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Mot à Maux - Page 17

  • Disparition

    Je me souviens d'avoir créé la revue Mot à Maux avec le sentiment d'une parole poétique à partager. Je recevais des revues, je publiais, je pouvais aussi apporter ma pierre. Bien que dans le flou, je pensais que la revue pouvait être un espace de liberté. Conseillé par un écrivain rencontré sur le Web, je créai à tout hasard ce blog, pour « parler et faire parler de la revue ». Elle fut bien accueillie parmi les poètes grâce à la vie qui existe sur de nombreux sites Internet et grâce aux revues qui ont bien voulu tenir compte de Mot à Maux dans leurs comptes-rendus de lectures. Je m'enrichis personnellement des contacts entretenus et les rencontres me firent notamment comprendre toute la dimension sociale sous-jacente à cette activité. La poésie peut, elle aussi, sortir des livres. Il est possible d'adopter un nouveau contrat social... tant que la parole existe et tant que les structures sont là pour la porter et la dévoiler au public. Nous sommes tous un maillon de la chaîne. Ainsi, la force des nouvelles technologies rattrapa mes projets de revue papier, elle fut doublée de notes rédigées régulièrement, au début autour de l'actualité poétique, puis très vite des sujets divers apparurent. Je compris un besoin en moi de parole et trouvai un lieu idéal pour m'exprimer. Moi qui avais rompu depuis un an avec l'écriture poétique, je ne pensais pas me lancer ainsi dans une nouvelle période d'écriture... et pourtant ! Je ressentis très vite les possibilités de ce nouveau canal ! Ces notes furent assez modestes et non pas de la poésie, mais suffisamment désirées et plus que de simples ratures. Mon but était donc de parler d'une autre façon que par la poésie, elle qui m'avait laminé et desséché pendant douze ans. Un bébé qui met douze ans à sortir... c'est long, non ? Alors, je me suis juré d'oublier très vite les principes douloureux de cette écriture. J'ai trouvé ici le lieu pour une « écriture païenne » et libérée. Vengeance ou rage sur la vie... La motivation était en tout cas différente. Chaque instant n'est-il pas fait de regrets, de désirs blessés, de mots ratés qui peuvent faire de la vie un enfer ? Les faux pas, les chemins rocailleux, il aurait fallu les prévoir avant ! Mais peut-on avoir cette lucidité à 17 ans ? Alors, ce qui importait n'était-il pas cette écriture, quelle qu'elle soit ?... Point final. La vie... La poésie... Deux espaces différents qui se rencontrent, fusionnent, s'excluent violemment ou se font ennemis mortels. Trouver, au bon moment la bonne clef et la bonne porte ! Peut-être, tout n'est-il pas raté... Certaines choses ont pourri, d'autres se sont libérées de façon quasi révolutionnaire. La poésie, au bout du compte, n'a-t-elle pas appelé à elle la presque totalité de mon énergie ? Alors, tout se crée, tout s'imbrique, chaque pièce trouve un jour sa place. Pas de regrets d'abandonner ce blog. Pas de regrets de renoncer à écrire. Au contraire ! Il me reste un travail sur moi... Est-il sans fin ? Ne faut-il pas se préparer à chaque instant à une mort inévitable ? La poésie qui cherche à comprendre. La poésie qui pose des questions. La poésie qui a soif ! Alors, se préparer à une telle mutation... la désirer dans son corps, d'une façon mystique ou religieuse ! Que faire d'autre ? Merci à tous les amis poètes. Tombée du rideau ici après le rappel. Fin. Larmes. Une petite pierre parmi d'autres. Un chemin. C'est ainsi que va la vie. Désir d'ailleurs. Soif de contemplation, d'autres horizons. Malgré les ennemis, les heurts, les chutes. L'esprit, sans cesse, avance.

