27/04/2006

Curriculum vitae

Il y a des choses que l'on doit dire, et puis, on peut se résoudre à partir. Parmi ces choses, que nous ne sommes pas sur terre pour nous laisser aliéner  dans des occupations bas de gamme qui ne riment à rien, ne signifient rien. Je pense à cette repasseuse dans mon supermarché... comment peut-on répéter tous ces gestes à longueur de journée sans broncher, sans faiblir ? Jadis, c'était le Goulag... aujourd'hui c'est encore "travailler plus pour gagner plus". Y a-t-il une limite acceptable ou c'est comme ça jusqu'à la fin ? On doit pouvoir travailler pour gagner son argent, satisfaire ses besoins journaliers et permettre ses loisirs, mais c'est quoi vivre, prendre le temps de se poser, respirer ? La plupart des gens sur la terre gagnent à peine de quoi survivre, quelques euros arrachés à force de sueur dans des travaux pénibles. Ici, les travailleurs mettent la même énergie à assurer une vie qu'ils veulent meilleure et c'est bien légitime. Le problème, c'est que les inégalités sont croissantes et abyssales entre les individus et les nations. A temps égal, les revenus entrent dans des ordres de grandeur incommensurables. Le rapport au travail ne serait-il pas alors celui du rapport à la richesse ? Il y a une question qualitative quant aux valeurs que nous donnons au travail. Quelle vie voulons-nous vivre ? Quelles richesses voulons-nous acquérir ? Que sommes-nous prêts à sacrifier pour les obtenir ? Quelle est la finalité de tout cela ? Le travail doit être une valeur partagée entre les hommes. Puisque tout est une question de flux d'énergie, inévitablement se pose le problème du partage des richesses et des ressources de la terre. Cette question de posera de façon encore plus croissante alors que les ressources sont surexploitées et que les besoins élémentaires sont de plus en plus difficiles à résorber. Ainsi, c'est tout simplement les valeurs que nous donnons à la vie qui se jouent dans la question du travail. Chaque geste porte en lui une motivation qui n'est jamais anodine. Libre à chacun de rêver de son propre cheminement de vie, d'avoir des désirs et des aspirations essentielles. Libre à chacun de se situer dans la vie. Il y a des choses qui doivent être dites avant de partir.

23/04/2006

Mot à Maux n°5

Mot à Maux version papier devient semestriel (juin et décembre). Après quatre numéros sur les chapeaux de roue, la petite revue anthologique née en mars 2005 voit grand et prend un format A4. Mot à Maux a publié de jeunes auteurs pour leur première fois ainsi que de plus anciens, déjà rôdés mais néanmoins novateurs. La revue reste relativement confidentielle, comme l'est la poésie dans notre société. La poésie vit cependant et c'est l'essentiel. Si l'on aimerait qu'elle soit plus présente dans nos vies, il faut considérer que c'est la parole qui devrait avoir plus de présence dans nos vies ! Le combat pour la poésie est aussi celui de la parole. Ce n'est pas grand chose, certes, mais enfin ! C'est tout ce que nous avons, et c'est déjà pas si mal. Le  numéro 5 de Mot à Maux est donc prévu pour juin et vous pouvez encore me faire parvenir vos textes via mon adresse électronique. Je lis poèmes et proses avec plaisir et si je dois choisir bien évidemment ce n'est qu'en pure subjectivité. Quant à moi, je me suis remis à la peinture (même si je ne suis pas là pour raconter ma vie) et le petit garçon fait des progrès...  

N° : 4 euros. Abonnement : 8 euros (2 numéros). On peut toujours commander les anciens numéros. (Par mail SVP).

