30/08/2006
Sur la route
La préparation d'un voyage est toujours quelque chose de mystérieux, plus encore quand il s'agit de revenir sur les traces d'une quinzaine d'années. Je vais donc faire le grand saut dans le temps dès lundi à l'occasion d'un voyage thérapeutique qui passera par Jaunay-Clan pour ma part et quelques autres villes du sud-ouest en ce qui concerne mes compagnons de route. Pas des poètes, non, de simples passants qui ont eux aussi leur route, leur histoire, leurs problèmes et leurs rêves. Alors, c'est quoi quinze ans sur la route ? Il se passe quoi dans la tête quand on se souvient de tout ça ? Je sais pas. J'ai mis mes poèmes en ordre. Je me suis débarrassé des vieux papiers, des brouillons, toutes les ratures sont destinées à la cheminée, les ratés, les pas mûrs, les qui n'auraient jamais dû venir au monde. Tout est classé, là dans une boîte, tout ce qu'il ne faut pas oublier, ce qui devra un jour ou l'autre renaître dans une autre dimension. Au cas où le voyage n'aurait pas de retour, au cas où la nostalgie m'happerait trop férocement, avec ses griffes, ses gouffres, ses rancœurs. Ok, c'est du passé, du vécu, on ne refait pas le monde quinze ans après. Il ne se passera rien d'extraordinaire, c'est même ennuyant de prendre son sac à dos, la route pour des centaines de kilomètres... Quand même, je l'ai vécu tout ça, c'est là-bas, ce n'est pas si loin. Mort à dix-sept ans, traîner son cadavre dans toutes les directions, par tous les chemins, il reste forcément quelque chose de pas dit, de pas ressenti, quelque chose qui pourrit. Alors, je vais revoir le lycée, les rues de Jaunay-Clan, les chemins maintes fois arpentés, les routes, les lieux sombres. Et puis quoi... tout ça c'est de la pierre, du square, du café servi, de la clope avec les cheveux en pagaille et les idées directement issues d'une explosion souterraine ravageant en surface les immeubles et les constructions sur les jardins publics. Rue de l'Ormeau tu as vécu, rue de l'Ormeau tu t'en est allé. Et si tout devait sombrer dans l'oubli. Et si ta future tombe devait effacer cette certitude que tu as traînée avec toi, au lycée, à l'asile, à l'ombre des dunes, sur les pavés fermes des rues dégueulasses... C'est peut-être ce qui arriverait si je devais succomber aux trop nombreuses blessures, à un banal accident de la route, à une crise cardiaque. Alors, j'ai tout mis dans une boîte, tout est classé, étiqueté. Tant pis pour tout le reste. Dommage. Et puis, qu'est-ce que l'écriture ? Il y a la vie, la vie... Mort à dix-sept ans, c'est bien con quand même. Et puis, allez... il y a bien toujours une route. C'est ce qu'on va voir, c'est ce qu'il faudra bien voir. Et pourvu que je n'oublie pas ma brosse à dents.
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28/08/2006
L'O.S. des Lettres, Jean-Pierre Lesieur
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Ça y est, la fin du monde est prévue dans dix minutes ! Ouf, ah ben alors, je vais pouvoir souffler un grand coup !
Mais non, je blague, je suis toujours là, assis à mon clavier d'ordinateur, je commence même à apprendre les touches par cœur.
Fait les courses, passé devant la parfumerie (ça pue), devant le pressing (il est toujours là), entré chez le marchand de tabac... Pris sur la table du salon l'O.S. des Lettres de Jean-Pierre Lesieur.
