26/10/2006

Face aux murs

medium_miro22.jpgCe graphisme n'est pas un vulgaire graffiti tracé à la hâte par des mains anonymes, il s'agit du « Mur de la lune », un assemblage de plaques de céramiques fait par Joan Miró en 1958 sur un mur d'un bâtiment de l'UNESCO à Paris. A l'heure où les bus flambent à nouveau, il faut se demander si les murs ne sont pas aussi et surtout dans nos têtes. Trop de choses s'accumulent dans les médias qui ne mettent l'accent que sur les faits divers alors que la richesse est partout, enfouie, assourdie, dissimulée dans les esprits de chacun. Certains gestes démontrent une opposition radicale face à un ordre établi, engagé contre des individus dont il chercherait à nous convaincre de l'impardonnable nocivité. Or, et quelques soient les noms que l'on donne pour faire vite et marquer les esprits, ces adolescents, ces jeunes, sont surtout désorientés et livrés à eux-mêmes. Peut-être, beaucoup n'ont-ils plus de repères, préfèrent-ils utiliser la violence pour marquer inconsciemment un déficit d'attention, d'éducation et d'écoute ; certes des comportements extrémistes existent, oui la violence engendre un chaos et une peur qui font oublier les véritables carences, mais je ne peux m'empêcher de penser à l'extrême richesse potentielle qui attend dans les quartiers pour peu que l'on veuille un jour lui prêter attention. Les murs dans nos têtes sont engendrés par un quotidien qui ne parvient pas à mûrir et à sortir des ornières et du train-train, or tout prouve qu'un sursaut véritable ne peux venir que de la confrontation des idées, et celles-ci ne peuvent être exposées que par une autre attitude face à tous les problèmes. Mais les médias ne nous facilitent pas la tâche en occultant de façon obscène les données de la banlieue. La misère, la violence, le racisme grandissent et un ministre met de l'huile sur le feu en espérant que la flamme elle-même sera un contre-feu. La télévision que l'on regarde trois heures par jour, nous donne à voir un monde édulcoré où l'utopie de la publicité rythme la marche des cerveaux, rien ne filtre, pas de débats, pas d'idées, pas de coups de gueule, sauf quand ça crame, sauf quand un adolescent désorienté pense trouver dans la radicalisation un nouveau moyen d'être, tout pourrit en silence, en sous-sol, dans la rue. L'UNESCO aurait beaucoup de travail à faire ici, je crois. Et Miró pourrait venir barbouiller un autre mur. Il n'y aura jamais assez d'énergie véritable pour combler le déficit d'écoute et d'attention face aux problèmes qui sévissent dans les banlieues.

