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Mot à Maux - Page 12

  • "Electron", poème de Fabrice Farre

    ÉLECTRON

     

    On passe par-dessus la barrière

    située sur la dune. La miniature jaune

    vient mouiller en sifflant, les remparts tout autour

    ont l'épaisseur d'une feuille dont la couleur

    tinte l'automne, aujourd'hui. On en oublie

    la colère des pierres menues, leur mètre étalon.

    Plus libre, on quitte la scène. On rentre

    à une heure indue dans le chaos qui tient

    au fond de l'univers ou d'une poche.

     

    Propos de Fabrice Farre :

     

    Le vœu le plus cher est sans doute celui de communiquer, d'être en mesure de réaliser un échange avec l'autre, de le toucher, l'émouvoir par exemple, au mieux de construire un lien sûr. L'inverse porte un nom : l'échec. C'est une épreuve terrible, mais porteuse d'un riche enseignement , malgré tout. L'or dans la boue, en quelque sorte.

    Donc, pas de langage codé. Quoi que, en l'espèce, on pourrait imputer au style une tromperie, dans la mesure où celui-ci ne serait pas intelligible. Pourtant, l'enjeu est là, dans une tension extraordinaire. Il est nécessaire, avant tout, d'être juste avec soi-même et de le rester avec l'autre. Cette folle ambition peut durer une vie. Une vie entière, afin de ne pas perdre de vue que l'écriture est d'abord un travail sans relâche, et l'autre, peut-être, un autre soi-même, un semblable.

      

    Fabrice Farre vient de publier, en 2018, Mémoires (dans la revue Ce qui reste), Inflexion (aux éditions Rafael de Surtis) et Partout ailleurs (chez p.i.sage intérieur). Parmi les revues et sites qui ont accueilli récemment ses textes, citons : Revu, Alkemie, Mot à Maux, Rrose Sélavy, La piscine, Beauty will save the world et Terre à ciel. Son blog : poésie contemporaine...peut-être.

  • "Peur", poème de Victor Malzac

    Peur

     

    Ma tête FRACASSÉE

    Percute les pavés de sa ville —

     

    Sa pierre

    Avalait mon manteau

    Tombe –

     

    Partout percute

    Et coque

    Ma tête en fer poli

    La mare froide mon manteau – sur les pavés s’assèche

     

    Et mon manteau n’est pas autre chose qu’un lac de cuir un lac de pierre un sac à main pour étouffer ma peau ses pores je transpire et m’étouffe je transpire en marchant je marche et le soleil et le soleil anxiété

    – dans les anciens récits des épopées périmées.

     

    Percute mon passé

    Dans les pavés des villes –

    Ma tête s’y réverbère. –

     

    (poème inédit)

     

    Victor Malzac se présente à nous :

     

    J’ai 21 ans. Je suis élève de l’Ecole Normale Supérieure et je fais tout pour rendre ma poésie vivante – la poésie ne périclite pas, ce n’est pas vrai – j’adore le tiret long. Depuis peu j’envoie mes textes à quelques revues qui les apprécient, notamment Souffles et Arpa. J’ai été finaliste du Grand prix de Poésie Joseph Delteil en 2018, et mention spéciale université du Prix Matiah Eckhard 2018. Aujourd’hui j’attends que le temps passe et je souris.

    Je viens de Méditerranée.

    J’aime vivre. Je crois en la force des formes canoniques qu’il faudra revitaliser, auxquelles il faut offrir de nouvelles perspectives – je connais mon latin.

     

  • "Incipit", poème de Majead At’Mahel

    Incipit 

     

    Soldat de l’ombre

    Le monde est pavé de tristes mines

    J’irai te rejoindre sur ton front suant

    D'angoisse et de solitude

    Je creuserai dans ton cœur

    Une tranchée patriote

    Nous serons deux à combattre nos vieux démons

    A coups de pioches et d’introspections

    D’éclats de rires et de silences de luxe

    Jusqu’à ce que lumière s’en suive

    14-18

    39-45

    Il n’y a pas d’âge pour renaître de son obscurité…

     

     

    Alors que nous célébrons l’armistice de la Grande Guerre, voici un poème digne d’Apollinaire, que nous offre Majead At’Mahel. Issu d’un ensemble «  EN TOUTE L'ÊTRE - Entretien avec mes tripes - Ou l’art de tirer mon épingle du JE » ce poème suit la piste de l’introspection, de la connaissance de soi, de l’écriture salvatrice. Parce que le passé n’est jamais mort, nous sommes responsables d’un devoir de mémoire. Qui veut se construire doit d’abord s’appuyer sur les fondations du passé. On n’oublie pas (souhaitons-le pour longtemps) les horreurs de la guerre. Vivre c’est creuser « une tranchée patriote », refuser les obscurantismes « à coups de pioches et d’introspections ». S’affirmer comme être pensant, c’est connaître l’innommable. Le travail sur soi qu’est l’écriture permet de «renaître de son obscurité… » La traversée des enfers doit aboutir à la lumière. Les combats menés se font dans la guerre, la faim, la souffrance, la pauvreté. Il n’y a pas d’armistice dans la maladie. Elle traverse les siècles. Faisons comme Majead At'Mahel, un pas vers la compréhension et la connaissance. L’ « incipit » de l’être, ténèbres ou lumière ? L’écriture qui nous importe n’explore-t-elle pas ce mystère ?

    Lecture de Daniel Brochard