Ce bouquin est extra. Une vraie perle de poésie. L'O.S. des Lettres, « C'EST LE POÈTE !!! », un gars occupé à son fourneau, qui ne rêve que d'embrasser la secrétaire de son patron, et dont les idées sont dangereuses. Un constat : « Jamais le poète n'a pouvoir de décision. On se demanderait bien d'ailleurs sur quoi. (...) On lui colle un vague droit à la participation, à l'actionnariat volontaire ou non, pour tenter de réformiser la poésie à l'école... » Bref, le poète est à la société ce que le fromage blanc est à une usine de retraitement de déchets nucléaires. Pas grand chose. Lui, puni par Dieu qui le rend responsable du péché originel. Lesieur avertit : « J'ai un froc qui traîne dans les orties de vos messes, / Un missel d'églantine qui me sert aussi de verre à rosé pour lamper le pétrole de vos conneries. » et aussi : « Je ne me prends pas au sérieux, ceux qui me connaissent le savent bien, les autres, il faut aller leur dire. » La langue de Lesieur fait du bien, lape et mord dans toutes les directions. La machine à utopies ne va pas bien, le poète et son langage sont aussi éloignés de l'Eden que le sont les punaises et les cafards. Lesieur supplie : « Je rampe. Je plisse dans la reptation. Je quémande. J'aumône. Je lime la carpette. Je varlope le plancher. J'étale. J'étends. J'allonge ma silhouette. Je glisse entre le papier peint et le mur sans le décoller. Je serpente. Je passe muraille. » Le poète GUEULE, c'est son boulot : « Ras le bol / Ras le fait-tout / Ras le caquelon / Ras la marmite norvégienne / Ras le verre... » Paradoxalement à ce qu'il revendique, son message se perd dans le marasme du quotidien, il a beau tourner sa langue dans tous les sens, affronter NARCISSE, rencontrer l'AUTRE, ce sont alors « de longues diatribes sur la créativité et il y a péril en la demeure. » Qui et quoi peut donc sauver le poète, de lui, des autres ? Et comme pour tout le reste, il faut : « La charité, mon bon monsieur, pour des poèmes qui ont faim ! » Le poète est celui dont l'activité n'est pas cotée à la Bourse, dont le message n'est pas marchand et pourtant sa seule richesse. Aussi pour se consoler, participe-t-il à « La foire aux poètes » un exutoire qu'on lui propose, quelques miettes qu'il avale et pour lesquels les convives se dévorent entre eux. Le constat n'est pas tout rose. Il en ressort que « La foule anodine s'écart[e], inquiète devant tant de misère et de délabrement, des haussements d'épaules saccad[ent] les sourires. » Jusqu'à ce que quelqu'un crie « AU FEU ! » Oui, le poète aujourd'hui est « A VENDRE » ! Lui dont le travail fut réduit en cendres et qui n'appartient plus aujourd'hui qu'à une résistance. « ICI ON BRADE » car les tentatives de séduction ont échoué.
L'O.S. des Lettres travaille au Parnasse. Lesieur dit : « Des oboles de grêle m'autorisent à crever / Sur des places publiques où dansent / Les guillotines lentes des bourreaux évolués. » Lui qui s' « époumone » et crie dans le désert. N'est-ce pas là que la société ne tolère plus que le silence, les voix s'élevant ne découvrant que la mauvaise conscience à l'intransigeance renforcée par un horizon de plus en plus éteint. Le poète brûle sa flamme dans les ténèbres, hurle des « Verbes impossibles » quand tout autour de lui se délie et perd sa signification : « J'alunis. / J'amarsis. / J'avenusis les deux mains dans le soutien-gorge d'une fusée. / J'ajupiteris dans une galaxie pas encore découverte », crie Lesieur ! Histoires d'absurde, de neurones mal connectés, d'incompréhension. Lui qui travaille le langage, le moud, le polit : « J'écris : / Un rossignol sur une branche et j'attends / Qu'il s'envole. / Comme tous ceux qui n'ont pas d'ailes / J'agite les bras / En pure perte », dit-il. Fin absurde d'une allumette qui a perdu son frottoir et qui ne s'allume pas alors que tout autour le désire ! Le poète dit : « Et la boîte. N'est-elle pas sous votre sac, dans votre sac, dans votre tête ? avec un frottoir humide. » Et l'O.S. de dire : « Je lui tiens un sein, une fesse, la taille, la poitrine. Je la tiens, Je la possède... PASSE-MOI L'ALLUMETTE...POÈTE. »
Et le Chœur de dire : « - Les poètes et les O.S. sont les maîtres de la ville. Un violent concert de mots heurte les cheminées. Les girouettes s'affolent. On va voir ce qu'on va voir. »
Je ne conseillerai pas assez au lecteur de découvrir et de dévorer l'O.S. des Lettres de Jean-Pierre Lesieur, pas parce que Lesieur est un poète accompli dont le travail de revuiste est reconnu de tous, mais parce que cette écriture fine et pertinente traite des problèmes actuels auxquels est confrontée la poésie. Une réflexion indispensable et convaincante qui a le mérite d'éviter tous les lieux communs, l'ouvrier spécialisé que décrit Lesieur fait partie de nous, il est chacun de nous.