22/09/2006

CAF à gogo

medium_291328325_M.jpg

« Merci de préparer votre numéro d'allocataire ou une pièce d'identité », c'est ce qui est marqué à l'entrée de la Caisse d'Allocations Familiales. Alors, il faut entrer et crier : « - Je suis poète et je veux des sous car la poésie ça fait mourir de faim » ou encore : « - Je suis un dangereux délinquant alors il me faut des sous sinon j'irai casser les voitures » ou encore : « - Je supporte plus mes parents, alors il me faut des sous pour me payer une chambre à l'hôtel » ou encore : « - Donne-moi des sous sinon je nique ta mère » ou encore : « - Je voudrais des sous s'il te plaît pour partir aux Seychelles »... Notez que vous parviendrez mieux à vos fins en affichant un grand sourire cravaté avec attaché-case et Rolex en la jouant cool : « - Salut chérie, je voudrais des sous s'il te plaît ? » Notez encore que nos hommes politiques ont bien compris la solution en piquant directement dans les caisses. Mais si vous êtes pensionnaire à  Cachan, enfant d'immigré, si vous ne vous appelez pas Jean-Pierre mais Abdel et que vous avez beaucoup de mal à cacher un bronzage avantageux, ne vous inquiétez pas : la nouvelle inquisition est là pour faire la circulation et vous dire à quelle porte aller frapper : celle de l'ANPE ou bien celle du placard à balais sous la cage d'escalier. Et soyez tranquille : des sous, il n'y en aura pas pour tout le monde donc vous pouvez rêver du sommeil de bébé dans les draps de maman. Et si vous pensez qu'un lycée, une petite bourse et de belles considérations vont faire de vous un PDG, vraiment vous vous êtes trompé de continent. Ici, il faut jouer en bourse ou au Monopoly. Si vous avez le malheur de ne pas appartenir à la bonne catégorie sociale, l'oncle Sarkozy va s'occuper de votre cas et vous botter le derrière avec les félicitations du ministère et le mot au maton. C'est vrai, quoi ! Un peu d'ordre tout de même ! Y en a qui vont aller en prison à tour de bras ! Des sous... des sous... il y a pas marqué Crédit Mutuel là, non ? Et puis tout le monde au pas ! L'oncle Nicolas va vous botter le cul ! Ah, mais moi, je suis blanc avec un nom français, pas touche, hein ! Je suis né dans le trou du monde, moi, ici ! Alors, j'ai le droit de me pointer ici et de demander : « Des sous, s'il vous plaît, la bonne charité pour vivre et nourrir mes poissons rouges. » « - Bien sûr monsieur, je vous donne des petites coupures ou les billets de 500 ça vous va ? » (Je n'ai pas osé demander toute la caisse... il faut penser un peu aux autres tout de même.)

17/07/2006

14 pétards

Le château de Talmont St Hilaire était en feu ce 14 juillet. Franchement, que pouvait-il se passer d'autre qu'un embrasement du ciel de quelques minutes ? Tout cela serait passé inaperçu si deux vendeurs ambulants ne s'étaient permis d'illuminer le ciel avec leurs ampoules rouges, vertes, jaunes et bleues. Moi qui n'avais pas eu le temps d'acheter ma Barbe à papa, j'ai rempoché mon billet et laissé quelques amis engueuler vertement le cuisinier qui n'eut d'autre justification que de déclarer : « - Vous devez être fonctionnaire... je travaille, moi ! » L'excuse imparable a valu un dernier geste de dédain et nous nous sommes tous en allés avec nos souvenirs de lampes vertes, rouges et bleues. Bref, quand un feu d'artifice déclenche une telle frénésie, il convient mieux de rester chez soi, d'écrire un poème ou de regarder une rediffusion d'une série à la télévision. Les pétards mouillés n'effacent jamais l'amertume et le petit Quentin se souviendra longtemps de son premier feu d'artifice. Alors, quoi ! Le 14 juillet c'est la fête à la Barbe à papa, au nougat et aux bonbons Haribo ! Alors, vive les 14 pétards !

25/06/2006

Scary F1

Ayant tapé sur le Paris Dakar en janvier, je ne vois pas pourquoi je m'empêcherais de taper sur la Formule1 et de remettre une couche sur cette pratique hallucinante de stupidité et de bêtise. Chaque fois, on nous ressert le même tableau, départ en trombe de bolides aux volants desquels des individus sans cervelle se plaisent à atteindre des vitesses tout aussi surdimensionnées que leur ego, pour le plaisir narcissique de milliers de spectateurs attirés par le sex-appeal de la compétition et le vide absolu qui emplit leurs yeux quand un pilote arrive, à chaque tour, à passer devant eux. Il n'y a rien à dire de plus, la F1 se résume à cela, plus éventuellement les salaires en centaines de milliers de dollars par tête et les bénéfices prodigieux que rapporte chaque course à des individus dont on ne sait s'ils sortent d'un film de Mad Max ou d'un manège où tous auraient oublié leur cerveau. Car, quand même ! A qui bénéficie ce spectacle obscène relayé par les télévisions ? Quelle utilité pour le commun des mortels, celui qui souffre chaque jour pour amasser quelques dollars et qui voit passer devant ses yeux l'indifférence totale, le mépris et l'arrogance des "gens du Nord" qui décidément l'ont perdu depuis longtemps ? Aimer frétiller du dard au volant est une chose, relayer l'information par tous les médias possibles en nous bassinant le fessier à chaque flash télévisé en est une autre. Mais quoi... nous sommes à l'heure de la compétition, de la vitesse, du n'importe quoi au prix le plus cher. Rien à foutre des lois morales, de l'éthique, de la retenu ! Les gens crèvent, et alors ? Ca me concerne, moi, au volant de ma Ferrari ou de ma Renault ? J'y peux quoi ? C'est pas parce que je claque et que je flambe des millions de dollars au nez d'un éventuel spectateur à l'autre bout du monde que je suis un égoïste, un sadique et un pervers ! La remarque est imparable. Nous sommes dans la civilisation de la liberté à tout prix, nous avons torché nos états d'âme il y a bien longtemps. Et cet engouement que mettent les journalistes à nous commenter une course !... Bref, encore une fois je me sens vraiment un couillon à écouter leurs renvois intestinaux... et dire que moi aussi je conduis une voiture !

