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02/10/2006

"Estuaires", Eric Dubois

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« Estuaires » d'Eric Dubois pourrait être un voyage de l'âme dans le temps. La possibilité est là, pour le lecteur, de suivre un cheminement à travers des poèmes d'une grande densité, qui s'attachent à divers moments de la vie autour d'un questionnement sur le Moi : « jusqu'à l'extinction du Moi / s'élève une autre idée de soi ». Ce voyage peut être celui de la vie, puisqu'il s'agit de se confronter aux limites, de se surpasser : « Qu'est-ce qui me retient d'aller plus loin ? » A chaque instant se ressent la volonté de franchir un seuil, d'aller au-delà de soi. N'est-ce pas une recherche profonde de ce qui se joue en soi, au sein du langage ? Cette poésie est en quête de sens ! Une quête qui concerne la vie même et la faculté de chacun à être. La réponse est-elle dans le poème ou ailleurs dans l'univers ? Eric Dubois en explore toutes les dimensions, tel un savant attaché à son expérience : « Comme un mot peut emplir l'univers / dire toujours le recommencement ». Ce chemin se fait pas à pas, la sensation étant glanée en route dans des formules lapidaires et infiniment expressives : « Bois l'hiver   bois la nuit / mange la cendre » ou bien « Ecris dans l'être : plonge ! / Plonge dans l'être : écris ! » Le but n'est-il pas cet « accomplissement de l'être » dans ses multiples dimensions ? Le désir du poète dans « Estuaires » ne serait alors autre que de découvrir la vraie vie. Plusieurs poèmes ont chacun le nom d'un mois, depuis octobre jusqu'à avril, et témoignent de cette concision et de cette recherche de la langue. Cette vérité appartient au poète qui sait traquer dans son laboratoire tous les phénomènes qui la composent : « Le ciel seul juge / témoin et refuge ». Dans cet absurde incarné, il convient de « créer des liens / un réseau » afin de libérer le langage : « La pensée alors est comme un fil de soie / comme un pont sur la mémoire / dont nous sommes survivants ». Si à « chaque jour sa charge de poésie » c'est bien qu'il s'agit là de l'ultime outil du savant. N'être que ce que l'on est et rien d'autre : « il faut savoir / rester anonyme » ou encore : « Passer à travers les regards / éviter les miroirs ». Il y a là cette intuition que la réponse aux questions essentielles appartient au savant, au poète, à chacun : aux « Géomètres du monde » qui tentent d'éclipser l'absurde, de donner sens à cet absurde. « Alors il sera permis l'impossible » ou la promesse que les réponses, un jour, appartiendront à chacun. N'est-ce pas là notre espoir secret ? N'est-ce pas ce qui nous donne l'énergie de combattre le malheur et de désirer pour soi et pour les autres un âge d'or, dépourvu des ténèbres de l'Histoire humaine ? « Estuaires » d'Eric Dubois est une ballade sur les flots qui bercent le Moi, un voyage à travers notre destinée d'êtres ; les deux se rejoignent dans un Tout commun qui est celui de la poésie.

"Estuaires", Eric Dubois. Editions Hélices Poésie. 9 euros.

