Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/10/2006

Come as you are

Mot à Maux est, dans les prochains mois, appelé à disparaître. Ne prenez pas votre mouchoir, comme dit la chanson : ce ne sera qu'un au revoir. Un suicide ? Pas vraiment. Ce sera plutôt l'acceptation d'une inévitable fin. Tout comme l'insecte à la fin de la métamorphose, prêt à accueillir une seconde mort, tout comme le soleil qui s'éteint dans la mer, il faut accepter un autre voyage. Toutes ces notes ne furent pas forcément pénibles à écrire, mais j'attends ma retraite comme le voyageur sait qu'il va bientôt monter dans un train, sans forcément connaître sa destination. Moi, je sais bien ce que je vais faire de mes derniers jours, je n'ai pas encore arpenté toutes les routes, j'ai encore des ballades à faire et je prendrai mon sac avec un même plaisir, celui de savoir les merveilles à découvrir sans pour autant savoir quand finira le chemin. Ça doit finir là-bas, au bout de la dune, il suffira de lancer sa ligne, d'attendre un peu, pas très longtemps, et de remonter le poisson. Et puis, c'est poser sa toile sur un paysage, respirer lentement les embruns. C'est être calme et en paix, au moment où le désespoir se tait un peu, où les horreurs se calment. Il n'y a pas à être pressé de partir, tant que les vagues s'enroulent un peu, tant que la lune est toujours là. Alors, quelques notes bien placées, quelques coups de gueule, deux, trois pensées dérobées à la nuit, et puis je prendrai mon sac. Ce blog ne fut pas exhaustif, mais on ne va pas refaire l'histoire, il fut, je crois, assez proche des préoccupations de chacun. Quant à la revue, après le sixième et dernier numéro à paraître en décembre, le rideau tombera aussi. Cette aventure qui m'a beaucoup apporté fut l'occasion de beaucoup de rencontres entre amis. Si une revue parle en poésie, la poésie elle-même est, je crois, une attention particulière à ce qui nous entoure, à ce qui vit en soi. Son message est, je crois, singulier, certaines choses ne peuvent être dites qu'en poèmes. Voilà, en ce qui concerne ce blog et la revue. Tant que la vie est possible, il faut l'honorer. Tant qu'une lueur luit encore, il faut la regarder. Le temps d'une chanson, peut-être, ou d'un souvenir qui s'efface.

23:10 Publié dans Musique | Lien permanent

19/10/2006

L’œil du silence, Max Ernst

medium_Ernst.jpg

En 1944, à Auschwitz, le ciel resta silencieux. Croyez-vous qu'un jour, un être puisse revenir ? Il lui faudrait quoi ? Un autre massacre anthropophage ? Dans ce tableau, Max Ernst* nous donne la vision d'une apocalypse effroyable, une autre, pas la dernière. L'œil garde le silence comme le ciel, comme les portes sur les secrets, comme notre condition d'hommes désabusés et jetés dans les ténèbres. Gardez en tête cette vision de la monstruosité, pour ne plus garder le silence ; le néant et l'absurde nous doivent bien ça. Des immeubles tombés, des corps décharnés, femmes et enfants éventrés, c'est le quotidien du monde, c'est notre réalité d'Homo sapiens devenus fous. Pendant que nous paradons, que nous dansons, pendant que nos images sont polies, que notre quotidien est aseptisé... et dans cette musique aveugle, nous ne voyons plus ! La voyance n'était autre chose que cette posture face au monde, cette faculté à s'en remettre à l'intelligence du regard. Elle qui a porté tant d'hommes ! Alors, qu'est-ce qu'écrire ou peindre, qu'est-ce qu'un tableau, un poème, sinon une tentative d'affûter notre regard sur des réalités qui nous gouvernent ? C'est notre état de liberté conditionnelle qui nous permet de saisir ce qu'est l'enfermement, la douleur. C'est cette liberté que nous avons encore qui nous permet de distinguer le bien et le mal. Elle est un don qui nous est alloué, que nous utilisons à des fins révolutionnaires. Cette liberté de la parole est ce qui nous distingue de l'ombre. Elle est encore ce qui porte la lumière. Pourquoi un poème, un tableau, sinon pour dire, témoigner, rompre le silence, éclairer des zones sombres où nous ne distinguerions pas le malheur ? Plus que jamais, le silence est coupable, plus que jamais, il convient de décrire, déchiffrer. Pour avoir droit au silence, il faut avoir percé, mis à jour ce qui est tu, dissimulé, caché. Etre attentif. Qualité première de celui qui se donne pour mission d'éclairer un peu le monde. Alors, certes, il faudra partir, se résigner à la cécité. Mais avec cette certitude chèrement acquise du regard affûté, capable de dessiner, raconter, traduire. Mots, formes et couleurs sont les armes de celui qui ne se résigne pas au silence. Ce sont des armes capables de métamorphoser le monde.