30/05/2006

Délit d'innocence

Pour les lois et les décrets, tu n'es qu'un numéro de formulaire perdu dans un dossier poussiéreux au troisième étage d'une préfecture. Pour un certain pouvoir, tu n'es qu'une étrangère et son enfant, quelque chose de pas commercial et de pas quantifiable, seuls mesurables sont le mépris et la haine que tu suscites autour de toi. Pour eux, ce sont des programmes politiques, des quotas à respecter... une certaine idée de la France, "profonde", "de souche", immaculée comme la neige au petit matin. L'heure est grave, car si de nouveaux tyrans parlent et vocifèrent, il y a beaucoup de monde, encore, pour les écouter. Il n'est pas besoin de carte pour faire de la politique. Il n'y a pas besoin de tenir de beaux discours pour se sentir engagé. Astrid-Mira a sept ans. Elle est née à Kinshasa au Congo, pays qui a connu une guerre civile faisant 3,8 millions de morts. Sa mère et elle se sont réfugiées en France en mars 2002. Astrid-Mira sait écrire. Comme d'autres enfants de sa classe immigrés en France, elle montre une grande motivation. Dans sa classe, un enfant lève le doigt même lorsqu'il ne sait pas la réponse, tellement il a envie, tellement apprendre dans son école est important. Mais toutes deux sont sans cesse menacées d'expulsion. On ne veut pas savoir, on ne signe pas les papiers, on a des ordres. Comme dans beaucoup de cas semblables, les enseignants sont les premiers à se mobiliser, quitte à se mettre hors-la-loi, à affronter la clandestinité. Aujourd'hui, les poètes s'en mêlent. Ce n'est pas seulement parce que cette situation est inacceptable, ce n'est pas un coup d'éclat ni une mode. Beaucoup de personnes sensées ne supportent plus le climat de haine, de rejet et de repli sur soi. Beaucoup ne supportent plus le silence face à des questions de justice, de paix et de développement économique. Plus que jamais, c'est l'engagement de chacun et la résistance qui auront raison de la misère. Une nation fliquée, immorale, sans rêves, sans élans vers les plus pauvres et les plus fragilisés est vouée à dépérir et à répéter les erreurs de l'Histoire. Prendre la parole, qu'elle soit poétique, politique, utopiste ou révoltée est urgent. Astrid-Mira n'attendra pas. Sans soutien, un jour, elle sera reconduite à la frontière, elle et sa mère ne seront plus qu'un numéro de formulaire dans un dossier classé, au troisième étage d'une préfecture.