20/04/2006

"Pour ma mort"

Si on me demandait quel est l'élément central qui a déclenché ce besoin en moi d'écrire, je dirais sûrement que c'est ma propre mort. Pas celle qui viendra dans quelques années à la fin de cette vie, mais ce séisme qui m'a emmené un 7 octobre 1991, pendant la nuit. Depuis, je n'ai cessé de chercher à comprendre et d'user de ma position dans le ciel pour décrire ce que je voyais. Possible de relater des évènements d'un point de vue un peu élevé, impossible de s'extraire soi-même de cette position, cette course sans fin nous rapproche de l'absurde. Ecrire, c'est un peu ça. C'est user de cet absurde, quand même. "Pour ma mort" condense une expérience que chacun a vécue ou vivra un jour. Pour moi la vie et la mort se confondent depuis cette fameuse date, je ne sais plus ce qu'est la vie, la saveur de se promener sur la plage au soleil. "Pour ma mort" parle d'une mort passée, c'est un peu mettre une plaque sur une tombe pour se recueillir devant un être aimé. C'est aussi un acte de foi. Personne ne me dira ce qu'est la vie, ce qu'est la mort. Et personne ne m'enlèvera de la tête l'idée que je suis mort. "Pour ma mort" parle donc d'une mort survenue au cours de la vie et qui se prolonge. La vie est suffisamment merveilleuse et extraordinaire, les certitudes passées sûrement insuffisantes, nous pouvons nous laisser aller au mystère. Si vous décidez de lire "Pour ma mort", vous n'aurez aucune réponse. La vérité si claire est pourtant si fugitive ! J'ai posé cependant comme acte de foi cette contradiction immense, cette sensation tenace ! Après tout : "Mon au-delà n'a jamais été qu'une tombe vide sous un soleil."

On peut commander ce recueil sur le site des éditions Poiêtês.

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17/04/2006

NGC 584

Comme l'histoire de la Terre, la vie est faite de temps différents qui se succèdent. La poésie est un temps, elle aussi. Comment naît-elle, vit puis meurt... nul ne le sait. Nul ne connaît les réponses ; nous ne faisons que traverser la vie dans des dimensions multiples et variées. La vie est comme un arbre dont les racines plongent dans un passé tumultueux, fortifient les branches... nul ne connaît le destin des arbres. Tout est dans la croissance renouvelée du végétal. En regardant la mer, imagine-t-on que cette eau est venue de centaines de millions d'années, apportée vraisemblablement par des météores ? Imagine-t-on l'éternité qu'il a fallu pour former les premières bactéries, les premiers organismes ? Et maintenant on pourrait tout saccager simplement en claquant des doigts ! N'est-ce pas effrayant ? Regarder à court terme c'est oublier les miracles qu'il a fallu pour que nous soyons au monde. C'est vertigineux. Alors, un poème, c'est tout simplement parier un instant sur quelque chose de merveilleux dans nos vies. C'est s'affranchir d'une aliénation, de cette tendance à s'emballer pour des choses désuètes et sans valeur. Quelles priorités donnons-nous aux choses ? Quelles sont nos attentes, nos envies ? Dans ce temps si court qu'est la vie, que voulons-nous transmettre à nos enfants ? Que souhaitons-nous, simplement, comme vie ? L'histoire humaine s'exprime dans la poésie, ce moyen privilégié que nous avons pour nous élever un peu des marasmes de notre quotidien. Enlever cette énergie, ne pas regarder autour de soi, c'est scier l'arbre à la racine ! L'histoire de la Terre remonte à des temps immémoriaux, la vie s'écoule d'une façon condensée depuis des millénaires, nul ne sait quelle sera l'irrémédiable fin.