L'O.S. des Lettres, Jean-Pierre Lesieur, éd. Gros textes, 6 euros.
21:50 Publié dans Lectures | Lien permanent | Envoyer cette note
26/08/2006
Trash urbain
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A souligner, la création récente d'un site de photographie « Trash urbain » par David Tysman qui a illustré les couvertures des 5 précédents Mot à Maux. Le noir et blanc y est au service de l'émotion, du témoignage sociologique, enquêtant sur les ressentis de ceux que l'on dit « marginaux ». Or non, ce sont plutôt les représentants d'un peuple dont les ancêtres ont pris la Bastille. La France profonde, messieurs Le Pen et De Villiers, est bien là et non dans l'âme des citoyens fascistes et rétrogrades que vous appelez au vote. J'ai moi-même une partie de ma jeunesse dans celle des punks et des blousons noirs. Si je suis aussi blanc qu'un savon de Marseille, je n'oublie pas que je suis né de la révolte, de la marginalité, à la frontière de la clandestinité et de la délinquance. Alors, à bas les discours, les catégories ! A mort tous les préjugés ! A mort la bonne conscience du travailleur blanc, dont les chèques sont tous en blanc, avec des idées toutes blanches et le racisme noir ! Les photos de Tysman n'illustreront jamais le prochain « Gala » ou le prochain « Femme actuelle ». Si la lumière est remarquable, le cadrage est volontairement brutal et le message sanguinolent. Le sang noir, c'est la violence de la condition sociale, le rejet de la diversité et de la différence, l'incompréhension, en un mot le racisme. Tous les êtres sont égaux, leurs oppositions ne sont que formelles ; au fond, nous avons tous besoin de manger, de boire, de dormir au chaud. Alors, pourquoi la haine, le rejet, la stigmatisation ? Les hommes ont suffisamment de dimensions multiples... Une chaîne, un blouson, une barbe, c'est vrai, ça fait peur ! Les photographies de David Tysman sont peut-être une volonté de recherche et de démonstration des infinies qualités des hommes, de leur incapacité à se rencontrer au-delà des différences et de la nécessité de dépasser toutes les apparences. Elles démontrent à quel point nous sommes encore loin de pouvoir assumer toutes les diversités : le racisme est la réponse la plus facile et la plus intolérable aux difficultés d'aujourd'hui.
20:40 Publié dans La langue en Web | Lien permanent | Envoyer cette note
22/08/2006
I.N.R.I
Iesvs Nazarenvs Rex Ivdeorvm, « Jésus de Nazareth Roi des Juifs » fut écrit sur la croix de Jésus de Nazareth lors de sa crucifixion, lui qui a donné sa chair pour le salut des hommes. Je sais la douleur que tout homme peut endurer au cours de sa vie, et ça c'est bien une donnée fondamentale, plus importante que de savoir qui a créé quoi et quand. Dans ce passage fugitif et douloureux sur terre, nous cherchons tous à comprendre, à trouver quelques réponses. Notre état est si absurde que tous nous prions à notre manière quelque dieu, quelque entité divine, quelques pierres afin de bâtir le mur du Grand Tout. La Science, cette aventure fantastique nous fait rêver des origines, trace nos chemins sur le papier et dans nos têtes. La religion, aveuglement ou libération, cherche aussi à nous procurer cette paix. Je ne l'ai pas trouvé - peut-être n'est-elle pas ici - je continue chaque jour à souffrir en cherchant dans chaque seconde le souffle d'un apaisement. C'est ainsi que je me trouve parfois en compagnie d'autres camarades, pour une excursion, une simple réunion, une activité. Je supporte ce que l'on me fait. J'essaie de n'y pas répondre par les mêmes gestes et les mêmes erreurs. Je ne crois en aucun dieu, je sais seulement la souffrance palpable sur la peau de chaque individu, ennemi ou ami. L'homme qui stigmatise son prochain, qui tue, qui