01/05/2006

C'est la rentrée

L'école est la clef de voûte de toute la société. Lorsque j'étais adolescent, j'aimais par-dessus tout, dans un devoir de Français, l'exercice d'expression libre, avec toujours un thème imposé mais qui offrait plein de liberté. Avec trois ou quatre bouts de ficelles et un peu de mémoire, il était possible, quasiment, de refaire le monde. Ce que je n'aimais pas, c'était apprendre bêtement une leçon et la réciter, il me semblait que l'on voulait de toute force m'enfoncer quelque chose dans la conscience, alors que moi, ce dont je rêvais c'était de découvrir des territoires inconnus, à peine balisés. Plus tard, au Lycée, je me suis carrément perdu dans mes délires, le petit garçon sage et attentif était devenu un météore, un atome fou qui n'obéissait qu'à sa propre logique ; je me cassais la tête sur des devoirs, je n'avais pas trouvé la bonne étincelle. J'ai sûrement pris tout ce qui m'intéressait et puis je me suis débarrassé de tout le reste. Je crois que j'avais alors quelque chose à voir avec ces adolescents déboussolés et tombés dans la délinquance, même si moi je rêvais d'absolu et de changer le monde. Je pensais que l'école avait un pouvoir formidable mais qu'elle engluait les esprits fragiles en refusant méthodiquement l'expression de toutes les diversités : moi, je défiais les professeurs sans savoir où aller mais par le simple souci de protéger ma liberté, je n'avais que cette idée inconsciente et frontale et quand même, quand je me sentais perdu, je dormais sur mon pupitre, avec ce sentiment d'être là, malgré tout. Alors, les maths, le Français, l'Histoire-Géo, je ne les suivais qu'en diagonale, j'étais bien trop occupé à rêver à la fenêtre. Alors, si on me demande aujourd'hui à quoi ça sert l'école, je dis que l'école c'est tout et que l'on y emmène sa vie dans son cartable. Le malheur, c'est qu'aujourd'hui on est pas capable d'y retenir un enfant, de lui montrer ce qu'il y a de merveilleux dans le fait d'étudier, de réfléchir. On enferme les idées dans des oppositions formelles et on clôt les débats avant de les avoir entamés. On voudrait imposer une norme pour tous. On crée des enfants perdus, défiants, violents. Alors, c'est quoi l'école, c'est quoi la société ? C'est quoi être élève à Clichy, à Ivry, à Sarcelles ? On veut quoi dans la tête des enfants ? Bah, moi j'ai fini mes devoirs, j'ai fini d'étudier Baudelaire dans tous les sens. Je ne serai pas le dernier à rendre ma copie.

27/04/2006

Curriculum vitae

Il y a des choses que l'on doit dire, et puis, on peut se résoudre à partir. Parmi ces choses, que nous ne sommes pas sur terre pour nous laisser aliéner  dans des occupations bas de gamme qui ne riment à rien, ne signifient rien. Je pense à cette repasseuse dans mon supermarché... comment peut-on répéter tous ces gestes à longueur de journée sans broncher, sans faiblir ? Jadis, c'était le Goulag... aujourd'hui c'est encore "travailler plus pour gagner plus". Y a-t-il une limite acceptable ou c'est comme ça jusqu'à la fin ? On doit pouvoir travailler pour gagner son argent, satisfaire ses besoins journaliers et permettre ses loisirs, mais c'est quoi vivre, prendre le temps de se poser, respirer ? La plupart des gens sur la terre gagnent à peine de quoi survivre, quelques euros arrachés à force de sueur dans des travaux pénibles. Ici, les travailleurs mettent la même énergie à assurer une vie qu'ils veulent meilleure et c'est bien légitime. Le problème, c'est que les inégalités sont croissantes et abyssales entre les individus et les nations. A temps égal, les revenus entrent dans des ordres de grandeur incommensurables. Le rapport au travail ne serait-il pas alors celui du rapport à la richesse ? Il y a une question qualitative quant aux valeurs que nous donnons au travail. Quelle vie voulons-nous vivre ? Quelles richesses voulons-nous acquérir ? Que sommes-nous prêts à sacrifier pour les obtenir ? Quelle est la finalité de tout cela ? Le travail doit être une valeur partagée entre les hommes. Puisque tout est une question de flux d'énergie, inévitablement se pose le problème du partage des richesses et des ressources de la terre. Cette question de posera de façon encore plus croissante alors que les ressources sont surexploitées et que les besoins élémentaires sont de plus en plus difficiles à résorber. Ainsi, c'est tout simplement les valeurs que nous donnons à la vie qui se jouent dans la question du travail. Chaque geste porte en lui une motivation qui n'est jamais anodine. Libre à chacun de rêver de son propre cheminement de vie, d'avoir des désirs et des aspirations essentielles. Libre à chacun de se situer dans la vie. Il y a des choses qui doivent être dites avant de partir.