  • Poésie quantique II

    Qu'y avait-il à l'ère de Planck* ? En effet, nous nous sommes éloignés du mystère de cette 10-43 seconde où le secret aurait-pu être révélé. Nous avons voyagé durant ces milliards d'années dans l'ignorance profonde des plans de notre créateur, voilà que la question de l'origine se pose encore une fois. Par quels détours un tableau passe-t-il avant de finir derrière une vitrine ou sur un mur d'exposition ? Comment les pigments des couleurs se sont-ils sédimentés avant de devenir jaune de Naples, bleu Turquoise ou vert émeraude ? Mais le vendeur s'en soucie-t-il ? Il se contente de savoir que les tubes sont fournis par Sennelier ou Talens et que plus il en vendra et plus son week-end sera doré ! Alors, il se fout de savoir si je suis malheureux ! Il se fout qu'il y ait un clochard qui crève dans la rue. Avant d'être peint à l'huile, mon tableau n'était que fibres de lin, térébenthine et terre ocre ou mauve. On remuait la pâte dans les usines, autour de recettes séculières. Il y a eu du rouge carmin, du bleu de Sèvres, de la terre de Sienne. Il y a eu mille explosions dans le ciel. Dix-mille nébuleuses se sont croisées. Ca partait dans des feux d'étoiles ! Mais avant ? Avant d'être un ciel, un chemin, un arbre... Avant 10-43 seconde ? Il y avait quoi avant la douleur de perdre la vie ? Avant que je serre les mains de grand-maman ? Il y avait quoi avant nos jeux dans le jardin et la balançoire ? Maman m'a parlé. Elle m'a dit : « - Regarde ! Le ciel. Tu vois, les étoiles. C'est là-bas que nous irons un jour. » Papa m'a dit : « - Prends tes pinceaux et dessine le soleil. » Alors, j'ai regardé en l'air, j'ai mis de la couleur. J'ai offert le tableau à grand-maman. Elle a dit : « - Comme tu es gentil ! » Alors, j'ai su qu'avant 10-43 seconde il y avait le sourire de grand-maman, le chat dans le jardin, les fleurs, la toile vierge sur le chevalet. Et avant ?

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  • Connection

    A l'heure qu'il est sur mon compteur kilométrique, je peux dire que si je me dépêche à réparer ma fusée je peux arriver à l'horizon de Proxima du Centaure d'ici 5 années-lumière, je peux même avoir le temps de m'arrêter acheter des cigarettes (ça va finir par me tuer) au tabac de Saturne et de m'enfiler cul sec un bon apéro ! Pourquoi aller là-bas et perdre son temps dans la nuit cosmique, alors que je pourrais rester ici à jouer au baby-foot ? C'est que Mot à Maux n'est pas sûr de passer l'hiver (-ah... tu dis ça... bah bah bah !) et les restrictions budgétaires me conduisent à rationner strictement les dépenses de Noël. A propos, je me suis promené dans ce magasin type Fnac. Ah les bouquins ! D'abord la peinture, Bacon, Cézanne, ensuite c'est le pique-nique, ensuite... L'œil est naturellement dirigé sur « Les Bienveillantes » de Jonathan Littell, 912 pages... ça calme ! Dérangé par des conversations particulières, je me dirige sur les livres de cuisine : « Comment apprendre à un éthiopien à composer une salade niçoise » ou encore « Les secrets du bouillon de soupe pour les anorexiques », bref, le casse-tête assuré. Il y a aussi les livres sur les grosses bagnoles, les chevaux, les chiens (c'est dégueulasse), ou encore les stars d'Hollywood telles que Marilyn Monroe ou Ava Gardner. Les livres sur le bocage (j'habite en campagne), ou bien sur le bricolage : « Comment faire une cocotte en papier ». Bref, je me dirige sur les DVD et les CD, là... c'est le paradis sur Terre ! Rayon rock indépendant et promotions, je me dégote un vieux Radiohead, un bon Sonic Youth ou un My Bloody Valentine... Et puis comme je suis fatigué, je n'achète rien, sauf mes bouquins sur Bacon et Cézanne. Alors pourquoi Diable ! suis-je entré dans ce magasin et pour quoi foutre ? A part pour Bacon et Cézanne... juste histoire de faire un tour, de me frotter à la magie de l'enfance, quand on voit tout qui s'illumine et qui brille et qui en jette... Un DVD ! c'est pas rien ! c'est le top de la technologie, le top dans la vidéothèque, ça en jette un max ! Quand j'étais petit, je collectionnais les images de Spider-Man et je jouais aux billes à la récréation... bordel ! le bon temps quoi ! Ah les mômes aujourd'hui... tout fout l'camp ! Allons, allons, je suis pas encore vieux... j'adore les séries télé, les bêtisiers des Nuls et la tronche à toto qui joue de la clarinette ! Normal, je suis jeuns, chébran, il y a pas si longtemps je roulais en mobylette ! - Alors qu'est-ce qui t'a aigri ? Je sais pas... peut-être que je suis sur le point de franchir la barrière galactique... et de m'envoyer en l'air avec la Vierge Marie sur un astéroïde... ou bien je me casse le nez sur les hublots de la maladie... ça doit être ça, je suis malade et je refoule du goulot ! Donc, vive Proxima du Centaure, le café sur Saturne, la Fnac, le rock indépendant, les mobylettes et la Vierge Marie ! Quant à moi, je vais aller me soigner du côté du bistrot du coin et fumer un dernier clope, histoire de.

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