torture. L'homme qui joue avec l'enfer. L'homme qui bâtit des douleurs à n'en plus finir. Je comprends les gestes de désespoir et les suicides. Je n'excuse ni n'explique rien. Je sais simplement les marécages où se perd souvent l'esprit de l'homme. La douleur est l'élément fondamentale de la conscience, elle est présente dans chaque seconde de notre vie, elle nous menace à la sortie de cette vie, à l'entrée de l'enfer. Souffrir ! Le mot intolérable qui brûle, déchire, tuméfie ! Cette réalité de notre condition ! Nous sommes tous à notre façon des christs crucifiés sur la croix. Cette conscience, où ira-t-elle s'échouer à nouveau ? Il n'y a aucune vérité, il y a simplement la possibilité certaine de souffrir ou de ne pas souffrir. Je contemple donc dans chaque regard la douleur possible, cachée, ignorée. Je me sens un avec tous les hommes, tous engagés dans la même condition. Certains hommes savent faire le mal, d'autres le combattent dans la fraternité. Certains prient, enseignent, écrivent. La douleur, quand même, est partout, signe qu'une conscience survit toujours quelque part. Nous résoudrons peut-être la question de la douleur entre frères humains. Celle du Christ, elle, est inaccessible. J'ai souffert à cause de l'ignorance. Je peux pardonner. Je ne peux pas oublier. Je sais voir aussi dans chaque être l'Ame du Christ.
20:20 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Envoyer cette note
20/08/2006
Spleen III
"Gimme something to breathe
Give me a reason to live
Close your eyes and see
What you have inside
I think I've gone insane, I can't remember my own name
I think I've gone insane"
(Die Laughing), Therapy?
Je me suis remis à l'aquarelle, la guerre apaisée (j'ai l'impression d'écrire dans un blog... - c'en est un ! -ah, bon ?) Quelques coups de pinceaux, ça fait que la journée n'est pas tout à fait perdue. J'ai le Spleen, le coup de blues du dimanche. Partir de rien... tu notes n'importe quoi, histoire de faire diversion. Du néant, naissent quelques mots... ce qu'il reste à venir, ce qu'il reste à sonder. Le mystère à dévoiler. Je me dis que quelques publications, quelques formalités à remplir, comme réserver ma tombe, le jour de mon enterrement, et puis je pourrai partir tranquille. Ne m'en veuillez pas, je suis jeune, mais j'ai la vie derrière moi. Je pouvais encore occuper mon temps à écrire après le grand incendie, maintenant que la poésie c'est derrière, comprenez que la vie m'ennuie de plus en plus fortement. Imaginez quinze années réduites à la dimension incompressible d'une seconde, multipliez le tout par 15 fois 365 jours, le résultat donne idée de ce que je n'ai pas vécu ou de ce que j'ai beaucoup trop vécu... De toute façon, la poésie n'est-elle pas la vraie vie, hein ? Bref, la vie n'a de sens que celui qu'on lui donne, tout cela revient à croire à quelque chose, à théoriser l'inexprimable, à se taper la tête contre les murs. Donc, permettez-moi d'enfoncer encore le clou : on devrait mettre à l'entrée de la Vérité le panneau "Attention, poubelle !" Comme cela les gens n'iraient pas tous perdre leur temps et leur énergie à dilapider les cristaux liquides de leur calculatrice. Et puis, on devrait mettre comme résultat à toutes les opérations : « Impossible ». Libre à vous de croire et de chercher, de donner encore à la poésie ce but : dans un monde de non-sens, tous les sens sont primordiaux. Quant à moi, je sens venir encore une fois le crépuscule, les ailes glacées du grand Spleen. N'est merveilleux que le mystère, la possibilité de s'extasier et cela s'affranchit de toute autre motivation. Alors, si vous connaissez les paroles de « Die Laughing », écoutez « Nowhere » de Therapy? Le rock... un des derniers grands amours quand tout le reste est passé à la poubelle.
