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Mot à Maux - Page 5

  • Une révolution dans l'autoédition

    Chronique par Jean-Jacques Nuel

     

    En 1986 paraissait la première édition de l'annuaire AUDACE (Annuaire à l'Usage Des Auteurs Cherchant un Éditeur) dont j'étais co-auteur avec Roger Gaillard (les éditions ultérieures seront réalisées par le seul Roger). Je militais à l'époque au sein du CALCRE (Comité des Auteurs en Lutte Contre le Rackett de l'Édition), une association créée pour dénoncer et combattre le compte d'auteur abusif. Le Calcre intentait des procès pour défendre les auteurs arnaqués, publiait guides et annuaires, dont le fameux AUDACE, et lançait enfin un magazine, Écrire & Éditer, dont la parution s'arrêta en 2003.

    Avant la révolution numérique et l'avènement d'Internet, la situation était déjà difficile pour les auteurs. Ceux-ci, pour publier leur œuvre, avaient trois possibilités.

     

    L'édition traditionnelle à compte d'éditeur, soit dans les grandes maisons déjà saturées de manuscrits, soit chez les petits éditeurs, qui atteignaient vite leurs limites et qui, contrairement à leurs discours généreux et leurs déclarations d'intention, laissaient sur la touche beaucoup d'excellents auteurs et d’œuvres originales.

    L'édition à compte d'auteur, le plus souvent abusif, le prestataire délestant l'auteur d'une somme parfois considérable et se contentant d'éditer le livre sans se préoccuper de sa diffusion.

    L'autoédition, l'auteur faisant réaliser son livre par un imprimeur et se chargeant ensuite de toutes les formalités légales d'édition et de la diffusion.

    Cette dernière solution était alors assez peu pratiquée car, avant l'édition numérique, il n'était pas possible de faire de faibles tirages pour un prix abordable. Afin de baisser le coût unitaire d'un livre, il fallait l'imprimer à des centaines, voire des milliers d'exemplaires, et l'opération coûtait cher à l'auteur qui se retrouvait en outre en possession d'un énorme stock d'ouvrages impossibles à écouler.

     

    La situation est très différente aujourd'hui, car si l'édition à compte d'éditeur (toujours aussi saturée) et l'édition à compte d'auteur existent encore sous les mêmes formes, l'autoédition a été révolutionnée par le numérique et les plateformes de publication.

    L'auteur peut désormais réaliser et vendre son ouvrage (sous forme papier et ebook) grâce à des plateformes d'autoédition ; il lui en coûtera un abonnement ou une participation financière raisonnable. Les plus connus de ces sites sont LIBRINOVA, TheBookEdition, BoD, Iggybook..., partenaires qui proposent une aide et un accompagnement, ce qui explique la contrepartie financière.

    Il est de bon ton aujourd'hui de condamner le monstre Amazon, pour ses pratiques hégémoniques qui tuent la concurrence, mais il faut reconnaître que le service d'édition qu'il propose, Kindle Direct Publishing, est excellent, et sans doute le meilleur. Et entièrement gratuit (du moins pour la composition de l'ouvrage, Amazon ne prélevant qu'un pourcentage sur chaque vente réelle). Cela requiert beaucoup de temps et de patience, car l'auteur est absolument seul à se débrouiller avec les logiciels mis à sa disposition. Mais le jeu en vaut la chandelle.

     

    Un excellent poète et écrivain, Christian Cottet-Emard, ne cherche plus à contacter des éditeurs pour sa poésie, préférant l'autoédition, ce qu'il explique dans la préface de son dernier recueil Aux grands jours :

