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Mot à Maux - Page 15

  • Éditorial, Mot à Maux n°7

    Éditorial

    La poésie est une rude affaire. Ce monde-là aussi est plein de cruauté. Pouvoir dissocier un poème d’une aventure parallèle, de la vie courante, normale, n’est pas donné à celui qui voit dans la poésie le cœur même de l’existence. Et on vous donnera des leçons afin d’adapter votre vie à la vie normale ! Votre logique n’est pas compatible avec ce monde. Vous serez toujours marginal, délaissé, ignoré. Mais vous ne vouliez pas devenir célèbre ! Vous souhaitiez simplement que quelqu’un lise vos poèmes. Aujourd’hui, le fait d’écrire fait de vous un ringard. Votre crédibilité s’essouffle à vue d’œil. Pourquoi écrire ? Comment être différent ? Votre incompatibilité n’est-elle pas rédhibitoire ? C’est la parole non dite qui manque au monde. Ce sont les heures passées dans la solitude qui feront le malheur du poète. Alors, y a-t-il une voie différente de celle du malheur ? Le monde se délite, s’effrite. Le poète se noie dans l’alcool et les médicaments. Nous vivons à contre-sens. L’écriture est notre malheur. Une blessure intime au cœur du monde rugueux à étreindre. Mais c’est tout ce qu’il nous reste. Nous sommes des survivants face au silence d’un monde hostile à nous et à lui-même. Nous sommes une forme de la résistance. Si fragile, si malmenée par les tempêtes. Le poème sera toujours un lieu de défiance, une parole méprisée et incomprise. Le poète est un apatride, un étranger. Peut-être est-ce à lui que revient la lourde tâche de s’élever contre le monde, de faire resurgir la parole. Le travail finit toujours par payer. Car le poète est un idéaliste, un rêveur. Il n’est pas de voie plus dure que la poésie. Le mépris est souvent le salaire du poète. Et celui-ci sera toujours dans le maquis.

    Daniel Brochard

  • "Electron", poème de Fabrice Farre

    ÉLECTRON

     

    On passe par-dessus la barrière

    située sur la dune. La miniature jaune

    vient mouiller en sifflant, les remparts tout autour

    ont l'épaisseur d'une feuille dont la couleur

    tinte l'automne, aujourd'hui. On en oublie

    la colère des pierres menues, leur mètre étalon.

    Plus libre, on quitte la scène. On rentre

    à une heure indue dans le chaos qui tient

    au fond de l'univers ou d'une poche.

     

    Propos de Fabrice Farre :

     

    Le vœu le plus cher est sans doute celui de communiquer, d'être en mesure de réaliser un échange avec l'autre, de le toucher, l'émouvoir par exemple, au mieux de construire un lien sûr. L'inverse porte un nom : l'échec. C'est une épreuve terrible, mais porteuse d'un riche enseignement , malgré tout. L'or dans la boue, en quelque sorte.

    Donc, pas de langage codé. Quoi que, en l'espèce, on pourrait imputer au style une tromperie, dans la mesure où celui-ci ne serait pas intelligible. Pourtant, l'enjeu est là, dans une tension extraordinaire. Il est nécessaire, avant tout, d'être juste avec soi-même et de le rester avec l'autre. Cette folle ambition peut durer une vie. Une vie entière, afin de ne pas perdre de vue que l'écriture est d'abord un travail sans relâche, et l'autre, peut-être, un autre soi-même, un semblable.

      

    Fabrice Farre vient de publier, en 2018, Mémoires (dans la revue Ce qui reste), Inflexion (aux éditions Rafael de Surtis) et Partout ailleurs (chez p.i.sage intérieur). Parmi les revues et sites qui ont accueilli récemment ses textes, citons : Revu, Alkemie, Mot à Maux, Rrose Sélavy, La piscine, Beauty will save the world et Terre à ciel. Son blog : poésie contemporaine...peut-être.

  • "Peur", poème de Victor Malzac

    Peur

     

    Ma tête FRACASSÉE

    Percute les pavés de sa ville —

     

    Sa pierre

    Avalait mon manteau

    Tombe –

     

    Partout percute

    Et coque

    Ma tête en fer poli

    La mare froide mon manteau – sur les pavés s’assèche

     

    Et mon manteau n’est pas autre chose qu’un lac de cuir un lac de pierre un sac à main pour étouffer ma peau ses pores je transpire et m’étouffe je transpire en marchant je marche et le soleil et le soleil anxiété

    – dans les anciens récits des épopées périmées.

     

    Percute mon passé

    Dans les pavés des villes –

    Ma tête s’y réverbère. –

     

    (poème inédit)

     

    Victor Malzac se présente à nous :

     

    J’ai 21 ans. Je suis élève de l’Ecole Normale Supérieure et je fais tout pour rendre ma poésie vivante – la poésie ne périclite pas, ce n’est pas vrai – j’adore le tiret long. Depuis peu j’envoie mes textes à quelques revues qui les apprécient, notamment Souffles et Arpa. J’ai été finaliste du Grand prix de Poésie Joseph Delteil en 2018, et mention spéciale université du Prix Matiah Eckhard 2018. Aujourd’hui j’attends que le temps passe et je souris.

    Je viens de Méditerranée.

    J’aime vivre. Je crois en la force des formes canoniques qu’il faudra revitaliser, auxquelles il faut offrir de nouvelles perspectives – je connais mon latin.