20:40 Publié dans Musique | Lien permanent | Envoyer cette note
17/08/2006
Sarkozy vs Friskies
« Catharsis : n.f. Psychanal. Effet thérapeutique de l'abréaction d'une émotion refoulée qui était à l'origine de désordres hystériques » (Larousse). Alors là, je comprends... En envoyant ses CRS, le camarade Sarkozy entendait vacciner dans l'œuf le mal, c'est un peu l'effet des coups de matraques, sauf qu'avec femmes et enfants, il n'y a pas besoin d'employer la violence. Et si je retourne des années en arrière, c'est moi qui ai dû être vacciné dans l'œuf... là je l'ai dans l'os, dans la moelle, profond dans la raie... ("Oh, le vulgaire bandit qui dit des gros mots après avoir cité le dictionnaire !...") Oui, je suis un sacré bandit... mais, bon... pour me taire, on me donne ce qu'il faut. Et pourquoi ne pas loger tous ces sans-papiers dans les nouveaux immeubles tout neufs construits en plein centre des Sables d'Olonne ? - Oh, ben non alors, dirait le camarade Coluche. Pourtant, c'est vraiment chic, il y a l'eau courante, et tout et tout. Mais non, les beaux immeubles c'est pour les touristes, ils y viennent avec leurs chiens qui font caca sur les trottoirs (enfin bon, c'est des chiens de luxe nourris au Friskies, leur m... est cotée en Bourse). Donc, mettons tous les méchants touristes dans des avions et envoyons-les bronzer au pôle Nord, là-bas il fait froid, c'est tranquille, ils devraient nous foutre la paix ( "au prochain gros mot je zappe et je vais sur un autre site, sans blague, ça commence à sentir mauvais ici..." ) Voilà, bon... j'ai la haine contre les méchants touristes et contre ceux qui détroussent les enfants à la sortie des écoles sur leurs chemins buissonniers. T'inquiète pas, camarade de Villiers, ta Vendée je l'ai quittée il y a belle lurette, ton Puy du Fou je l'ai pas visité et c'est pas demain la veille que je vais aller user mon pantalon sur tes estrades bancales... ouf ! Moi je propose à tous les malades une bonne catharsis à la Sarkozy, et après comme cerise sur le gâteau une bonne grosse brioche vendéenne qui bourre bien la panse, et tous les restes on les donnera aux chiens.
20:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Envoyer cette note
15/08/2006
Dernière escale
Ça commence comme un pavé dans la mare et ça se finit avec un beau ciel bleu. Ça a commencé en mars 2005, et après cinq numéros, Mot à Maux papier se sent la barbe blanche. Pour parler sans métaphore, la revue se meurt peu à peu, n'ayant pas réussi à franchir le palier critique des abonnements. Donc, à moins d'un miracle, le numéro 6 de décembre devrait être le dernier. J'ai peine à le concevoir mais comment faire autrement ? Je remercie les quelques abonnés qui soutiennent ce projet et les bons amis, tous resteront dans mon cœur. Un élément me pousse et compte considérablement : c'est l'espace que j'ai trouvé au sein de ce blog pour m'exprimer. Cela fait que je n'ai aucun regret à arrêter la publication. Beaucoup de petits commerces ferment, remplacés par les grandes surfaces, il n'y a rien à regretter, c'est la marche du temps. Je ne vais pas me mettre à faire de la résistance et à quémander quelques sous, je suis aussi victime de ce temps où tout va vite, où l'on n'a plus le temps de parler des choses essentielles. Parfois, un grand silence vaut mieux que pousser des cris de possédés, ça oblige parfois celui qui marche à jeter quelques regards. Je salue les amis qui continuent l'aventure malgré tous les écueils, je ne vois pas personnellement comment me sortir du Pot au Noir. Je rends donc les armes, l'aventure continue sur ce blog et partout ailleurs où je trouverai espace et moyen de l'écho. Nous pourrions chanter « Ce n'est qu'un au revoir... », je préfère personnellement partir en silence, en laissant à ceux qui ont la parole le pouvoir et la possibilité de s'exprimer.