 * Max Ernst (peintre) : 1891 - 1976

21:20 Publié dans Art | Lien permanent

12/10/2006

"Lexique d’anthropoclastie", Eric Dejaeger

medium_Lexique.jpg

L'anthropoplastie, selon le dictionnaire Larousse, est la « reconstitution des formes anatomiques d'espèces disparues, à partir d'éléments des squelettes ». C'est peut-être ce que l'on fera de nous, si on continue à faire nos conneries. Quant à l'anthropoclastie, je vous invite à aller voir la définition dans le lexique d'Eric Dejaeger qui vient de paraître chez Gros Textes. Vous y apprendrez en même temps les véritables définitions de nombreux mots et une nouvelle langue basée sur l'humour noir, la dérision et sur une bonne dose d'intelligence et de bon sens. Ce lexique mériterait d'être Best-Seller à l'approche de Noël, malheureusement nous pouvons supposer qu'il n'en sera rien. Dommage. Si Dejaeger use d'une langue merveilleusement nouvelle, l'auteur n'est pas tendre pour ses frères humains, ce qui est bien normal, et définit la naissance comme le « point de départ de tous les problèmes, dont la connerie ». Tout le monde en prend pour son grade, y compris le défunt Jean-Paul d'Oeufs... ne pas rire à la lecture pourrait trahir un fort moment de dépression proche de son état fatal... hâtez-vous d'avaler une bonne dose de médicaments, ou relisez le recueil dans les dimensions que vous aurez négligées. D'ailleurs, on peut sauter comme un mouton entre les pages en mangeant des bonbons Haribo ou en se grattant le nez ; toutes les idées les plus folles sont susceptibles d'être réalisées, y compris écraser un insecte entre ses doigts ou hurler « bande de cons » à la fenêtre. Bref, Dejaeger nous invite à péter les plombs une bonne fois pour toutes : tu paieras l'entrée dans ce monde à sa sortie en insultant le Sauveur, Dieu le « brigadier-chef d'un grand guignol ». Certains thèmes sont bien de notre temps, comme l'écologie : « science qui vise stupidement à vouloir nous faire durer » alors que l'ozone est définie comme un « élément gazeux qui entoure des trous ». Les nouvelles techniques ne sont jamais absentes, comme l'imprimante désignée comme un « moine copiste mécanisé [qui] prend par le haut, pas par derrière ». Les anglicismes se dégustent au ralenti,  comme le mot fan-club : « association de débiles à la gloire d'un faquin imbu qui n'en a rien à cirer » et photo-finish : « enregistrement qui permet de déterminer lequel des sportifs a pris la meilleure dope ». Dejaeger interroge ainsi notre quotidien et notre condition d'êtres post-modernes et tire à boulets rouges sur nos dérives, sur le racisme, la bêtise, la cécité du plus grand nombre. Si l'Histoire est désignée comme le « compte-rendu de toute la connerie de l'humanité depuis que l'homme écrit » et si le cadavre est la « forme la plus sympathique du con », si Dejaeger nous gratte jusqu'à nous faire mourir de rire, s'il bouscule notre vision erronée des choses dans une dérision implacable de nous-mêmes, c'est qu'il est grand temps pour nous d'apprendre un autre dictionnaire, celui qui serait le plus à même de générer notre énergie et qui nous ferait entrer dans un autre monde. Précipitez-vous sur le « Lexique d'anthropoclastie » d'Eric Dejaeger qui démontre son multiple talent d'homme debout et d'auteur !

21:35 Publié dans Lectures | Lien permanent