22/06/2005

Marché de la poésie

Début d'été sur les chapeaux de roue puisque se déroule le marché de la poésie place Saint Sulpice dans le sixième arrondissement à Paris. C'est tout droit, vous pouvez pas vous tromper. Mot à Maux s'absente donc quatre ou cinq jours, le temps de faire le plein de poésie.

19/06/2005

La Nouvelle Revue Moderne

Le numéro 2 de Mot à Maux n'est pas encore sorti (mais ça ne saurait tarder) que La Nouvelle Revue Moderne n°12 présentée dans la Revue des Revues à venir est déjà archivée sur son site. Le numéro 13 vient de sortir. C'est dire l'intense création de la revue. Occasion de constater à nouveau que la poésie sera toujours "en avant", en avance sur elle-même, sur le temps, sur la vie même. On ne saurait encore répéter l'importance de la lecture de ces publications écrites sur du vrai papier, avec de l'encre véritable ; un livre, une revue, s'emmènent partout, au café, à la plage, au jardin public, ce sont les étincelles qui, à un moment donné, peuvent changer votre vie, la diriger irrémédiablement vers une autre direction. Restons attentifs à l'effervescence du support écrit, à la veille d'un été plus que jamais poétique considérons l'émulation, les rencontres et les échanges que permet la poésie, c'est-à-dire la vie, considérons que la création est au service de notre activité, et non le contraire, la poésie est ce qui doit rendre la vie plus intense, elle est une recherche de sens et une façon de ressentir la révolte. La lecture et l'écriture sont des moyens d'assimiler cette révolte. Considérons que l'écrit est un champ de bataille, que la paix de l'âme et du monde est un combat contre le désespoir. Lire, écrire sont des actes politiques. Un moyen de vivre l'existence. Lire une revue engage. Envoyer un poème engage. C'est notre façon à nous de demeurer vivant. Sur le site de la NRM, il se passe quelque chose. La poésie et la réflexion sont au service de l'action. Il est possible de consulter les archives des anciens numéros, d'apprendre et de réfléchir, de découvrir la vaste iconographie et même de s'abonner. Un geste qui ne saurait rester anodin. Tendons les liens qui devraient nous réunir.

13/06/2005

"Eglogues printanières", Jean Dif

Dans "Eglogues printanières" Jean Dif nous emmène au-delà de nos murs, dans un coin qui pourrait être partout et qui nous dit qu'il existe un autre ailleurs où le rythme de la vie est bercé par une autre nature, bien loin du béton et du vacarme du métro. Ces petits poèmes pastoraux nous chantent le temps d'un printemps la féerie de germinal, l'épanouissement de floréal, la douceur prairiale et cultivent en nous les Versets du potager, autant de moments pour dire une nature foisonnante emprunte d'une âme qui s'insinue de la terre à la cime, dans toutes les feuilles, sur les pétales des plus belles fleurs. La nature entière est généreuse, vie, sens et symboles, ainsi "La sève est l'ascenseur des sources" ; "il est des fleurs pareilles à des bougies / qui retiendraient leurs larmes". Mais la poésie n'est pas "une dent de sagesse", la nature dans toute sa beauté nous rappelle que l'être est fragile : "Diamant reflet du vide / lucidité de l'obscur / sous la dureté la blessure". "La mort traite l'homme en fourrage" et il a droit à plus de compassion. Comme le jardin qui prospère, l'homme est en attente de désirs et de vie. Jean Dif nous dit : "Le baiser est une blessure qui se ferme". La nature est bien plus qu'un écosystème, elle est la prospérité du sens et l'expression de la vitalité de l'homme. Derrière chaque arbre est un être, derrière chaque mot est un sens. Et comme il est dit : "En s'absentant de soi on gagne en plénitude / tel est l'enseignement du parfum de la fleur / même la plus infime."

Encres Vives / collection Encres Blanches / éditeur : Michel Cosem, 2 allée des Allobroges / 31770 Colomiers / mars 2005.

