milliers. Si un jour je parviens à me libérer de mes angoisses, comment être sûr que tous ces souvenirs me laisseront en paix ? On ne peut pas effacer le passé. Il faut vivre avec les drames internes, les dysfonctionnements psychiques. Parce que le malade apprend de sa souffrance, parce qu’il y tient comme à un trésor, parce que le chemin parcouru est toujours une richesse… il ne faut pas trop médire sur son propre sort ! Car la maladie vous distingue de tous ces robots pensants qui marchent dans les rues avec leurs petits chiens… des donneurs de leçons, des redresseurs de torts ! Ah, les gens normaux, ceux qui ne font pas de mal, ceux qui se croient légitimes… Vous mourrez de leur perversité et de leur bêtise. Moi, malade, eux fondamentalement identiques à eux-mêmes ! Oui, la maladie est un progrès face à la masse informe de la rue. Votre sensibilité fera de vous un apatride, mais vous serez riche d’un millier de trésors. Allons, c’est la société qui est violente. Vous ne faites qu’absorber ses émanations. La violence est partout, dans les journaux, au cinéma, au bureau, dans la rue, au supermarché, à la télévision, sur les routes, dans les stades… Moi je ne suis qu’un pauvre homme. Pas grand-chose… une antenne peut-être. Tout est violent dans ce monde. Et moi, je ne suis pas là.

  • Le poète est-il dangereux pour la société ?

    Les banderoles dans la rue, les manifestations, tout cela fait la une des journaux. Tout le monde en parle. S’il est bien une chose dont on ne parle pas, c’est de la poésie. Pourquoi d’ailleurs devrait-elle s’inviter sur les plateaux ? La poésie ne fait pas partie de l’actualité. Elle paraît bien pâle, bien inoffensive face aux grenades, aux gaz lacrymogènes. La contestation se fait de plus en plus pressante, alors que la parole révolutionnaire semble discréditée par la violence et l’anarchie des mouvements sociaux. La revendication a-t-elle un avenir dans une société basée sur le profit économique ? Les lois du marché ne sont-elles pas inaliénables, incontournables ? Tout contestataire apparaît comme un ennemi du système capitaliste, toute velléité est écrasée dans l’œuf par la marche des puissants. Renverser le système semble impossible. Aurait-on intérêt d’ailleurs à tout casser ? La colère n’occulte-t-elle pas la raison, la violence n’empêche-t-elle pas le débat ? Le peuple français est en colère. Pour des raisons inconscientes, matérialistes, financières. Je ne sais pas ce que les Français recherchent. J’entends les mouvements, les cris… Ne se détourne-t-on pas de ce que l’on dénonce ? Les politiques voudraient nous faire rentrer dans le rang, pour que les marchés, les transactions continuent ; ne sommes-nous pas aussi tels des moutons ? La complexité de l’économie mondialisée n’interdirait-elle pas le chaos ? Ne faut-il pas tout réorganiser, tout débattre, tout remettre en cause, sans pour autant tout casser ? Le peuple français ne rêve plus. Le peuple a mauvais sommeil. Alors que le poète se noie dans l’idéalisme, tout semble bouclé, obstrué, cadenassé. Toute revendication est assimilée à un désordre, toute velléité fait de vous un ennemi du système. On vous demande toujours de faire plus pour la société, de vous saigner aux quatre veines… Et c’est bien naturel, car vous feriez tout pour votre patrie ! Dans cette mondialisation effrénée, qu’est-ce qui est important ? J’entends des voix. J’entends The Voice le samedi soir sur TF1. Je vois les bateaux que l’on construit à Saint-Nazaire. Je vois ce joueur de football qui gagne des millions d’euros chaque mois et qui se dresse comme un exemple pour la jeunesse. Je vois ces milliardaires sur leur île. Je vois la misère de tant de peuples. Il est naïf, voire enfantin de s’élever contre les désordres de ce monde. La révolte adolescente sert de base à l’âge adulte. « Construire un monde meilleur… » vous y croyez ? Ne faudrait-il pas plutôt se résigner, accepter l’inacceptable ? Oui, chacun mène une effroyable quête. Allons, n’est-il pas ridicule d’être indigné par tout ? N’est-ce pas puéril ? La société ne rit-elle pas face à votre naïveté ? Se détourner du monde, ne vivre que sa propre vie, ne pas entendre les oiseaux de malheur… Allons, vous êtes tombé poète à dix-sept ans ! Il n’est pas question de renoncer à votre combat poétique ! Mais quel est-il ce combat ? N’est-ce pas simplement cette résistance contre la monstruosité, la violence sociale de ce monde ? Ou simplement l’indignation qui vous anime au quotidien ? On pourra méditer sur ce qu’est la poésie aujourd’hui. Elle est personnelle, protéiforme… Elle tend à s’emparer de ce monde, à prendre à bras le corps les questions de société, à rendre compte du quotidien le plus immédiat ou à explorer des dimensions philosophiques. Le poète est chacun de nous. Il n’y a plus d’écoles, plus de courants ! Chacun est libre d’apporter au monde sa propre pierre. C’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans poésie (pour reprendre la formule de Descartes) ! Et le poète lui-même doit donner l’exemple. Car nous croyons à la poésie qui nous aide à gouverner notre vie. Nous croyons à la parole poétique face aux rouleaux compresseurs de la politique et des économistes. Il n’y aura pas de révolution poétique. Il n’y aura que des hommes et des femmes qui tenteront d’améliorer le quotidien. Dommage pour nous, pour nos idéaux, nos rêves adolescents. Nos revues, nos recueils continueront à être diffusés sous le manteau. Et un jour, on se demandera peut-être : le poète est-il dangereux pour la société ?