11/04/2006

On dirait le Sud...

Si vous êtes le patron de "Mittal Steel" et que votre chiffre d'affaire dépasse les 32 milliards de dollars, si vous êtes le premier producteur d'acier, si vous décidez de lancer une OPA contre le second "Arcelor" pour 18,6 milliards d'euros, en essayant de grignoter les marchés mondiaux afin d'étendre votre hégémonie, et si vous prenez le luxe de marier votre fille en louant Versailles, Vaux-le-Vicomte, les Tuileries et le Parc de Saint-Cloud, c'est que nous n'avons pas les mêmes valeurs. Nous sommes dans une ère où le pouvoir économique des puissants ignore les nations les plus pauvres, réduites à racler les fonds de tiroir d'un ordre mondial qui semble avoir perdu la raison. Les chiffres d'un rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement datant de 1998 sont éloquents : « Les avoirs des 84 personnes les plus riches dépassent le produit intérieur brut de la Chine (1,2 milliards d'habitants). Les 225 personnes les plus riches disposent d'une fortune équivalente au revenu annuel cumulé des 47% d'individus les plus pauvres de la planète, soit plus de 3 milliards de personnes. A l'échelle mondiale, les 20 % d'êtres humains vivant dans les pays les plus riches se partagent 86 % de la consommation privée totale. Par ailleurs, ces 20 % sont responsables de 53 % des émissions de dioxyde de carbone. » La consommation effrénée est le propre des pays industrialisés qui exploitent les richesses mondiales : « Ces 20 % les plus riches consomment 58 % du total de l'énergie mondiale, 84 % du papier utilisé dans le monde et possèdent 87 % des véhicules circulant dans le monde. » Quant à la déforestation, elle touche avant tout les pays en développement : « La demande de bois et de papier a respectivement quadruplé et quintuplé depuis 1950 et plus de la moitié du bois et près des trois quarts du papier consommés dans le monde le sont dans les pays industrialisés. » Enfin, « dans les quelques 70 pays où vivent près d'un milliard de personnes, le niveau de consommation est aujourd'hui inférieur à ce qu'il était il y a 25 ans. » Alors si vous décidez d'offrir à votre amie le nouveau téléphone "Vertu Signature Diamond", en or 18 carats, incrusté de diamants pour 33 000 euros (platine) ou 37 000 euros (or), c'est que vraiment, vraiment, nous n'avons pas les mêmes valeurs.