11/06/2005

Traction-Brabant 7

« La poésie n'est pas chose marrante » nous dit Patrice Maltaverne, rédacteur en chef de la très désorganisée revue Traction-Brabant. Magnifiquement protégée par un papier calque qui lui donne un aspect particulier et précieux, la revue ornera impeccablement votre bibliothèque. Si la pagination a volé dans tous les sens, les "pohèmes" (sic) eux sont bien présents pour nous dire qu'il convient de se méfier des produits trop bien manufacturés, des vérités polies et de l'ordre établi. Un acte politique donc, qui explore les vérités et les insuffisances du langage. Si les illustrations sont laides, c'est parce que « La réalité n'étant pas toujours bien belle » montrer parfois les choses permet de s'en extirper. Un regard donc, comme un cri, un défit qu'avec un minimum de moyens et un peu de témérité on puisse rivaliser de conviction avec les plus prestigieuses publications. Parce que certains discours se perdent en sens, que d'autres sont édulcorés, Traction-Brabant revient à une vérité simple, dépouillée. Comme le dit Régis Belloeil : « L'expansion se fait dans le chaos. Aussi difficile d'oublier que de faire semblant d'exister. Le bonheur est enterré trop profond mais. Un ray de lumière noire me guide follement vers l'origine du sens . » et plus loin : « Fuyons les prophètes du bonheur marchand, fossoyeurs d'une pureté sans laquelle la traversée de l'existence s'apparente à. (...) A quel ministère adresser ma demande en trois exemplaires. / D'un semblant de vie meilleure ? » Exorcisme donc. Volonté de détruire mais de construire aussi. « En cas de danger / tirer la poignée », c'est bien cela que nous propose Traction-Brabant d'un ton volontairement accrocheur afin de mieux nous alarmer des perversions d'une certaine société. Et comme conclue Didier Trumeau : « Plus c'est plein moins c'est vide alors ils n'ont plus de place pour mettre le plein et c'est bien triste car le plein cela fait moins vide ». Une histoire de fous pas si folle que ça si l'on se penche avec attention sur les pages de Traction-Brabant.

10/06/2005

"Corpus", Jean Gédéon

En ces temps d'examens du baccalauréat, Mot à Maux inaugure sa rubrique consacrée au comptes-rendus de lectures. Emmanuel Berland me propose avec amitié le dernier Hélices, « Corpus » de Jean Gédéon. Ainsi le mot est-il défini dans le Larousse : « corpus : Ensemble de documents servant de base à la description ou à l'étude d'un phénomène. » Il est aussi un « Recueil concernant une même matière. » Il va sans dire que toute lecture est une interprétation. L'éclairage suivant m'est tout à fait personnel. Si le poème fait appel à la sensibilité de chacun il en exprime quand même une vérité commune. C'est avec cette conviction que j'ai lu ce recueil. Ici le poète rêve plus qu'il n'est « Dans les lueurs intermittentes / de la folie ordinaire. » Il inspecte son âme... Si l'homme est hanté par les monstres il est aussi un ange dont l'élévation est sans cesse menacée par la chute. L'être assiste à son propre sommeil, s'il rêve « de calme et de sérénité », il est aussi celui où se noient « dans l'antichambre les rêves du passeur. » Face à la mort et à ses mystères l'écriture poétique est la seule capable de maintenir l'élévation. A travers l'utilisation des symboles, Jean Gédéon redéfinit l'espace de la vie quotidienne, redessine les cartes de l'imaginaire et permet l'expression d'images étonnantes : « L'air agité de branches frissonne en toi / comme une fièvre. » ; « Avant d'un dernier souffle éteindre la bougie » ; « Et tu envies les morts à l'ombre des platanes. » Etre enfin lui-même est le rêve du poète, est-ce un rêve impossible ? Face aux explosions du soleil, aux coups de foudres, à l' « Oublieuse mémoire » le poète est celui dont les mots permettent de marcher vers la lumière. Dès lors, il est celui qui « Cherchant ce talisman qui ouvre la porte de l'invisible » est capable de parvenir à « l'ultime diérèse », à la réalisation du Corpus.

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09/06/2005

Ca CASSE...

 

CASSE la revue de Jean-Jacques Nuel a disparu en décembre 1996 après 21 numéros. Mot à Maux en a récupéré 3 exemplaires. Vous ne la connaissiez pas, moi non plus ! Et pourtant il est toujours plein d'enseignements de reconnaître qu'une revue vit et meurt. Savoir ce qui a fonctionné et ce qui est à regretter peut éviter de commettre les mêmes erreurs. Nous ne sommes là que pour un temps, celui qui ne sait pas qu'il va mourir très bientôt ne rate-t-il pas les priorités ? Faisons-nous les mêmes choses à partir du moment où nous nous savons mortels ? Tous un jour... Et il convient de savoir quelques choses essentielles. Les revues sont l'outil idéal pour la promotion de la culture et de la littérature. Ce lieu d'échanges et de découvertes est celui qui éduque, renseigne, suscite. Transmettre un savoir est en quelque sorte un des buts de la revue. Outre présenter de très bons textes en s'adressant à un public déterminé, la revue ouvre les yeux sur ce qui se passe autour d'elle, d'essentiel, de formidable, de révolutionnaire. La revue CASSE a disparu à la "fin de la grande époque de la revue papier" (JJ Nuel), mais d'autres continuent. Je ne sais pas, je n'ai pas vécu cette époque. J'ai commencé à ouvrir les yeux à partir du moment où je me suis rendu compte que la revue était ce qui pouvait le mieux rendre compte de l'écriture, de la réalité et ce qui pouvait le mieux exprimer des valeurs. La revue c'est avant tout le lecteur. C'est la capacité à s'extirper de soi-même, à se consacrer aux autres, à réalisé que nous sommes faits de toutes les richesses qui sont autant d'individus. La capacité à porter un regard. Aujourd'hui Internet change la donne. Nous ne sommes plus soumis à une vérité unique, à des mensonges organisés, nous tenons en main un morceau de notre destinée. Libre à chacun de s'exprimer, de rencontrer ailleurs et sur un même espace de nombreuses autres singularités. Nous formons la toile, nous sommes une pensée en mouvement. Dans l'uniformisation, la morosité et l'indifférence, chaque voix est essentielle. Mot à Maux ne serait pas là sans l'espoir de rencontrer ces autres individus, sans la conviction que les atomes sont faits pour graviter autour d'un même point central, le noyau. Aujourd'hui le noyau est composé de notre expérience, de nos convictions et de notre désespoir. Le noyau est une vie, qui cessera, qui sera remplacée par une autre vie, et ceci indéfiniment. Casse a disparu en 1996, combien de temps vivra Mot à Maux ?