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29/09/2006

Massacre au Darfour

Au moins 300 000 paysans ont été massacrés au Darfour par le gouvernement de Khartoum et les milices Djandjawid. Alors que le Soudan sort à peine d'un conflit de 20 ans entre rebelles du sud et gouvernement soudanais, conflit causant la mort de près de 2 millions de personnes, un massacre est en cours dans l'indifférence générale des pays dits civilisés. Ce n'est pas Jean-Pierre Pernaut qui le dit dans son JT de 13 heures ni Pujadas dans celui de 20 heures, ni Sarkozy et surtout pas les prochains candidats à la présidentielle pour qui le moment n'est pas venu de s'alarmer outre mesure des dérives du monde actuel. D'ailleurs, qui se soucie de cette guerre lointaine dont personne ne parle et qui a l'avantage de se dérouler dans un lieu non stratégique ? Attendez-vous demain à lire dans les journaux qu'un nouveau génocide a eu lieu au Darfour, après ça on ne pourra pas dire que l'on ne savait pas. Et Pernaut serait bien fin, entre un sujet sur les boîtes à lettres et un autre sur la retraite de nos chers aînés ! Est-ce qu'il ne nous prend pas pour des cons ? Ah, oui, il faudrait une prochaine guerre atomique pour que l'information à la télé dépasse l'horizon du nez de la mère Michelle qui a perdu son chat. Mais une femme violée et brûlée vive, ça n'émeut personne, ça ne fait pas un bon sujet, ça passe mal à la caméra, ça risque même de choquer la sensibilité du gars qui ne sort jamais de sa propre province sauf pour envoyer une carte postale au berger suisse de l'autre côté de la frontière ! « Elles furent violées par 60 ou 70 Djandjawid en avril 2004. Nous étions attachés aux arbres pendant qu'ils violaient les filles. Après, ils les attachèrent aussi et placèrent du coton dans leurs bouches. Le coton était gorgé d'essence. Ensuite ils ont mis le feu au coton et les ont brûlées à mort. » La misère, les viols, les tortures... ça se passe loin de chez nous ! Moi, je sais pourquoi je n'ai pas le cœur à la fête, pourquoi je ne vais jamais dans ces soirées où il faut danser sous peine d'être pris pour un individu déprimé, pas sortable, pas normal, je sais pourquoi j'ai la haine ancrée bien profond en moi ! Parce que je suis coupable ! A quand les Cahiers de doléances de retour sur le sol de la République ? En cette période de pré-élections, nous devrions tous être attentifs à ce qui se passe ailleurs ! Nous avons intérêt à élever notre regard vers ces choses que l'on cache, que l'on dissimule pour je ne sais quelle raison névrotique ! Si la politique n'est pas influencée par des idées de changement, de révolte, c'est à nous de rappeler les dirigeants à l'ordre, de faire pression pour que la voix des sans-voix soit entendue ! Les grands de ce monde n'ont rien à foutre des déchirements de chair des faibles et des innocents ! Ceux qui nous gouvernent ont tout intérêt à ne pas faire de vagues et se réjouissent en secret de notre silence ! Toi, assis ! Debout ! Toi, dans un coin, debout ! Toi qui a des choses à dire, debout ! Ne cautionnons pas la haine des imbéciles, ne supportons pas que nos lits brûlent alors que nous dormons ! Debout ! Je suis moins que rien ! Je n'ai aucun pouvoir ! Mais j'ai les yeux grands ouverts ! J'ai le pouvoir d'agir autour de moi, et cet effet sera celui de l'onde de la pierre jetée dans l'eau, elle peut aller à l'autre bout du monde ! Ne laissons pas les forêts et les enfants mourir ! Qui que nous soyons, il est toujours possible d'émettre un jour un cri et ce cri sera révolutionnaire. « Nous avons un dicton au Darfour : 'Les chiens aboient, mais le chameau s'en fiche'. Nous sommes les chiens et le reste du monde est le chameau. » Moi, je ne supporte pas de me regarder dans la glace.

21:25 Publié dans Actualité | Lien permanent

26/09/2006

Anticipation

L'univers serait constitué à 99,9999 % de vide. Rajoutons donc une décimale à cet édifice extraordinaire en quelques mots inutiles et dérisoires. Moi, je dis que c'est la mort qu'il faut chercher à connaître pour nous apaiser un peu de n'être que des poussières d'étoiles. Ce sera ça notre grande découverte. En attendant, à 8 mètres de haut, on peut voir les dinosaures qui s'ébattent sur fond de nébuleuses ; l'homme est un pou à la surface de la planète. A 7 mètres de hauteur, il convient déjà de s'alarmer de la chute en cours. Passons. A 6 mètres de hauteur, le soleil se cache derrière le mur, il fait déjà assez froid, ce qui déclenche des spasmes inévitables en ces circonstances. A 5,10 mètres, l'univers bascule dans un espace à 9 dimensions ; impossible de distinguer haut, bas, envers ou endroit, les couleurs mêmes se mélangent, les sons se perdent, les sensations sont inversées et bancales. Il ne reste plus que quelques centimètres, la chute semble s'être accélérée de façon exponentielle et l'issue est plus que jamais incertaine : j'espère simplement que le gars, en bas, tient vraiment la corde, parce que, sinon, c'est la chute assurée et qui...

21:30 Publié dans Réflexions | Lien permanent