13/04/2006

L'absolu, quand même

C'est un peu l'effet des temps, Mot à Maux s'est attaché à être au plus près de l'actualité. Pour ceux qui prendraient le train en route, il s'agit bel et bien d'un blog consacré à la poésie. Mais les notes présentes ne sont pas de la poésie : des articles de presse ? oui, peut-être. La poésie part d'une aspiration irrationnelle à se situer dans le monde, elle est déterminée par des manques, une impossibilité à se passer des mots, à échapper à soi-même aussi. Un article, quant à lui, échappe à toute détermination. Parce que certaines questions resteront à jamais sans réponse, il est bon, quand même, de chercher à comprendre, d'apaiser l'agitation qui naît du sentiment de l'absurde. Lorsqu'un individu ou un peuple décide de prendre la plume, c'est parce que ce besoin est irrépressible, qu'il concerne soi et l'avenir. La poésie, ainsi, sera toujours l'expression de la révolte et de la liberté. Elle se confondra avec le journalisme, avec l'engagement politique et les aspirations sociales. Ecriture-artisanat, mouvement d'insecte, il y a quand même dans la poésie ce cri silencieux, ce manque fondamental de réponses. Je l'éprouve, chaque jour au cœur de ma vie. Un manque comblé par cette recherche incessante ! Mais puisqu'il faut bien se résoudre à abandonner les réponses, continuons sur ces chemins multiples, les séparations entre les disciplines ne sont qu'un voile transparent et mensonger. Je continuerai à m'attacher au monde qui m'entoure. C'est ainsi que je peux, un instant, faire reculer l'absurde. C'est ainsi que je peux, un instant, me rapprocher du mystère du monde.

11/04/2006

On dirait le Sud...

Si vous êtes le patron de "Mittal Steel" et que votre chiffre d'affaire dépasse les 32 milliards de dollars, si vous êtes le premier producteur d'acier, si vous décidez de lancer une OPA contre le second "Arcelor" pour 18,6 milliards d'euros, en essayant de grignoter les marchés mondiaux afin d'étendre votre hégémonie, et si vous prenez le luxe de marier votre fille en louant Versailles, Vaux-le-Vicomte, les Tuileries et le Parc de Saint-Cloud, c'est que nous n'avons pas les mêmes valeurs. Nous sommes dans une ère où le pouvoir économique des puissants ignore les nations les plus pauvres, réduites à racler les fonds de tiroir d'un ordre mondial qui semble avoir perdu la raison. Les chiffres d'un rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement datant de 1998 sont éloquents : « Les avoirs des 84 personnes les plus riches dépassent le produit intérieur brut de la Chine (1,2 milliards d'habitants). Les 225 personnes les plus riches disposent d'une fortune équivalente au revenu annuel cumulé des 47% d'individus les plus pauvres de la planète, soit plus de 3 milliards de personnes. A l'échelle mondiale, les 20 % d'êtres humains vivant dans les pays les plus riches se partagent 86 % de la consommation privée totale. Par ailleurs, ces 20 % sont responsables de 53 % des émissions de dioxyde de carbone. » La consommation effrénée est le propre des pays industrialisés qui exploitent les richesses mondiales : « Ces 20 % les plus riches consomment 58 % du total de l'énergie mondiale, 84 % du papier utilisé dans le monde et possèdent 87 % des véhicules circulant dans le monde. » Quant à la déforestation, elle touche avant tout les pays en développement : « La demande de bois et de papier a respectivement quadruplé et quintuplé depuis 1950 et plus de la moitié du bois et près des trois quarts du papier consommés dans le monde le sont dans les pays industrialisés. » Enfin, « dans les quelques 70 pays où vivent près d'un milliard de personnes, le niveau de consommation est aujourd'hui inférieur à ce qu'il était il y a 25 ans. » Alors si vous décidez d'offrir à votre amie le nouveau téléphone "Vertu Signature Diamond", en or 18 carats, incrusté de diamants pour 33 000 euros (platine) ou 37 000 euros (or), c'est que vraiment, vraiment, nous n'avons pas les mêmes valeurs.

04/04/2006

Ça ira !

Non, je ne vais pas parler de ceux qui se cachent derrière des idées de pouvoir et prennent pour alibi le fait de leur légitimité constitutionnelle, je ne vais pas parler de haute trahison ni de la sanction pénale encourue par un ministre qui appelle à ne pas appliquer une loi, je ne vais pas parler de trois millions de personnes qui manifestent dans les rues, je ne vais pas dire que devant tous les excès du pouvoir de l'argent il convient de reprendre les cartes en main et de porter un coup afin que toutes les forces vives s'expriment enfin, je ne vais pas dire qu'il est temps de revenir à des questions essentielles sur le devenir de nos sociétés et du monde... mais quand même ! Il est un temps où dire devient plus urgent que tout le reste.