    « Je suis de moins en moins tenté de soumettre un cycle de poèmes aux éditeurs de poésie même si publier à certaines enseignes me serait évidemment agréable. Quant à la satisfaction très compréhensible de voir enfin exister le ou les poèmes en un livre imprimé, je n'ai pas besoin de déranger un éditeur pour y accéder, car les récents et fulgurants progrès dans l'art d'imprimer à tirage limité la rendent immédiatement possible et pour le plus modique des coûts. En raison des tirages restreints et de la faible diffusion de la poésie, un poète peut aujourd'hui raisonnablement se poser la question de savoir si un éditeur de poésie est capable de lui assurer un lectorat plus nombreux que celui qu'il pourrait toucher en s'éditant lui-même, toute considération de prestige et d'image de marque liée à une enseigne évidemment mise à part. »

    Grâce à ces nouvelles formules, le livre peut sortir des tiroirs et aura le mérite d'exister. Commence alors le plus difficile, le chemin de croix : faire connaître et vendre son ouvrage.

     

    Jean-Jacques Nuel

     

    Site de Jean-Jacques Nuel

  • Mot à Maux 5 & 6

    La revue a changé de format en juin 2006 et janvier 2007, avec l’idée de proposer quelque chose de différent. Je me suis inspiré de la revue « Rétro/Viseur » pour la mise en page, après m’être inspiré de « Comme en poésie » pour les premiers numéros. Tout cela avant de revenir à une présentation plus sobre en 2018.

    En juin 2020, j’ai réimprimé les deux numéros. Ils sont restés au prix de 4 euros. Le but de Mot à Maux est de satisfaire l’appétit du lecteur. Dans un moment difficile pour le marché éditorial, c'est grâce à lui qu'une revue peut survivre.

    Les pièces ci-jointes vous permettront de commander selon votre désir les deux numéros.

     

     

    Première page Mot à Maux n°5

    Première page Mot à Maux n°6

    Bulletin de commande

  • La terre ne tourne pas rond

    La poésie est ce qui compte le plus, se dit le poète. Malheureusement elle est méprisée par le plus grand nombre. C’est un doux euphémisme. Les gens n’en ont rien à foutre de vos poèmes ! Pour certains, vivre sans poésie est impossible… Ils se foutent bien de votre gueule les FNAC, les Leclerc… Il n’y a qu’Amazon pour rafler le marché ! Les petits, les moyens luttent pour survivre, ça ce n’est pas exagéré ! Alors, nous sommes entrés en résistance. Pour ne pas mourir tout simplement. La poésie ne se vend pas… Vous voulez faire quoi avec ça ? Oui, les gens nous méprisent, nous asphyxient. Jadis, on faisait sauter des ponts… Aujourd’hui c’est vous le saboteur. Ils ont bien compris notre dangerosité. Ils savent bien que nous sommes une menace. Le marché se relève toujours ; le poète crève dans son trou. Rira bien qui crèvera le premier ! « Deux trous rouges au côté droit… » (Rimbaud) Je n’ai pourtant pas le sentiment d’être néfaste à la société… Je suis tout à fait normal, équilibré ! C’est ça qui leur fait peur, à ceux qui sont assis, qu’un jour la poésie prenne le pouvoir. Je rêve d’une révolution où les hommes auront la tête à l’envers. Où pour se raccrocher, il faudra saisir les plus fortes branches. La liberté fait peur. La nouveauté nous angoisse. Il n’y a que le marché, la consommation qui compte. Là tout est connu, figé, rassurant. Vos poèmes sont dangereux car ils remettent en cause un pouvoir que chacun croit posséder : celui de dépenser son argent, de produire, de vendre. La poésie est l’antithèse de tout cela. Elle remet en cause nos certitudes, sa liberté infinie fait de nous des apatrides. Car celui qui n’a pas d’appartenance est libre. Libre de rêver, de dire, de dénoncer, d’espérer, de combattre, de s’insurger, de croire à un monde meilleur et à l’avènement de la bonté de l’homme. Alors, vraiment, le poète n’appartient à personne. C’est cela son plus fabuleux trésor. La poésie n’est pas une nationalité. Elle est l’expression de l’indépendance de l’esprit face à tous les totalitarismes. Dangereuse, elle meurt. Libre, elle espère. La terre ne tourne pas rond.