20:20 Publié dans in utero | Lien permanent | Envoyer cette note
09/08/2006
A vendre
Non, je n'ai pas été acheté pour 22 millions d'euros, donc je ne vais pas aller voir ailleurs. Je n'ai pas non plus gagné un billet pour les îles du Pacifique (j'aurais pourtant bien voulu y aller). Je n'ai pas été non plus sélectionné pour participer à « Qui veut gagner des millions ? » mais ça m'aurait certainement fait un grand bien. En fait, je dois aider un ami à déménager. Après ça, je compte bien m'orienter tout droit vers la tombe, sans laisser tomber cependant tous mes bons camarades. C'est pas compliqué : tu fais un pas dans la vie, et des années plus tard il ne reste plus qu'à faire le dernier. On ne sait pas ce qu'il y a au bout du chemin, mais je présume que cela doit être pas mal, aussi bien que dans le jeu du « Maillon faible » (c'est dire si je suis pressé de partir les pieds devant) ! Après tout, j'ai eu beau me retourner les neurones dans tous les sens, ça ne m'a pas servi à grand-chose... ah si ! j'ai quand même réussi à terminer mes mots croisés l'autre jour (une sacrée performance, l'œuvre de toute une vie) ! Bref, je suis vraiment fatigué, donc je vais aller faire un tour du côté de l'océan pour voir si les oiseaux sont toujours mazoutés et si la mer est toujours aussi salée. C'est vrai que l'autre fois je ne m'étais pas bien rendu compte, donc je vais étudier la question avec beaucoup de sérieux.
19:50 Publié dans La vie des mots | Lien permanent | Envoyer cette note
07/08/2006
La Mort de Sardanapale
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En disant : « Tout est sujet », Eugène Delacroix* signifie-t-il que tout est susceptible de devenir un tableau ? Ce qui compte, en définitive, c'est bien la façon dont on arrange tous les éléments afin de signer une œuvre personnelle. La peinture de Delacroix s'affranchit largement des critères classiques. Il n'est qu'à regarder la « Chasse aux lions » et son déploiement de formes et de couleurs. On peut aussi regarder « La Mort de Sardanapale » et ses défauts de perspective et ressentir la tension palpable entre les différents éléments pour y trouver les prémices de futurs mouvements. Lui qui disait aussi : « La nature est un vaste dictionnaire. Les peintres qui obéissent à l'imagination cherchent dans leur dictionnaire les éléments qui s'accommodent à leur conception... Ceux qui n'ont pas d'imagination copient le dictionnaire » savait parfaitement conjuguer les images et leurs symboles pour en faire des fresques historiques, mythologiques ou sociales. Le signe chez Delacroix devient arme révolutionnaire qui fait de l'œuvre peinte un réceptacle de tensions. Si la poésie aujourd'hui reconnaît l'importance de ces signes, qu'ils soient valeurs, engagements ou actes, ne lui reste-t-elle pas à s'emparer à son tour de cette réalité de sujets qui nous tendent les bras ? Tout est susceptible de prendre sens et de se charger de significations. Des mouvements comme le Romantisme ou le Surréalisme se sont chargés de défendre leurs propres recherches et ont donné à la poésie des armes redoutables que l'on continue d'utiliser. Je pense que beaucoup de malheurs et de tragédies aujourd'hui sont dus au manque flagrant de parole au sein de la société. Nous avons droit à l'image aseptisée, à la vitesse de l'information, au spectacle, mais avons-nous vraiment intégré dans nos agendas tout ce qui se devrait d'être retenu et étudié avec soins ? Et cette réalité - ce sens du langage - me paraît être sociale. Oui, la poésie est ce qu'elle veut, elle est libre, affranchie. Mais face à cette déferlante de pornographie et d'horreurs, elle aussi souffre du manque patent et pathologique de significations. Or, quels liens sont plus à même de recentrer l'attention divertie sinon de forts sursauts et de nouveaux mouvements sociaux ? La société offre tous les moyens d'information, de culture et de combat : cinémas, journaux, télévision, radio, musées et maintenant la venue d'Internet permettent à cette information de se démultiplier. Ne manque-t-il pas que la possibilité pour les voix nombreuses d'être enfin entendues ? Une phrase peut faire le tour du monde en quelques minutes, et pourtant partout combien sont les cris qui ne sont jamais entendus ? Qu'on ne me dise pas que la plus grande partie des malheurs n'est pas renforcée par ce silence retentissant ! Au final, qu'est-ce qui nous distingue de ces temps de Delacroix, d'Ingres et des Romantiques sinon la perte tragique d'une esthétique qui peut-être n'a jamais été ? Qu'est-ce qui nous éloigne de ces temps des philosophes, des écrivains et des poètes sinon l'impossibilité de voir son message relayé ? A l'heure de la vitesse instantanée et des communications satellites, ne manquent plus que l'envie et la possibilité de pouvoir s'exprimer.