Certains disent : "Un étudiant est fait pour étudier" ; "Un ministre est fait pour gouverner" ; "Le pouvoir doit être exercé par ceux qui le détiennent" ; "La jeunesse doit fermer sa gueule" ; "Passe ton bac, tu verras après" ; "Les jeunes sont des tas de faignants". D'autres disent les pires horreurs et, comme il est d'usage dans les milieux fascistes, stigmatisent une partie de la population. Tous voudraient revenir à l'ordre souverain, gommer les aspirations à la liberté, agrandir les prisons et multiplier les charters, construire de plus en plus de barrières entre les hommes et les civilisations. Tous pensent que les différences opposent au lieu de renforcer, qu'il faut revenir à un ordre où toute contestation soit irrémédiablement réprimée... Quel dégoût m'aspirent ces discours xénophobes et fascisants ! Alors que la liberté de chacun est dans le respect de la différence, dans l'acceptation de concepts nouveaux, raisonnés et motivés, qu'il est urgent d'ouvrir les bras au voisin, au frère, à l'opprimé, que rien ne justifie la haine et le mépris, il est encore urgent de ne plus se taire.

L'homme est l'homme, déraisonnable et méchant... et pourtant !

02/04/2006

Unis-Cité

En temps de crise, dans toutes les situations de troubles, il y a toujours un sentiment qui réapparaît : celui que les choses ne sont pas figées, qu'il n'y a pas de fatalité dans le malheur. C'est ainsi que l'on grandit, que l'on prend la mesure du débat démocratique et que la révolte devient une façon de vivre. Parce qu'il y a un grand "foutage de gueule" de la part de ceux qui sont sensés nous représenter, parce qu'on ne saurait laisser aux seuls tenants du capitalisme le droit de gouverner nos vies, l'engagement est de plus en plus nécessaire. C'est ce qui fera la différence et empêchera que l'avenir soit un désert stérile. Et dans ce domaine, toutes les actions significatives sauront trouver les échos indispensables. Il y a ici de quoi remplir toute une vie et de quoi donner un sens à ce qui n'en a pas. Ce n'est pas seulement un mode de vie, c'est aussi une façon d'être. Ne croyez donc pas ce qu'on vous raconte dans les sphères autorisées. Ne croyez pas que l'esprit n'a encore rien à faire dans votre vie et qu'il faille se soumettre. L'imagination sans borne, la faculté à se projeter est le propre de la jeunesse. L'hebdomadaire "La Vie" avait rappelé sa volonté d'un "service civil" et Monsieur Jacques Chirac l'avait largement appelé de ses vœux en novembre 2005 lors de la crise des banlieues. Un principe largement plébiscité par les jeunes, convaincus qu'il faille dès à présent s'engager et que changer la vie est une affaire de chaque instant. S'engager auprès des démunis, imaginer de nouveaux réseaux économiques susceptibles de rencontrer des besoins chez les personnes oubliées et mises à l'écart de la société, conduire des réseaux culturels dans les milieux qui en ont bien besoin, toutes ces activités se développent par exemple par l'action de l'association "Unis-Cité" qui existe depuis 1994. Il faut que l'actualité soit brûlante, que les malaises s'expriment pour qu'enfin on veuille reparler d'actions méconnues jamais relayées dans les médias. Mais quoi ! Tant que l'avidité gouvernera le monde et que les pouvoirs seront échus à quelques-uns, notre paysage intellectuel sera toujours limité par ceux qui se cachent derrière l'épaisseur noirâtre de leurs fumées. Parce que l'avancée vers la lumière ne va pas de soi et demande un effort de la part de tous ceux qui sont concernés, elle ne se fera qu'au prix de longs débats démocratiques. L'urgence de la parole, peut-être, rompra la cécité qui nous mène au tombeau.

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