02/04/2006

Unis-Cité

En temps de crise, dans toutes les situations de troubles, il y a toujours un sentiment qui réapparaît : celui que les choses ne sont pas figées, qu'il n'y a pas de fatalité dans le malheur. C'est ainsi que l'on grandit, que l'on prend la mesure du débat démocratique et que la révolte devient une façon de vivre. Parce qu'il y a un grand "foutage de gueule" de la part de ceux qui sont sensés nous représenter, parce qu'on ne saurait laisser aux seuls tenants du capitalisme le droit de gouverner nos vies, l'engagement est de plus en plus nécessaire. C'est ce qui fera la différence et empêchera que l'avenir soit un désert stérile. Et dans ce domaine, toutes les actions significatives sauront trouver les échos indispensables. Il y a ici de quoi remplir toute une vie et de quoi donner un sens à ce qui n'en a pas. Ce n'est pas seulement un mode de vie, c'est aussi une façon d'être. Ne croyez donc pas ce qu'on vous raconte dans les sphères autorisées. Ne croyez pas que l'esprit n'a encore rien à faire dans votre vie et qu'il faille se soumettre. L'imagination sans borne, la faculté à se projeter est le propre de la jeunesse. L'hebdomadaire "La Vie" avait rappelé sa volonté d'un "service civil" et Monsieur Jacques Chirac l'avait largement appelé de ses vœux en novembre 2005 lors de la crise des banlieues. Un principe largement plébiscité par les jeunes, convaincus qu'il faille dès à présent s'engager et que changer la vie est une affaire de chaque instant. S'engager auprès des démunis, imaginer de nouveaux réseaux économiques susceptibles de rencontrer des besoins chez les personnes oubliées et mises à l'écart de la société, conduire des réseaux culturels dans les milieux qui en ont bien besoin, toutes ces activités se développent par exemple par l'action de l'association "Unis-Cité" qui existe depuis 1994. Il faut que l'actualité soit brûlante, que les malaises s'expriment pour qu'enfin on veuille reparler d'actions méconnues jamais relayées dans les médias. Mais quoi ! Tant que l'avidité gouvernera le monde et que les pouvoirs seront échus à quelques-uns, notre paysage intellectuel sera toujours limité par ceux qui se cachent derrière l'épaisseur noirâtre de leurs fumées. Parce que l'avancée vers la lumière ne va pas de soi et demande un effort de la part de tous ceux qui sont concernés, elle ne se fera qu'au prix de longs débats démocratiques. L'urgence de la parole, peut-être, rompra la cécité qui nous mène au tombeau.

28/03/2006

ANPE quiz

Vous êtes au chômage, vous vous êtes fait renvoyer de votre entreprise à cause de votre tempérament révolutionnaire, vous êtes maintenant à la rue car les loyers sont trop chers, vous n'avez pas économisé à la Caisse d'Epargne et vous êtes sans aucune chance de retrouver un travail, cette solution est pour vous ! Venez jouer à "Qui veut gagner des millions?" Jean-Pierre est un type sympa qui saura vous étonner et révéler en vous le futur héros, la future vedette qui atteindra le million au terme d'une bataille frénétique qui entrera dans les annales de la télévision. Oubliez vos banderoles cousues dans les draps de maman, enfilez votre cravate, ayez un moment l'air PDG, dans l'air du temps, votre culture générale va faire de vous un millionnaire ! Pas compliqué : répondez aux questions vachement complexes de notre père télévisuel à tous et dégagez vos adversaires en poussant comme un malade le buzzer et les touches de votre écran tactile. Vous, le livreur de pizza, l'employé des PTT, le smicard vous allez enfin vivre la grande vie grâce à l'écran de votre télévision. Ah! Les vacances au soleil, les parties de "beach ball", la drague dans les plus belles îles de l'océan Pacifique... Finis les petits boulots, l'angoisse de la retraite, finies les allées et venues à l'ANPE, finis la voiture qui ne démarre pas et les doigts gelés le matin en hiver, fini d'angoisser pour boucler les fins de mois... les doigts de pieds en éventail, pénard ! C'est vrai, que peut-on attendre de la télévision sinon d'y gagner un peu de pognon, en y faisant comme tout le monde, la queue pour jouer à "Qui veut gagner des millions" ? Ben, je sais pas. Moi, je me régale de mes séries américaines et de mes feuilletons français, je me nourris de pubs, je me délecte des infos de Jean-Pierre Pernaut, je me réjouis d'être au courant de rien sur rien, je me réjouis quand le haut-parleur couvre les bruits de la mobylette qui démarre en bas de chez moi... Je me réjouis que mes voisins soient incultes, je serai le seul à gagner des millions ! Le pire, ça n'est pas que le monde va mal, que la société angoisse de son avenir, c'est que tout simplement les gens soient tous pareils à vouloir gagner des millions.

Toutes les notes