08/06/2005

Emaux...

Continuant l'exploration de la mystérieuse essence des mots, voici quelques réflexions de Sandrine Bettinelli. Après son poème "Le bijou" paru dans le numéro 1 de la revue, Sandrine continue de mettre les maux en mots. Ils sont tout ce qui nous entoure et le poète a le pouvoir de les saisir... parfois, car ils sont insaisissables... Et si nous n'étions pas là, les mots le seraient-ils ?


"Je voudrais laisser des mots dans l'air comme on souffle les cheveux d'ange d'un pissenlit.

N'accorder aucune importance à leur voyage....

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Si tu me donnes une histoire, je tisserai ses fils pour t'en faire un collier.

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Du bout des dents, arracher à la vie de quoi pouvoir la raconter.

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Les mots sont

émotion.

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Un mot, juste un, sur mes lèvres.

Retiens-le.



Un mot, juste un, sur tes lèvres.

Lèche-le, goûte le, mords le, aime-le !

Maintenant seulement il est à toi.


Alors, donne-le." (Sandrine Bettinelli)

 

04/06/2005

Les mots sont...

C'est avec joie que j'accueille cette réflexion de Cathy Garcia qui a bien voulu répondre au difficile exercice du sujet imposé. "Que sont les mots pour vous ?" voilà une question pas si facile pour un sujet difficile. Cathy Garcia nous résume ainsi sa pensée :

"Pour moi les mots sont des perles dont on peut faire de beaux colliers, les mots sont des lames qui peuvent laisser des traces, de profondes estafilades, mais les mots sont aussi des baumes qui soignent le coeur et l'âme, les mots sont des véhicules non polluant, les mots sont des bombes à explosion différée, parfois même des mines anti-personnelles, les mots sont des animaux parfois dociles, parfois indisciplinés, et les auteurs d'étranges bergers. Les mots sont des points, de vue, de croix, de suture, les mots sont des fils conducteurs qui peuvent nous égarer, les mots sont des bonbons qui fondent dans la bouche, les mots sont parfois trop salés, les mots sont des perches, des tentatives pour se relier, se dire, se comprendre. Les mots sont ce que l'on veut qu'ils soient, mais souvent ils nous échappent. Et souvent, ils n'y sont pas quand l'essentiel est à dire. Les mots sont des bouts de bois, des cailloux, des ficelles avec lesquels se construit l'humanité. Les mots sont étranges, les mots sont le résultat d'une orgie de lettres. Les mots sont musique, ils chantent et enchantent. Et parfois ils tuent aussi."

02/06/2005

Monde cruel !

La politesse se perd. Le respect est une valeur en voie de disparition. J'ai quelques exemples ces jours-ci sur le Web, tant il est vrai qu'on peut y faire de mauvaises rencontres. Un blog d'abord, qui monopolise pas mal l'attention autour du référendum. Je me suis posé comme règle de ne pas parler politique, pas de la façon dont on en parle généralement, donc j'ai préféré me taire et ne pas entrer dans le débat, de toute façon que puis-je dire ? J'ai bien conscience que les véritables questions sont peut-être ailleurs. Et puis, une insulte sur une poète amie et revuiste qui fait sérieusement son travail, une bêtise plutôt, mais qui révèle à quel point la haine peut être dévastatrice. Je ne parlerai pas de politique mais il se peut qu'à un moment je dise les valeurs qui me paraissent essentielles et qui dépassent le vulgaire champ d'un oui et d'un non. Par contre je peux parler du travail de revuiste et dire que ce n'est pas facile, que chacun mérite d'être encouragé. Un éditeur renommé m'affirmait avoir reçu des lettres d'insultes, le net permet tous les excès lui aussi et certains ne s'en privent pas. Il y a tout, du bon, du mauvais. Chacun peut s'exprimer, on considère enfin que chacun dans ses propres particularités est important, qu'il peut amener ce qu'il est réellement et ce dès maintenant. C'est l'individu qu'il convient de mettre au premier plan et non pas le système de la haine et de la frustration. On peut dire que chacun peut apporter ce qu'il est, pour peu qu'il se donne la possibilité de croire et d'espérer, et ce ne sont pas les extrêmes qui apportent quoi que ce soit de bien en poésie comme en société.

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