*Eugène Delacroix (peintre) : 1798 - 1863
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04/08/2006
"Toutes têtes hautes", Hervé Martin
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Tout lecteur devrait s'effacer devant un auteur. Un recueil dépasse même celui qui l'écrit car il traite le plus souvent de choses ineffables et universelles dont les sentiments provoquent une alchimie énigmatique. J'essaie personnellement à chaque fois, de trouver un sens caché à un poème, j'ai le souci de traquer le non-dit, le latent, un texte me parle lorsqu'il arrive à créer une communion d'esprit qui dépasse les simples personnes. Lire un recueil de poèmes permet de fixer un moment l'attention sur des choses qui nous échappent dans la vie ordinaire, ensuite, on se sent un peu différent, un peu moins bridé par les ornières de la vie et de soi. On peut se pencher sur des choses essentielles, se donner aux mystères de la vie. Je suis convaincu que la poésie peut accompagner la vie mais en aucun cas se substituer à elle. Tout comme la vie sans poésie ne mérite pas d'être vécue. Il y a peut-être un équilibre à trouver car nous sommes des êtres assoiffés de sens et désireux d'éternité. Et tout cela se fond dans l'architecture de l'univers.
C'est une des richesses de la poésie que de pouvoir être proposée à tout moment et d'entrer ainsi au service du lecteur. Un texte existe en lui-même, ce que nous en faisons n'est qu'une interprétation personnelle. ( Pour connaître réellement une chose, il faut faire abstraction de sa propre subjectivité, ne contempler que la chose nue. Un exercice quasi impossible. )
Hervé Martin s'est exprimé sur la publication de « Toutes têtes hautes » et sa revue « Incertain regard » dans un entretien avec Francopolis. Une partie non incluse dans le recueil est parue dans Mot à Maux n°5.
Le recueil s'ouvre sur « Exil » : « Je viens du soir la contrée / de ma vie où l'ombre / jetée couvre au-dessus / une plaie qui s'enivre ». La fuite inexorable et subie se traduit par une recherche de l'origine, c'est l'éternel retour : « et retrouver au soir un gîte. » Le poète est un « émissaire » qui vient reprendre un bien « qui réchauffe l'épaule / pour tous dos courbés / toutes têtes hautes. »
Les renvois incessants de la réalité à la poésie et vice versa sont conjugués dans « l'ordinaire » des jours et des nuits où tout acte est présence. Le poète traque l'aura de chaque chose et se fait analyste de soi au plus près des mots. Ainsi la partie « Auxiliaires Etre » où l'on peut lire : « Des reflets en ces lieux / te contraignent / et tu erres à ton tour / avec ce visage d'avant. » et « Tu marches au ciel trébuches / et rognes / sur tes vœux / la part de la lumière. »
Le poète est « comme un géomètre » amené à « toiser la profondeur / l'Entaille / cette griffure Enfance / insatiable. » Dans « Taire » (dédié à sa mère) le poète se fait son propre miroir, avance plus encore en avant sur le terrain de sa connaissance. On peut lire : « Aux murmures les paroles / se blessent Pages / encornées du calendrier. » puis « Les pas s'agitent / en tout sens les mots / resurgissent en désordre / Hier réhabité. » et « Les mots ne peuvent rien / l'absence est simple / à notre peine / communs les jours / au loin s'effondrent ».
C'est la symphonie de l'humain qui s'enclenche afin de « Convoquer tous les rêves / ces merveilleux oiseaux / qui s'affolent dans l'air. » Le mot d'ordre « connais-toi toi-même » est en marche dans chaque poème. La genèse de l'écriture rejoint celle de la vie dans toutes les dimensions de l'être.
La section « Métier » est un vrai régal, l'écriture de Hervé Martin y est totalement ouverte et fonctionne magnifiquement. Enfin, « Intempéries » oscille entre éclaircies et éclipses : « Présence ta voix effacée nous revient » et culmine avec « Nous scrutons le silence / et le fond du jardin la rue / au moindre bruit s'éveille Ombres lentes / passages d'inconnus l'enveloppe de l'absence. »
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